Bilan

Boris Collardi: «Au Japon, nous voulons attirer les clients fortunés»

Deux semaines avant la présentation des résultats semestriels de Julius Baer, son directeur général était invité à Tokyo. Boris Collardi a participé à un forum économique organisé récemment par l'ambassade de Suisse à Tokyo et l'IMD. Interview exclusive.

Boris Collardi, directeur de la banque suisse Julius Baer, dévoile sa stratégie au Japon.

Crédits: Keystone

Quelles activités menez-vous au Japon?

Julius Baer a deux activités au Japon. La première, c'est du conseil à la clientèle. De plus, nous faisons de la gestion de fortune discrétionnaire. En fait, nous avons acquis l'an dernier 60% du capital-actions de TFM, une petite entreprise japonaise de huit employés qui est rentable. Nous avons une option pour racheter les 40% manquants dans les prochaines années. C'est un petit début pour le positionnement de Julius Baer au Japon. Ce n'est pas la taille qui compte, mais la bonne structure au bon moment.

Comme le yen se déprécie, cela implique que des clients recherchent des investissement hors yen. L'inflation augmente aussi. Nous voulons donc essayer de faire sortir l'épargne des Japonais qui dort sur des comptes postaux. Dans les douze prochains mois, nous comptons mettre au point un vrai modèle de développement pour nos activités au Japon.

L'Archipel vit un déclin démographique rapide et un vieillissement de sa population. L'économie ne s'est que légèrement redressée. Quelles opportunités de croissance voyez-vous pour Julius Baer au Japon?

Nous nous concentrons sur les «high net worth individuals», autrement dit les personnes disposant d'une fortune supérieure à un million de francs. Le taux d'épargne est très élevé au Japon. Julius Baer pourra même viser les fortunes de 5 à 25 millions de francs, voire davantage. Nous voulons donc offrir une gestion globale depuis le Japon où une grande proportion de personnes ont un certain âge. Après les Etats-Unis, l'Archipel est le pays où la concentration de millionnaires est la plus élevée. Ces derniers commencent à se dire qu'il n'y a aucune raison pour qu'ils laissent leur argent dormir à la banque.

L'immigration est très restrictive. Cela vous pose-t-il des problèmes pour trouver des collaborateurs qualifiés?

Au Japon, la dimension linguistique est clé, ce qui limite le recours à des employés qualifiés étrangers. Avec nos huit collaborateurs, nous avons l'avantage de démarrer avec une petite structure. Il ne suffit que de huit employés supplémentaires pour doubler nos effectifs.

Après deux décennies de déflation, le Japon semble retrouver un souffle nouveau avec Abenomics, la stratégie de relance du gouvernement. Quel regard portez-vous sur sa politique des trois flèches qui combine relance budgétaire, assouplissement monétaire et réformes économiques?

Les deux premières flèches semblent porter leurs fruits. L'objectif des 2% d'inflation est en vue. Il reste toutefois la troisième flèche. Les réformes sont difficiles au Japon où l'emploi à vie était en vigueur il n'y a pas si longtemps. Le gouvernement actuel doit donc relever de gros défis, mais Shinzo Abe dispose encore d'un peu de temps. Il devra avoir aussi de la chance. De toute façon, les réformes prendront du temps et ne se termineront pas avec le gouvernement actuel.

En Asie, préférez-vous le hub de Hong Kong, Singapour, Shanghai, voire Tokyo?

Chacun a sa spécificité. Tokyo est clairement un hub local, tout comme Shanghai. Hong Kong en est un pour le Sud-Est de l'Asie. De son côté, Singapour occupe une place particulière. Il constitue notre hub logistique pour toute l'Asie, par exemple pour la back office.

Avez-vous réussi à prendre le créneau du gérant parmi les mieux profilés pour les actions étrangères?

Non, mais ce n'est pas forcément notre but. En fait, nous voulons constituer une alternative aux banques américaines de gestion, aux grandes banques suisses et aux établissements locaux en Asie. L'Asiatique aime bien les contacts privilégiés et directs, ce que notre taille nous permet davantage que les grands établissements. Avec nos 1000 collaborateurs, nous occupons la place de numéro 6 en Asie. Ce continent représente le quart de la totalité de nos actifs sous gestion, soit entre 55 et 60 milliards de francs. Aujourd'hui, notre croissance passe clairement par l'Asie, c'est en quelque sorte notre second marché domestique.

Daniel Eskenazi

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."