Bilan

Ces marchés peu connus mais lucratifs

Les investisseurs qui ont osé s’aventurer sur les marchés frontières – petits-cousins, moins connus que les émergents – ont été récompensés par des rendements impressionnants.
  • Reykjavik. L’Islande, qui a souffert de la crise financière, est le marché le plus volatil du monde.

    Crédits: Nasa

Ces dix-huit derniers mois, les investisseurs ont été récompensés pour avoir misé sur des marchés peu connus. Tandis que l’indice MSCI Marchés Emergents est resté plat depuis début 2013, l’indice MSCI Marchés Frontières a bondi de plus de 50%. Les marchés développés ont également réalisé de belles performances, même si, avec ses 32% de progression, l’indice MSCI Monde est resté largement en deçà des performances des marchés frontières.

Pris séparément, ces pays ont également enregistré des rendements significatifs. Depuis le début 2013, le marché bulgare a grimpé en flèche de 91%, le Pakistan de 81%, et le Nigeria de 47%. Cette belle performance a aidé les marchés frontières – généralement considérés comme des pays possédant certes une bourse mais ne remplissant pas les exigences nécessaires en matière de taille et de liquidité pour figurer dans l’indice des marchés émergents – à gagner en crédibilité auprès de la communauté des investisseurs.

Les chiffres publiés par le cabinet d’étude spécialisé EPFR Global montrent que les fonds ciblés sur les marchés frontières ont bénéficié d’afflux dépassant 1,5 milliard de dollars durant les quatre premiers mois de l’année. En 2013, ces fonds ont attiré 5,6 milliards de dollars.

Pas si volatils

Comme si cette bonne nouvelle ne suffisait pas, de récentes analyses démontrent que les marchés frontières, souvent taxés de risqués et instables en raison de facteurs économiques et politiques, pourraient être moins volatils que prévu.

Une étude du gestionnaire de fonds new-yorkais LR Global publiée en mai s’est penchée sur les rendements hebdomadaires, en dollars, de 80 indices boursiers à travers les marchés développés, émergents et frontières pendant les dix ans précédant la fin 2013. Cette recherche a montré que les indices des marchés boursiers frontières étaient beaucoup moins volatils que ceux des marchés émergents et bien moins chaotiques que ceux des marchés développés.

LR Global, qui possède 200 millions de dollars sous gestion investis dans les marchés frontières, a défini la volatilité comme la déviation standard annualisée des rendements boursiers. Cette déviation standard, que LR Global a mesurée sur une base hebdomadaire, montre dans quelle ampleur un marché flambe ou chute brutalement. Plus la déviation standard est élevée, plus le marché est volatil (voir graphique ci-dessus).

Brent Clayton, gestionnaire de portefeuille chez LR Global et coauteur de l’étude, admet avoir été surpris par ses résultats. «Nous nous doutions, en regardant les indices, que les marchés frontières étaient moins volatils que les marchés émergents, mais nous avons été stupéfaits de constater que non seulement c’était clairement le cas, mais qu’ils étaient moins volatils que les marchés développés sur la plupart des périodes prises en compte.»

Brent Clayton attribue la faible volatilité des marchés frontières à leur exposition limitée au système financier global. Lorsqu’ils paniquent et recherchent la sécurité, les investisseurs tendent à fuir les marchés émergents. Les marchés frontières, qui ont bénéficié d’afflux plus modestes de capitaux étrangers, ont été généralement moins affectés par ces mouvements de panique. «Ces marchés sont principalement portés par des investisseurs locaux et échappent ainsi aux caprices des flux de capitaux étrangers mus par le court terme.»

Peu corrélés entre eux

Selon Alison Graham, responsable des investissements auprès du hedge fund basé sur les pays frontières Voltan Capital Management LLC, la volatilité relativement faible de ces marchés est due à la grande diversité des économies et des facteurs économiques déterminants de ces pays. «Pris individuellement, ces pays peuvent être volatils, mais, pris en tant que groupe, il y a une faible corrélation entre eux, de telle façon que si vous les mélangez dans un portefeuille vous avez une volatilité beaucoup plus faible», souligne-t-elle.

Les économies émergentes sont diversifiées, mais les performances de leurs bourses tendent à être plus corrélées parce qu’elles sont plus dépendantes des flux globaux de capitaux et sont plus susceptibles d’être connectées les unes aux autres par des liens commerciaux et financiers, explique encore Alison Graham.

La Mongolie, entre autres, témoigne de cette sorte de volatilité typique des marchés frontières pris séparément. Ces cinq dernières années, l’indice boursier mongolien a grimpé d’un peu plus de 4600  points pour atteindre un pic de 32 500 avant de redescendre récemment à 15 000 environ.

L’Ukraine suit la même tendance, bondissant de moins de 1000 points à presque 3000 avant de rechuter à 800  points en mai 2013. Depuis novembre, lorsque les turbulences actuelles ont commencé, l’indice boursier a pris presque 40%.

Sans surprise, l’Ukraine constitue l’un des quatre pays frontières parmi les 10 marchés les plus volatils du monde. Les trois autres sont la Roumanie, l’Argentine et le Kazakhstan. Parmi le top ten, cinq sont des pays émergents, et le marché le plus volatil de tous est l’Islande, un marché développé qui a spécialement souffert durant et après la crise financière.

Le moins volatil des 80 marchés analysés par l’étude de LR Global est Trinidad-et-Tobago. Les Etats-Unis se trouvent au onzième rang. Nikhil Bhatnagar, vice-président du broker spécialisé dans les marchés émergents Auerbach Grayson & Co, estime que du fait que les marchés frontières continuent à attirer de nouveaux investissements étrangers, en particulier par le biais de fonds indiciels tels que les fonds négociés en bourse, il est probable que leur volatilité augmente.

Une augmentation de la volatilité n’est pas forcément négative. Les hedge funds en particulier cherchent des opportunités en période de mouvements de marché extrêmes. Par exemple, lorsque les marchés boursiers vietnamiens ont plongé de 15% en avril et mai de cette année, les gestionnaires de fonds étrangers se sont rués sur ce qu’ils considéraient comme des titres sous-évalués.

«Nous achetons en période de faiblesse», explique Asha Mehta, gestionnaire de portefeuille d’Acadian Asset Management LLC, qui possède 320  millions de dollars de fonds sous gestion provenant des marchés frontières. Dans le cas du Vietnam, ce sont les investisseurs locaux, alarmés par le profond désaccord de leur pays avec la Chine, qui se débarrassent des actions des entreprises locales.

Rod Berens, coresponsable des investissements pour le gestionnaire new-yorkais Berens Capital Management LLC, qui gère 1,3 milliard de dollars avec un focus particulier sur les marchés émergents et frontières, est convaincu que de tels mouvements représentent une véritable opportunité: «Les marchés frontières offrent des titres bon marché, voire très bon marché, lorsque les participants souffrent de sous-performances», note-t-il.

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