Bilan

Cette année, les investisseurs seront secoués à la Bourse

Les organisateurs de la grand-messe des fonds de placement qui se déroulera début février à Zurich peuvent respirer. Les investisseurs sont de retour. «Dès le seconvulsionmestre 2009, les fonds de placement ont à nouveau drainé un important volume d'argent frais», relève la Swiss Funds Association. Cet optimisme est directement lié au redressement des marchés financiers observé depuis le printemps 2009.L'année dernière, les Bourses mondiales ont gagné de 20% aux Etats-Unis à 120% au Brésil.Mais que l'alerte fut chaude. Il n'y a pas si longtemps encore des fonds de placement fermaient boutique, fragilisés par la plongée des Bourses qui faisait fondre les actifs sous gestion et poussait les épargnants à retirer leurs billes. Le krach financier de l'automne 2008 menaçait même de tout emporter sur son passage. La crise est-elle derrière? Que faut-il attendre cette année en termes de performance pour les principales classes d'actifs composant l'industrie des fonds de placement? Bilan présente les vues de quatre gérants de fonds ayant enregistré de solides performances au cours de l'année dernière, tirés du classement établi par le consultant Morningstar.OBLIGATIONSPiguet Global Fund International Bond CHF C: + 13% en 2009 Gérant du fonds, Daniel Varela met en avant les incertitudes qui caractérisent le monde obligataire en 2010. Une situation diamétralement opposée à celle qui prévalait l'année dernière. «La situation était claire en 2009, explique-t-il. Il fallait augmenter les risques en portefeuille, car le monde était sauvé par les interventions des gouvernements et des banques centrales.» Bien lui en prit de sortir complètement des bons du Trésor américain, car ces derniers ont perdu 12% sur les échéances à dix ans et même 28% sur celles à trente ans. A l'inverse, les paris sur les emprunts gouvernementaux en couronne norvégienne, réal brésilien et autres dollars néo-zélandais et australien lui ont permis de décrocher le jackpot avec des profits s'échelonnant de 20% à 35%.Aujourd'hui, il redoute que les marchés n'anticipent un dérapage de l'inflation. Un phénomène qui forcerait la main aux banquiers centraux en les obligeant à relever les taux de manière prématurée, avec le risque de casser la reprise. Actuellement, les marchés tablent sur un très léger resserrement de la politique monétaire américaine l'automne prochain. «Cet éventuel dérapage des anticipations inflationnistes risque d'être provoqué par une flambée des cours du pétrole ou des chiffres économiques supérieurs aux attentes, ce qui engendrerait une tension sur les taux longs.» Sa stratégie changerait alors radicalement. «Il conviendra de réduire le risque débiteur des portefeuilles obligataires en augmentant l'exposition aux emprunts gouvernementaux et en rallongeant les échéances.»En attendant, le gérant de la Banque Piguet campe sur ses positions. Il n'a pas encore modifié la structure de son fonds, caractérisée par «une duration de quatre ans, plus basse que celle de mon indice de référence, et par une sous-pondération en emprunts d'Etat.» Car, même s'il se tient prêt à changer son fusil d'épaule, Daniel Varela croit toujours au potentiel des obligations des sociétés en ce début d'année. «Alors que les doutes augmentent sur la qualité de crédit de gouvernements qui ont beaucoup recouru à la dette pour relancer leurs économies, les fondamentaux des entreprises s'améliorent très nettement avec à la clé un taux de défaut qui devrait fortement baisser dans le courant 2010.» Reste donc quelques pour cent à grappiller.ACTIONSJulius Baer Multistock - Global Emerging Markets Stock Fund: + 70% en 2009 En bien meilleure santé que les marchés développés, les places émergentes! C'est le leitmotiv que répète Andrzej Blachut, gérant de ce fonds chez Swiss & Global Asset Management. Il fait sien le consensus des marchés sur l'avancée attendue des Bourses russe, brésilienne ou encore indonésienne cette année. «Je m'attends à des hausses s'échelonnant de 15% à 25%.» Mais le chemin ne sera pas de tout repos. «Après la progression de 70% observée en 2009, je ne serais pas surpris que le marché s'essouffle et corrige de 20% au premier trimestre.» Une phase de correction qu'il faudra mettre à profit pour acheter. Sur fonds d'urbanisation, la croissance émergente demeure solide. Ces vastes zones constitueraient même l'avenir du monde. «A l'inverse des pays développés, elles ne connaissent pas un endettement public et privé excessif.»Forts de leur assise financière, les centaines de millions de personnes composant les classes moyennes chinoises ou indiennes dépensent de plus en plus. Et cela soutient l'économie mondiale. Le géant chinois illustre à merveille ce phénomène. Sa croissance ne repose plus uniquement sur les exportations. «Prenez un iPod exporté à 150 dollars, détaille son collègue Vincent Lagger. Pour fabriquer un tel appareil, la