Bilan

Bourses: en attendant le retour de l’inflation

Le bull market paraît s’installer durablement, avec tout au plus le risque d’une phase de consolidation ce printemps. L’épouvantail d’une hausse des taux après 2013 favorise les actions.
La Bourse américaine a regagné ses plus hauts d’avant la crise financière. Crédits: Lucas Jackson/Reuters

Alors que le Dow Jones a regagné ses plus hauts d’avant la crise financière, au-dessus de 14 400, et que le sentiment du marché est positif à quatre contre un, la question se pose de savoir si ces niveaux élevés ne sont pas les prolégomènes d’un nouveau krach. En d’autres termes, il faudrait vendre les actions et protéger les positions restantes.

Ces craintes sont entretenues par certains économistes: aux Etats-Unis, Bob Wiedemer fait vendre son livre Aftershock en annonçant un risque de baisse de 90% sur les indices. «Le pire scénario», relativise-t-il.

Mais le mal est fait et le doute s’insinue dans les esprits, d’autant que le scénario est crédible: à force de créer des liquidités, les banques centrales vont susciter un grand retour de l’inflation, un scénario qui va s’amorcer en 2013 déjà et propulser le taux de renchérissement américain au-delà des 10%.

«L’inflation, nous l’attendons tous», admet pour sa part Mathieu Gilbert, directeur de la Compagnie Benjamin de Rothschild, responsable de la gestion quantitative. Mais il reste à savoir quand, et ce ne sera vraisemblablement pas en 2013. En attendant, il préconise de suivre le trend tant qu’il est positif, de profiter de la hausse des indices tout en pratiquant un equity overlay qui déclenche une stratégie de couverture en cas de baisse prononcée.

Dans l’immédiat, la probabilité du scénario de Bob Wiedemer est plutôt en train de se réduire. C’est l’opinion de François-Marie Monnet, conseiller d’un family office, qui fait observer que les anticipations inflationnistes, telles que reflétées par les inflation-indexed bonds, sont à la baisse depuis le début de l’année, après une performance de 7 à 8% en 2012.

Un début d’année bien orienté pour les indices: +10% sur le Dow Jones depuis Nouvel-An, +3,5% sur l’Euro Stoxx, une performance mitigée qui reflète des évolutions très différenciées par pays, et surtout +20% au Japon à la faveur d’une volonté politique crédible de créer de l’inflation. Bien sûr, tout dépend de la volonté des banques centrales, mais les spéculateurs indispensables à la formation de toute bulle financière digne de ce nom ne sont pas là.

Au surplus, les achats d’actions correspondent à un réel manque d’alternatives: l’or a baissé de 5% depuis le début de l’année et les obligations, précisément en raison d’un risque inflationniste à plus long terme, comportent un risque non négligeable: les emprunts en cours se traiteront en forte baisse et, pour ceux qui choisiront d’aller à l’échéance, les coupons actuels seront nettement inférieurs à l’inflation.

«Toute stratégie obligataire sans protection à la hausse des taux sera coûteuse», prévient Mathieu Gilbert. 

«Pas de risque de krach»

Mais tout cela est une musique d’avenir encore assez lointaine. «Tant que les conditions monétaires restent abondantes et que les banques centrales mettent des liquidités sur les marchés, 

il n’y a pas de risque de krach», résume pour l’immédiat Olivier Rigot, associé gérant d’EMC Gestion de fortune. Si le Dow Jones a retrouvé son précédent plus haut, il n’en va pas de même du SMI, qui a encore du chemin à faire pour tester son précédent sommet de 2007 aux environs de 9500. Olivier Rigot pense que l’objectif est réaliste cette année encore.

Et ce n’est que l’avant-goût des choses à venir: «Aux Etats-Unis, il y a de bonnes chances que la croissance s’accélère», se réjouit-il.

Dans ce concert d’optimisme, il n’y a personne pour annoncer un krach, genre The Great Depression of 1990 de Ravi Batra. Publié en 1988, l’ouvrage avait même été traduit en persan... 

Plus près de nous, Alain Freymond, CEO de BBGI, se contente d’anticiper une correction qui ne remet pas en cause le scénario du bull market. Depuis novembre, le SMI est monté de quelque 20% et l’indice paraît mûr pour une nouvelle correction, qui sera la cinquième de l’actuel bull market qui dure déjà depuis mars 2009. «La consolidation, qui pourrait s’inscrire entre 5 et 20%, sera un signal d’achat», précise Alain Freymond...

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