Bilan

Comment gagner sur les marchés

Les investisseurs le sentent. La reprise devient concrète. Le consommateur américain revient en force depuis mars. L'inflation ne repart pas, et les taux d'intérêt restent au plancher. Les banques américaines comme JP Morgan Chase ont déjà nettement profité, au premier trimestre, de la reprise des cartes de crédit et du marché hypothécaire. Mais surtout, les pays émergents - en particulier asiatiques - ont pris la tête du rebond, avec des taux de croissance à deux chiffres souvent, qui en font le marché de choix.

Retour des structurés à levierComment tirer profit de ce contexte? D'abord, il y a les épargnants prudents, qui disposent de sommes modérées à investir. A la Banque Cantonale de Genève, Laurent Pinto de Magalhais, conseiller à la clientèle, note qu'ils «cherchent toujours dans le climat actuel des rendements sécurisés de l'ordre de 3%». Pour des mises de fonds entre 50 000 et 100 000 francs, il leur conseille des fonds d'allocation d'actifs, «qui offrent une diversification du portefeuille, une gestion professionnelle à coût réduit et un profil en adéquation avec leurs objectifs».

Mais dans cette catégorie, on trouve aussi de petits investisseurs avec un goût renouvelé pour le risque. En témoigne le retour, sur le marché suisse, des produits structurés. Ce premier trimestre, le chiffre d'affaires de l'industrie des structurés progresse de 33% par rapport à fin 2009. Fait révélateur, les produits à levier (warrants, mini-futures) et les produits d'optimisation (reverse convertibles) dominent les nouvelles émissions des banques commeVontobel et la Banque Cantonale de Zurich (BCZ), leaders du marché, tandis que les produits à capital garanti ont moins la cote, selon l'Association suisse des produits structurés. Le volume investi dans les structurés était tombé de 340 milliards de francs en 2007, à 240 milliards fin janvier 2010.

A partir de 100 000 francs, la BCGE conseille à ses clients d'investir dans un portefeuille de fonds. Dans ce cas, l'investisseur a intérêt à combiner des stratégies et marchés différents. En effet, «le thème de 2010 à 2012 sera clairement celui de la dispersion: entre différentes économies, entre les entreprises, et entre les classes d'actifs, observe Fabrizio Ladi, chef des placements alternatifs chez Reyl & Cieà Genève. Dès lors, les opportunités qu'on trouve sont très individuelles».