Chine importe pour 140 dollars de composants.» Aujourd'hui, la consommation domestique soutenue par l'immobilier a pris le relais. Mais une bulle hypothécaire ne menace-t-elle pas d'exploser? «Non, les autorités chinoises disposent des outils et de la souplesse pour contrer le boom de la construction à Shanghai ou Pékin tout en soutenant celle des provinces plus reculées», affirme-t-il. Pourvu que ça dure.Pictet (CH) Swiss Mid-Small Cap I: + 43% en 2009 L'équipe des gérants de Pictet Asset Management, basée à Zurich, reste positive pour l'exercice 2010. «Par le biais de nos contacts auprès des entreprises suisses nous avons constaté qu'elles ont drastiquement réduit leurs coûts et sécurisé leur financement en 2009, détaille Fabrizio Cattaneo, senior investment manager. Dès lors, les entreprises sont idéalement placées pour profiter de la phase de redémarrage qui s'annonce. «Les estimations bénéficiaires des actions ne reflètent pas le potentiel de profits des entreprises, ce qui devrait soutenir les cours.» Et ce n'est pas tout. Car l'ensemble des investisseurs n'ont pas encore pris le train de la hausse. «A ce stade, nous estimons que les institutionnels ne peuvent plus se permettre de ne pas être investis en actions.»Mais le chemin ne sera pas forcément de tout repos. «Ce ne sera pas une autoroute toute droite.» Des secousses sont à attendre sur les marchés d'actions. Des incertitudes vont poindre ici et là remettant en cause la qualité de la reprise. «La croissance économique est tout de même encore fragile car très dépendante des interventions étatiques, mais aussi de quelques marchés émergents tels que la Chine ou l'Inde, analyse-t-il. Mis à part la demande étatique, une reprise durable reposera sur un retour de la consommation mais aussi une reprise vigoureuse de l'investissement privé, surtout dans les secteurs des biens industriels et de l'immobilier commercial.» Bref, les sociétés doivent recommencer à acheter des machines et à construire. Mais ces doutes n'empêcheront pas les Bourses de grimper sur l'ensemble de l'année.En 2009, les paris spécifiques pris par l'équipe de Pictet ont payé. «Nous avons fortement investi dans Valora,Schindler, Temenoset Sonova», souligne Fabrizio Cattaneo. Le nom de valeurs favorites pour 2010 change en partie. «Nous restons très positifs sur le spécialiste en logiciels bancaires Temenos, ainsi que sur Logitech, Inficon, Partners Group et Tecan.» La qualité du segment des petites et moyenne capitalisations suisses est vantée. «Ce secteur est une perle qui regorge de sociétés de qualité et offre d'excellentes opportunités aux investisseurs.» Parole de professionnel.LTIF Global Energy Value: + 110% en 2009 Toujours plus haut le pétrole. Selon les analystes de Strategic Investment Advisors Group (SIA), qui gèrent ce fonds centré sur l'énergie, le prix du baril va continuer de grimper. Inexorablement. «D'ici six à dix-huit mois, nous allons nous retrouver dans la même situation qu'en juin 2007, affirme le professeur Carlos Jarillo, fondateur du groupe genevois. La demande de brut va excéder l'offre.» Le cours de l'or noir dépassera alors allégrement la barrière des 100 dollars. Rappelant que le transport siphonne 75% du pétrole extrait, Carlos Jarillo donne l'exemple de la soif chinoise. «L'année dernière, les Chinois ont acheté 13,5 millions de voitures, contre près de 10 millions pour les Américains, et sont ainsi devenus les premiers consommateurs d'automobiles de la planète.» Pour l'immense majorité, il s'agit de leur premier véhicule. «Ces achats amènent une nouvelle demande pour le pétrole», précise-t-il. Cette tendance ne va-t-elle pas s'inverser avec l'avènement des voitures électriques? Pas pour l'instant. Le changement se fera, mais très doucement. «Lorsque leur prix sera accessible, il faudra encore une vingtaine d'années pour changer l'ensemble du parc automobile.» Dans le portefeuille, les compagnies dotées de solides réserves de pétrole, «qui vont faire une fortune avec un baril de brut à 80 dollars», sont privilégiées. Carlos Jarillo est très chaud sur Suncor Energy, qui exploite les sables bitumineux canadiens, ou encore sur l'américain Hess et le brésilien Petrobras. A l'inverse, le renchérissement des cours est préjudiciable pour les groupes ne disposant pas de réserves suffisantes, «car elles sont contraintes d'acheter sur le marché pour livrer les raffineries». Les mines de charbon et de cuivre sont également très présentes dans le fonds. «Depuis trente ans en Allemagne, toute l'offre supplémentaire en électricité est tirée du charbon», relève-t-il. Cela n'empêche pas le financier de prendre des profits. «Nous allégeons un peu l'exposition au charbon, car les titres du secteur ont beaucoup grimpé depuis le début de l'année.» Western Coal et Coal of Africa avancent effectivement de plus de 15% depuis la fin de décembre. Rien de moins.

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."