Bilan

Ces frais qui engloutissent vos rendements

Trop chers ou mal gérés, les fonds de placement sous-performent systématiquement les indices de référence. Quelles solutions pour l’investisseur?
  • Crédits: Martin Ruetschi/Keystone

Pour l’investisseur en fonds de placement, il devient essentiel de s’intéresser au manque à gagner qu’il peut subir au fil des ans. En effet, les études montrent que les gérants de fonds de placement sous-performent systématiquement leurs indices de référence (benchmarks).

«Si l’on observe les performances d’un échantillon représentatif de l’univers des fonds en Suisse portant sur quelque 450 à 500 milliards de francs d’avoirs investis, privés et institutionnels confondus, on découvre que sur trois ans, sur cinq ans, comme sur dix ans, ils sous-performent en moyenne de 1% par an leurs benchmarks», explique Jacques Grivel, fondateur de Fundo, gestionnaire institutionnel romand régulé par la Finma. Ainsi, entre 2009 et 2012, dans la catégorie des fonds en actions suisses pris en compte dans l’étude (141 fonds, 40 milliards de francs), la grande majorité sont en dessous de l’indice, se classant dans la case «moins de rendement» et «plus de risques», et ce, même sur une période favorable.

Seuls 10 à 15% des gérants battent leur indice, selon Fundo. Problème: l’essentiel de cette surperformance est récupéré… par le gérant et son institution, sous forme de frais supplémentaires pris au client. «Ce n’est donc pas une question d’incapacité chronique, souligne Jacques Grivel, puisque certains gérants ont un réel talent. Mais comme ils réinternalisent le gain dans leurs propres revenus et ceux de leur banque, ce n’est jamais le client qui en profite. Au final, les meilleurs vendent leurs prestations plus chères, et toute l’industrie est contre-performante.»

Un épargnant lambda n’a donc presque aucune chance de bénéficier du peu d’alpha généré par l’industrie des fonds, cet alpha retournant dans la poche des prestataires.

Sur le long terme, estime Jacques Grivel, ces pourcentages grignotés sur le dos de l’épargnant font une grande différence. «Par exemple, rien que 0,5% de sous-performance annuelle, cela représente, pour un salaire moyen suisse de 5900 francs, 11% de capital en moins au bout de quarante ans, comparé à ce que lui auraient simplement offert les indices.»

Selon Fundo, le constat de sous-performance est valable pour l’univers mondial des fonds de placement, toujours à la traîne par rapport aux indices.

«Il est évident que battre le marché est très complexe pour un gérant, estime Malik Khalfi, fondateur de Breakfee, une société romande qui conseille les investisseurs au sujet des frais de placement. Le gérant doit se rémunérer lui-même. Au total, en excluant les frais de performance, les frais transparents peuvent atteindre 4,5% par an. Ce montant devra être compensé par le rendement des investissements, avant même de pouvoir dégager de la performance pour l’investisseur.» En outre, les droits de souscription varient beaucoup selon le promoteur. Or les performances publiées n’incluent pas les droits de souscription: «Un fonds qui a gagné 4% l’année dernière, mais qui a coûté 4% à l’achat et 1% à la vente, est un fonds qui a en réalité fait perdre 1% à l’investisseur», explique Malik Khalfi. Pour Antoine Spillmann, associé de Bruellan Wealth Management, «il y a bien un problème de frais. Les frais de gestion vont certainement devoir baisser, anticipe-t-il, car depuis dix ans les marchés gagnent peu d’argent.»

Trois conseils pour faire face à ces problèmes, lorsqu’on investit dans des fonds de placement. 

1. La totalité des frais, ce n’est pas le TER

L’investisseur doit obtenir l’information sur la totalité des frais du fonds. Des frais élevés ne sont pas forcément éliminatoires: un produit cher peut être performant et offrir de bons résultats à l’investisseur, tout comme un produit bon marché peut être sous-performant. Il s’agit de pouvoir distinguer clairement entre frais et performances.

En principe, l’ensemble des frais est divulgué par les fonds sous l’appellation Total Expense Ratio (ratio des frais totaux). Ce ratio exprime les frais courants comme un coefficient, en pourcentage de la fortune du fonds. Les administrateurs de fonds se basent sur la définition du TER donnée par l’Association suisse des fonds (ASF): il comprend la commission d’administration, les frais de révision et les frais de garde de la banque dépositaire.

