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Combien coûte le conseil du banquier?

Il est important pour l’investisseur de connaître avec exactitude comment son gestionnaire calcule ses honoraires. Avec des coûts qui augmentent, les tarifs de gestion pourraient croître.
  • Crédits: Illustration: Pete Ryan/morgangaynin.com
  • Frédéric Binggeli (Banque Privée Edmond de Rothschild): «Opérer un compte coûte plus cher.» Crédits: Dr

Plonger dans le monde des tarifs bancaires équivaut à une baignade en eau trouble. Après un coup de sonde sur la place financière, il ressort très vite que très peu de banques acceptent de communiquer ouvertement les prix de la gestion de fortune. Un choix de leur direction dans la plupart des cas qui résulte probablement du contexte actuel.

En effet, le Tribunal fédéral (TF) les oblige désormais à restituer les rétrocessions (lire encadré ci-contre) lorsque les clients en font la demande. Couplée aux craintes qui portent sur la fin du secret bancaire, ce retour sur le passé va coûter cher à certains établissements. D’autant plus qu’il s’ajoute aux adaptations résultant des nouvelles exigences de la finance (directives AIFM, nouvelle LPCC, accords Rubik…).

Les banques développent ainsi leurs effectifs dans le contrôle, le juridique ou encore la fiscalité. Et donc leurs coûts. Résultat, leurs marges sont sous pression dans un environnement ultracompétitif déjà affecté par des taux d’intérêt très bas. La logique veut donc qu’ils trouvent des revenus annexes pour compenser la perte de substance. Alors qu’est-ce qui va s’afficher sur l’ardoise de l’investisseur?

«Une chose est certaine, aujourd’hui, opérer un compte coûte plus cher qu’avant. En outre, quelle que soit sa taille, les coûts pour gérer un compte sont très proches», explique Frédéric Binggeli, membre du Comité exécutif de la Banque Privée Edmond de Rothschild et chroniqueur à Bilan.

Pour compenser la perte des revenus, de nombreux analystes s’attendent donc à un ajustement des structures d’honoraires de gestion, de manière à maintenir les marges. «Un client qui investit 1 million de francs rapporte 8000 francs de revenus à sa banque. La marge brute est de 80 points de base. On prévoit qu’elle se réduise encore de 20 à 30 points à l’avenir.

En ce qui concerne les rétrocessions, la banque qui en reçoit applique un certain tarif. Si elle renonce aux rétrocessions, pour un même travail dans la gestion d’un compte elle va facturer plus cher son service de 10 à 20 points de base», confie un associé de chez KPMG.

 «De nouveaux frais apparaissent sur les comptes, comme les commissions d’administration, et la pratique du rabais sur tarif tend aussi à diminuer», selon une gérante de la place. Par ailleurs, il faut être conscient de la hausse latente des faux frais bancaires. Il s’agit par exemple des coûts pris sur des retraits, des transferts, des changes. 

Complexité des grilles tarifaires

Au final, le preneur du mandat veut savoir ce qu’il paie, et surtout connaître la performance de son argent. Aujourd’hui, avec la faiblesse des taux d’intérêt, quand la banque déduit les frais, certains portefeuilles sont dans le rouge. Dès lors, les investisseurs y regardent de plus près.

Premier constat, les frais des mandats de gestion sont divers et surtout difficiles à obtenir si l’on n’est pas client. Les tarifs des banques ne sont pas disponibles sur internet, comme ceux de la bourse en ligne. On parle de transparence, mais pas à ce niveau. La plupart des établissements, aussi bien les banques privées que cantonales ou encore les grandes banques, restent frileux à divulguer leurs honoraires.

En revanche, les prix sont communiqués lorsque le client vient leur rendre visite. Il est d’usage de demander à sa banque de voir une simulation, avec le détail des frais, de son dépôt en fonction d’un profil d’investissement. Contre une certaine fortune de placement, le client se verra proposer un tarif à la carte. Les frais de gestion sont déterminés en fonction de la prestation fournie. Un peu comme un contrat de téléphonie mobile.

En effet, il existe une multitude de tarifs, en fonction du type de mandat, du montant des avoirs déposés, du profil d’investissement choisi par le client (pondéré, croissance…), de l’intensité des transactions.