L'une d'elles pourrait bien être le Japon. Selon un sondage de Bank of America Merrill Lynch, les gros allocateurs de fonds troquent actuellement les actions de la zone euro contre des actions nippones, les entreprises de l'archipel se profilant parmi les grandes gagnantes de la reprise. Pour les investisseurs au-delà d'un million de francs, les portes de la gestion alternative s'ouvrent. «Dans un marché si peu uniforme, il faut des talents purs pour débusquer les opportunités et dégager des rendements, souligne Fabrizio Ladi. Et ces talents se trouvent dans les hedge funds.» Leurs paris actuels: vendeurs sur les bons du Trésor américain à dix ans, vendeurs agressifs d'euros contre dollars et acheteurs du Nasdaq, l'indice des valeurs technologiques américaines. L'univers est particulièrement propice à toutes les stratégies d'arbitrage: sur les devises, les obligations souveraines, le crédit d'entreprises et aussi entre actions et obligations. La dette, marché phareMais c'est le marché de la dette qui attire le plus d'investisseurs sophistiqués. Plus que le marché des actions, il offre le potentiel de rendement le plus élevé, à travers les stratégies des hedge funds. Bref, ce qui intéresse les investisseurs les plus pointus, ce sont les bilans des entreprises, du côté passif. Les stratégies d'arbitrage entre les différentes tranches de dette des entreprises sont reines et font le bonheur des desks de négoce de «fixed income» de toutes les banques d'affaires actuellement. «Les difficultés de refinancement des entreprises constituent la plus grande opportunité du moment», affirme Fabrizio Ladi. Les stratégies des fonds acheteurs/vendeurs de crédit, distressed (situations de quasi-faillite), et les restructurations promettent des rendements à deux chiffres. Les différentes catégories de dette (hybride, convertible, privilégiée...) se complexifient de plus en plus, et il faut de vrais spécialistes du crédit pour savoir les traiter. «Ce n'est pas un monde d'ETF ou d'investisseurs passifs sur des indices, mais un monde de vrais investisseurs», assure le spécialiste de Reyl & Cie. Les clients qui peuvent tolérer une faible liquidité (et ils sont rares, car la tendance est actuellement d'exiger une liquidité quasi d'heure en heure), ceux-là auront accès aux stratégies à plus haut rendement, où il y aura le moins de participants. D'après le dernier sondage annuel de Standard Poor's Fund Services, les gérants de fonds estiment que les obligations à haut rendement (high yield) offriront aussi les rendements ajustés du risque les plus attractifs en 2010. On l'aura compris: le risque est de retour, tout comme l'usage du levier, certes dans une moindre mesure qu'au sommet de 2007. Selon un autre sondage de Bank of America auprès des gérants, le nombre d'investisseurs qui prennent un «risque supérieur à la normale» dans leur portefeuille en avril est au plus haut depuis janvier 2006. Leur vue haussière se base sur un scénario idéal (le fameux Goldilocks) de forte croissance assortie d'une faible inflation. Acheter l'or en eurosCe scénario ne favorise pas l'or, a priori. Le métal jaune a reculé depuis son sommet de décembre après une hausse de 50% de ses cours en 2009, sa fonction de refuge ayant disparu à la suite de l'appréciation du billet vert. Cette dernière pourrait se poursuivre sous l'effet des nombreuses positions d'achat de dollars contre euros des hedge funds. Mais ce repli de l'or peut aussi être l'occasion d'accumuler des positions dans le précieux métal, non pas en dollars, mais en euros, comme le conseille l'économiste et spécialiste de l'or Pierre Leconte. La Banque Pictetnote également que «la faiblesse de l'euro a permis à l'or d'atteindre un nouveau record dans cette monnaie, alors que le prix de l'or en dollars stagne». Sur Euronext, on trouve des ETF sur l'or physique cotés en euros, dont les commissions de gestion ne dépassent pas 0,4%. Attention, toutefois, au moment de revendre l'or en euros: «le risque de change sur l'euro est grand, met en garde André Montandon, conseiller spécialisé dans les métaux précieux. L'idéal est de l'acheter en francs suisses». A la Bourse suisse, des ETF de Julius Bär et de la Banque Cantonale de Zurich sont cotés en francs et en euros. «La BCZ est à recommander, car elle achète réellement les lingots et les stocke dans ses propres coffres, alors que chez certaines banques anglaises, le stockage ne se fait pas obligatoirement dans leurs murs, et elles se réservent le droit de prêter ces métaux». André Montandon voit plus brillant que l'or: l'argent. «Le potentiel de l'argent est supérieur, en raison de sa double utilité: c'est à la fois un métal précieux et un métal énormément utilisé dans des milliers d'applications industrielles.» Contrairement à l'or, 90% de l'argent extrait a été consommé et n'a pas été recyclé. Et l'essentiel provient de résidus de mines d'autres métaux. «Si ces productions s'arrêtent, une pénurie d'argent est probable», projette le conseiller. Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, le monde consomme plus de réserves d'argent dans l'industrie que ce qui est extrait, et qu'il existe donc un facteur de rareté et donc de renchérissement clairement attaché à l'argent. «Il faut un petit déclic pour que la valeur de l'once d'argent soit multipliée par dix, affirme André Montandon. Seul hic, pour l'acquérir sous forme physique, c'est compliqué.» A noter également qu'il existe, sur les lingots d'argent, une prime de 20% par rapport au poids de l'once théorique. Un pari sur le pétrole? C'est ce que propose Yves Bonzon, directeur des investissements de la Banque Pictet, qui estime que le prix du baril «est destiné à demeurer entre 50 et 100 dollars ces prochaines années», et qui recommande de miser sur l'action d'Exxon Mobil, dont le titre se traite «à moins de trois fois sa valeur comptable, alors qu'il offre des perspectives de rendement à deux chiffres».

Autre façon de miser sur l'or noir, destiné à des investisseurs expérimentés: acquérir un ETF sur le pétrole coté à la Bourse de Londres, qui pour les plus courageux peut s'adjoindre un levier de 2 pour 1.

«Sortir des politiques non conventionnelles»Bruce Stout, stratège sur les marchés actions d'Aberdeen Asset Management, livre ses vues sur la sortie de la crise. «Le tsunami financier qui a semé la panique dans le monde entier au cours des vingt-quatre derniers mois va entraîner de profonds changements. Le mot «normalité» n'aura désormais plus le même sens. Les cicatrices psychologiques sont profondes, la correction des erreurs du passé sera très coûteuse et les faiblesses structurelles apparaissent au grand jour. Dans le monde d'après la crise, le creusement des déficits des régimes de retraite, la hausse structurelle du chômage, la croissance anémique des revenus, le poids croissant du remboursement de la dette et l'atonie de la consommation seront la norme. La forte propension à épargner bridera l'investissement productif, obérant la croissance de pays tels que le Royaume-Uni et les Etats-Unis, par ailleurs engagés dans un douloureux processus de retour à l'équilibre. Dans ce contexte difficile, les Etats vont devoir restaurer leur crédibilité en matière budgétaire et monétaire. L'heure est en effet venue de sortir des politiques non conventionnelles de soutien des banques centrales et des plans d'urgence qui ont été mis en œuvre pour lutter contre la contraction du crédit. La hausse des rendements des obligations d'Etat témoigne des inquiétudes suscitées par le financement futur et la pérennité des politiques actuelles. S'il est peut-être prématuré d'évoquer la fin de l'assouplissement quantitatif et le relèvement des taux d'intérêt, il faut bien se rendre à l'évidence et accepter la probabilité grandissante de ce scénario. Il reste à savoir quand et comment les banques centrales mettront fin à leurs politiques accommodantes, mais une chose est sûre: pour les pays les plus touchés, ce ne sera pas une partie de plaisir...»

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