Problème: contrairement à ce que son nom indique, le TER ainsi défini ne tient pas compte de tous les frais, à commencer par les frais de transaction, les intérêts sur prêts, les «soft commissions», et les coûts d’entrée et de sortie. Concernant ces derniers, il faut préciser qu’ils sont en général publiés sur la fiche du fonds, mais séparément du TER.

Selon Malik Khalfi, ce sont les frais de transaction qui représentent la partie essentielle des commissions cachées. Ils sont d’autant plus élevés que le fonds est activement géré ou qu’il opère sur des marchés moins liquides. «Les commissions de transactions (achats et ventes) engendrent des coûts, supportés par l’investisseur, et qui ne lui sont pas communiqués.» Il cite une étude de l’ASF, qui estime à 1,8% les coûts supplémentaires liés aux frais de transactions, ce qui ferait passer le total des frais de 4,5% p.a. à 6,3% p.a. avant même que le fonds ne soit rentable. Au final, le TER représente, parfois, moins de la moitié des frais totaux, selon une étude de Frontier Capital Management, parue en 2007.

2. Privilégier les fonds indiciels

Si la gestion benchmarkée sous-performe, l’investisseur, privé comme institutionnel, aura vite fait son calcul: les fonds indiciels, ou trackers, qui se contentent de répliquer les indices, performent mieux que les fonds de placement, nets de frais. Très bon marché, ils n’affichent pas de spreads à l’achat/vente. «Investir via des trackers maximise vos chances de gagner plus que les fonds, avec une amélioration de performance pouvant aller jusqu’à 1%», estime Jacques Grivel.

Dans la famille de l’indiciel, les fonds indiciels sont à distinguer des ETF (Exchange Traded Funds), certificats d’indices cotés en bourse, un peu plus coûteux car ils affichent des spreads achat/vente élevés. Mais les statistiques du marché des ETF permettent de se rendre compte de l’engouement en général pour l’investissement passif: le volume des ETF a doublé entre mi-2007 et fin 2012, passant de 690 milliards de dollars mi-2007 à 1350 milliards en 2012. Autant dire que ces dix dernières années, les véhicules qui se contentent de répliquer les indices ont remporté le suffrage des investisseurs.

3. Se regrouper avec d’autres investisseurs

Si l’on est une caisse de pension de 50 millions de francs, il fait sens de se regrouper avec d’autres fonds de pension, conseille Jacques Grivel: «Ainsi, on bénéficie de la prestation pour un prix deux fois moins cher.» Plus on est petit, moins on est bien servi. Le CEO de Fundo explique qu’entre les grandes caisses et les petites caisses, il y a 70 points de base (pb) d’écart de performance.

Parmi les plates-formes permettant aux investisseurs de se regrouper figure Avadis, acteur de la prévoyance qui réunit 8 milliards d’avoirs de fonds de pension, et 400 millions d’avoirs privés. En créant ces pools, Avadis peut négocier au meilleur prix les investissements auprès des prestataires.

Pour les petits investisseurs privés, la situation est particulièrement ingrate, car ils ne peuvent accéder à des prix de gros. «Un particulier paie parfois dix fois plus en frais de transactions qu’un institutionnel. Car il y a des minima importants lorsqu’on passe des ordres de bourse, souligne Malik Khalfi. Le privé paiera 0,5 ou 1% à l’aller, la même chose au retour, sans compter que le fonds va coûter 100 pb.»

Les clients institutionnels, en revanche, bénéficient de commissions «all in» (tout inclus) et paieront éventuellement le droit de timbre, mais pas de courtage, tandis que les commissions du fonds vont se situer autour des 20 pb en moyenne, et peuvent descendre à 10 pb pour les très gros montants. Bref, cela fait encore plus sens, pour les privés, d’aller vers l’indiciel, et de se regrouper pour obtenir les meilleurs tarifs.  

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

Du même auteur:

L'INSEAD délivre 40% de MBA en Asie
La bombe de la dette sera-t-elle désamorcée ?

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."