Bilan

Chalets bientôt mis en liquidation à Verbier

La crise financière qui frappe de plein fouet Londres menace de s'inviter sur les pentes enneigées de Verbier. «UBS serait sur le point de liquider une dizaine de chalets, d'une valeur de 3 à 8 millions de francs, dont les propriétaires anglo-saxons n'arriveraient plus à assurer le financement», affirme un financier genevois. Les banquiers d'affaires londoniens, forts de bonus atteignant 1,5 million ou 2 millions de francs, ont investi massivement la station ces dernières années. «Les Britanniques représentent 40% de ma clientèle», illustre André Guinnard, promoteur immobilier à Verbier. En 2008, les bonus versés dans la City vont reculer de 44%, selon l'institut de recherche CEBR, et aucune véritable embellie n'est attendue avant... 2011. L'emploi va également souffrir ces prochains mois. D'après JP Morgan, près de 40000 financiers vont perdre leur emploi à Londres, ce qui représente une réduction de 5% des effectifs des banques. La faute à la crise de crédit provoquée par l'implosion du marché hypothécaire américain à risque, les subprime. UBS assure ne pas être au courant de ce dossier. «Nous n'avons procédé à aucune saisie à Verbier», souligne la banque, ce que confirme l'Office des poursuites de la commune de Bagnes. Il n'empêche, le dossier serait à l'étude. D'autres établissements bancaires se retrouveraient confrontés au «tassement du pouvoir d'achat de la clientèle britannique», comme l'indique un promoteur valaisan. La réduction drastique des autorisations de vente aux étrangers décidée en 2007 par l'Etat du Valais, en lien avec l'application de la Lex Koller, n'arrangerait pas les choses. «Mais je ne vois pas les prix s'effondrer à Verbier.» Patrick Polli,architecte et promoteur à Verbier, livre une analyse plus détaillée. «Je pensais que ce type de bruits viendrait d'ici à six mois.» Pour lui, les gens qui achetaient avec leur bonus pourraient se retrouver en difficulté. «Le marché va perdre en profondeur.» Il identifie un risque sur les projets les plus récents, «ceux de ces deux dernières années.» Pour faire simple, un acheteur qui mettait sur la table sa gratification de 1,5 million pour acquérir un chalet à 5 millions verse environ 140000 francs d'intérêts hypothécaires par an. Ces (nouveaux) riches financiers sont généralement propriétaires de leur habitation à Londres, d'où une seconde hypothèque à rembourser. Au chômage ou avec un bonus réduit, ces charges deviennent impossibles à supporter. Pour ne rien arranger, ils possèdent généralement aussi un pied-à- terre en Espagne, «marché qui plonge de plus de 30%». Les propriétaires se retrouvent donc dans une posture très délicate. Vont-ils vendre à Verbier? «Les gens sont plus prudents aujourd'hui, mais je pense que cela va repartir.» La rumeur se fait même assez précise. «Tout le monde ne parle que de cela, indique un financier, observateur avisé de l'immobilier local. Les chalets n'ont cependant pas encore été mis sur le marché par les banques.» Un gros projet serait concerné. «L'emprunt hypothécaire de l'acheteur serait nanti par des actions bancaires qui ont plongé ces derniers mois.» Les établissements finançant le projet demanderaient de l'argent frais en couverture. Mais les clients anglo-saxons peineraient à apporter les garanties demandées.

C'est la soupe à la grimace

«Beaucoup d'aventuriers ont monté des projets ces dernières années sans avoir véritablement les épaules, surtout des Anglo-saxons et des Nordiques», ajoute-t-il. Et comme les banques deviennent plus exigeantes en raison du krach financier, c'est la soupe à la grimace. Pour ne rien arranger, les taux hypothécaires se sont tendus depuis janvier. Lui est particulièrement inquiet pour les projets lancés depuis deux ans. «Il y a environ vingt-cinq chantiers à Verbier.» La station n'a jamais connu de crise immobilière. Verbier compte environ 2500 chalets, souvent découpés en trois ou quatre appartements. Depuis 1982, le prix des logements a grimpé de 2800 francs le mètre carré à plus de 20000 francs actuellement. La progression a été linéaire jusqu'en 2002, le prix atteignait alors 7000 francs le mètre carré. Ensuite ça a été l'explosion, la hausse effrénée, un peu comme sur les marchés immobiliers américains, espagnols ou irlandais. Mais ces derniers sont aujourd'hui en chute libre, touchés par le ralentissement économique mondial et le durcissement des conditions de crédit. L'immobilier britannique n'est pas en reste: il a reculé de près de 10% depuis l'été 2007. Selon Howard Archer, chef économiste du cabinet Global insight, ce phénomène va s'accélérer. Il est possible que le plongeon atteigne 25% en 2009. La grippe londonienne pourrait laisser des traces jusque sur les pistes de ski.

L'immobilier recule de Genève à Montreux L'immobilier des bords du Léman a atteint un pic. Les prix ont grimpé de 50 à 60% sur dix ans, et même «de 100% sur Genève», précise Etienne Nagy,du bureau d'étude Acantheà Genève. Mais la situation se détériore. «Les appartements et villas jusqu'à 2,5 millions ont baissé de 5% depuis l'automne 2007», estime Stéphane Keller,promoteur chez Socogestar. Les prix pourraient continuer de reculer. Car la conjoncture s'annonce délicate pour les mois à venir. «Les gens ont passablement perdu en bourse et les banques ont serré la vis dans l'octroi de prêts hypothécaires», détaille Stéphane Keller. Dès lors, les fonds propres nécessaires pour l'achat d'un bien seront plus difficiles à réunir, et les intéressés vont se faire plus rares. En plus, l'inflation gagne du terrain avec le renchérissement de l'énergie et des matières premières. Conséquence directe, les taux hypothécaires ont été orientés à la hausse: «50 à 70 points de base depuis janvier», confie Etienne Nagy. Les acheteurs verront leurs charges financières grimper. «Mais le marché peut absorber 100 points de base sans que survienne une correction majeure, tempère-t-il. Le nombre élevé d'hypothèques à échéance à taux fixe va diluer le phénomène dans le temps.» le spécialiste n'envisage pas de krach immobilier. «Les prix pourraient refluer de 5 à 10% pour les objets jusqu'à 3 millions de francs et la baisse pourrait atteindre 10 à 20% pour les biens de luxe dans les deux ans à venir.» Alors, simple correction ou retournement majeur?

Photo: Verbier / © Beatrice Devenes / Pixsil

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