Dans les faits, on observe souvent que l’investisseur ne souhaite pas avoir le détail des frais. «La psychologie de l’individu est intéressante dans ce contexte. Lorsqu’on lui dit qu’on lui retient 0,5% sous forme de rétrocessions dans le cadre de la gestion de son mandat, il est bien souvent d’accord avec ce principe, sous-estimant les impacts sur le long terme», explique Malik Khalfi, fondateur de Breakfee.

D’ailleurs, jusqu’à aujourd’hui, malgré tout ce qui se discute autour du thème des rétrocessions, les banquiers ne constatent pas une arrivée massive de réclamations d’arriérés.

Parler de jungle tarifaire n’est pas exagéré. En revanche, il existe un certain nombre d’éléments qui permettent de faire un choix et de mieux comprendre les tarifs pratiqués. Le client paie pour le conseil et la sélection des produits offerts par la banque. Actuellement, les frais de gestion du mandat en Suisse naviguent dans une fourchette assez large, de 0,8 à 1,5% des avoirs gérés selon le choix du produit bancaire.

Dans son calcul, l’investisseur doit aussi ajouter les frais de courtage qui peuvent atteindre 1,5% et aussi ceux de garde qui sont de l’ordre de 0,2 à 0,4%. Le décompte peut être aussi forfaitaire. Le tarif est alors plus élevé, généralement autour de 2%, mais il inclut tous les frais, y compris le courtage et les frais du dépôt.

La Banque Privée Edmond de Rothschild pratique deux types de tarification pour les comptes gérés. «La première est forfaitaire et appelée flat fee, avec ou sans ticket fee. Réservée aux comptes gérés, elle comprend la commission de gestion, les droits de garde, les frais administratifs, commissions fiduciaires, courtage, les frais de livraison titres et opérations titres.

Par exemple, un client avec 1 million de francs suisses paiera une commission de 1,4%. La deuxième tarification est non forfaitaire. Applicables aux comptes gérés comme aux comptes non gérés, les prestations sont facturées à leur utilisation», illustre Michel Lusa, directeur ad interim de la gestion de la Banque Privée Edmond de Rothschild.

Les mandats spéciaux avec des produits plus complexes ou des restrictions envers certains investissements sont généralement plus coûteux que les mandats classiques ou encore les mandats de fonds. Ces derniers sont adéquats pour les petites fortunes (moins de 1 million), les frais étant moins élevés sur des fonds que sur des lignes directes.

Enfin, les gérants indépendants semblent moins affectés par l’affaire des rétrocessions. Même s’il existe des exceptions, la plupart des acteurs de ce segment respectent un code de conduite. «Nous avons déjà fait tout un effort de transparence au sujet des commissions. Nos clients sont au courant de nos pratiques. En principe, nos honoraires de gestion sont plutôt de l’ordre de 1%», explique Paul Lombard, gérant indépendant chez Bruellan Wealth Management. 

Augmenter les tarifs et décevoir son public

Chez Credit Suisse, une adaptation des tarifs frais a été annoncée à la clientèle en début d’année, avec effet au 1er avril 2013. Le mandat fera l’objet d’un forfait incluant frais de gestion et de transactions, auxquels s’ajoutent les droits de garde et frais de tiers. La BCV et banque privée Notenstein affirment n’avoir rien de prévu à ce stade.

En ce qui concerne la Banque Privée Edmond de Rothschild, elle a déjà redéfini ses tarifs en septembre 2012, après quinze ans de stabilité, afin d’y répercuter la hausse des coûts (nouvelles réglementations, informatique). Elle n’envisage pas de nouveaux changements en 2013.

Les banques ou les structures financières dont le modèle fonctionne avec les rétrocessions se retrouvent actuellement dans une situation pénible. «Il est difficile aujourd’hui d’augmenter encore les frais bancaires. Une banque qui augmente ses honoraires risque de perdre des clients. Il est plus probable que pour retrouver de la rentabilité les banques diminuent leurs charges salariales ou délocalisent certaines de leurs activités», confie Malik Khalfi.

Aujourd’hui, le client n’est pas forcément prêt à payer plus cher qu’avant. Lorsque les honoraires augmentent, certains vont accepter les justifications du banquier si elles lui apportent une plus-value. D’autres pourraient renoncer à ses conseils. Notamment les plus petites fortunes! 

 

Patricia Meunier

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