Bilan

Comment investir malin en 2009

Une année horrible pour les épargnants. Avec l'explosion de la bulle immobilière américaine et la récession économique, les bourses mondiales reculent de près de 40%. Qu'en sera-t-il en 2009?

ACTIONS

La crise de confiance est énorme. «Ce n'est pas parce que certains titres ont déjà baissé de 70% qu'ils ne pourraient pas plonger davantage ces prochains mois», souligne Jérôme Schupp, chef de la recherche de la Banque Syz, à Genève. Les perspectives économiques demeurent sombres pour 2009. La croissance sera négative en Europe et aux Etats-Unis. Le crédit se raréfie. Pilier de la croissance, les consommateurs américains ont finalement capitulé. Pour ne rien arranger, les entreprises réduisent drastiquement les dépenses d'investissement. Selon Patrice Gautry, chef économiste de l'Union Bancaire Privée, l'économie américaine va se contracter de 1,7% en 2009, et celle de la zone euro de 1,4%. Les effets cumulés de la baisse des bourses, du recul des prix de l'immobilier et de la hausse du chômage pèseront fortement sur la consommation des pays occidentaux. Le risque de dépression ne peut pas être écarté. «La crise se globalise, le commerce mondial se trouve en fort ralentissement.» Preuve en est le recul de l'activité économique observé à Hongkong et à Singapour. Pour Jérôme Schupp, les titres défensifs pharmaceutiques, alimentaires et fournisseurs d'eau et d'électricité doivent être privilégiés. «Novartis, Syngenta, Vivendi, Nestlé, Danone, Gaz de France-Suez, ou encore EON.» Des titres susceptibles de capter un éventuel rebond boursier, «mais qui baisseront moins que les valeurs très sensibles aux cycles économiques en cas de poursuite de la baisse.» (Lire aussi en page 64.) Aucun motif d'espoir? Pas forcément. Les plus téméraires salivent des bas niveaux atteints. «Les niveaux de valorisation des actions cycliques incluent déjà un plongeon de 40% à 50% des bénéfices 2009», relève un analyste. Les plans de relance étatiques de plusieurs centaines de milliards basés sur la construction d'infrastructures - ponts, routes, trains, centrales électriques ou parcs éoliens - vont bénéficier aux sociétés du secteur. Il recommande d'acheter ces valeurs massacrées, «ABB, Alstom, Siemens, General Electric, Fluor, Mitsubishi Electricen priorité».

OBLIGATIONS

Un vent de panique a soufflé cet automne sur les obligations d'entreprises après la faillite de Lehman Brothers. «Les banques privées ont vendu massivement les emprunts des sociétés», constate Mike Conway, directeur du courtier obligataire Valcourtà Genève. A la recherche de sécurité, les investisseurs se sont rués sur les obligations gouvernementales. «J'ai l'exemple d'une société de gestion ayant acheté des bons de la Confédération offrant un rendement négatif, de moins 0,2% sur douze mois.» La crainte qu'un tsunami financier n'emporte la planète dominait. Mike Conway estime le moment propice pour prendre des risques. «Le secteur obligataire est plein de valeur.» Les gouvernements sont intervenus rapidement pour éteindre le feu. «UBS, Fortis, INGou encore Dexiaont été sauvées». De belles opportunités existent malgré la récession, notamment dans des secteurs plutôt défensifs. «Les récentes émissions obligataires de Carrefour, Metro, BASFou Danonepaient plus de 6%.» L'attrait des obligations perpétuelles, dont l'une des particularités est de ne pas comporter d'échéance, est également réel. «Celle de BNP Paribas propose un rendement courant de 8% et UBS donne 10% par an en euros.» A l'heure où les obligations d'Etat ne paient plus grand-chose, les investisseurs audacieux pourront aussi s'essayer aux emprunts convertibles. «L'obligation Pargesaoffre 8% de rendement et, au prix actuel, l'option de conversion en actions est obtenue quasi gratuitement.» Bref, il est temps de profiter des papiers bradés par les hedge funds et autres investisseurs obligés de réduire leur endettement, donc leur exposition aux marchés financiers.

HEDGE FUNDS

Les fonds alternatifs vivent leur crise d'adolescence. «La masse sous gestion totale va passer de 1800 milliards début 2008 à 800 milliards d'ici à douze mois», estime Alessandro Mauceri, directeur général de Capital Management Advisors. Le monde des hedge funds retrouverait sa taille de 2004. Actuellement, les demandes de remboursement atteignent déjà 30% et les pertes se montent à 20% depuis janvier. «Les stratégies d'arbitrage de crédits, qui nécessitent beaucoup de levier (ndlr: endettement) et des marchés liquides, sont mortes avec la crise financière.» Résultats, de nombreux hedge funds disparaissent ou suspendent temporairement les retraits. A l'inverse, les managers alternatifs pariant sur les grandes tendances - évolution des devises, de l'or ou du pétrole - s'en sortent bien. «Ils ont joué le pétrole à la baisse depuis l'été anticipant la récession.» Et cela va durer. «Les stratégies macro ou CTA qui se nourrissent des fondamentaux économiques, voire même le long/short (ndlr: achats et ventes simultanées de titres), sortiront gagnantes de la crise», prévoit Alessandro Mauceri. En clair, les prix des marchés seront le reflet de l'économie réelle.

MICROCRÉDIT

La microfinance cartonne malgré la crise. Il s'agit de placements de type obligataire, réservés aux investisseurs institutionnels. «Nous réalisons une performance de 6% depuis janvier en finançant les microbanques des pays en voie de développement», se réjouit Jacques Grivel, fondateur du fonds Finethic. Le principe de la microfinance est simple: les microbanques accordent des crédits allant de 300 dollars à 3000 dollars aux petits entrepreneurs des pays émergents pour soutenir leur commerce. Une activité peu sensible aux crises économiques. «La faillite de Lehman Brothers n'a pas d'impact sur un vendeur de Coca-Cola à Managua, au Nicaragua.» Les clients potentiels? «Les deux tiers de la planète, car 4 milliards de personnes vivent avec moins de 3 dollars par jour.» Les investisseurs institutionnels ont investi un peu plus de 100 millions de francs dans son fonds. Et les perspectives 2009 sont bonnes. «Nous serions en mesure d'écouler 150 millions supplémentaires auprès des microbanques.» Tentant pour des caisses de pension prises dans la tourmente financière, non'

DOLLAR ET OR

Financier avisé, Dennis Gartman, auteur d'une célèbre lettre aux investisseurs, livre ses vues sur le billet vert (cours actuel: 1,27 euro). Cet adepte de l'analyse technique prévoit son renforcement face à la devise européenne. L'euro devrait atteindre le cours de 1,15 dollar ces prochains mois. Egalement féru d'analyse technique, Christian Bado, gérant chez Palaedinoà Genève, attend un recul de l'or (cours actuel: 785 dollars) pour acheter. «Un retour à 685 ou 700 dollars offrira un bon niveau d'entrée.» Car le financier est haussier pour 2009. «L'or va retrouver les sommets atteints à 1030 dollars d'ici à douze mois.» Rassurant métal jaune.

Photo: Or / © Charles O'Rear/CORBIS

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."