Bilan

Comment l'avidité a brisé UBS

Philipp Hildebrand,vice-président de la Banque nationale suisse (BNS), insiste sur la nécessité de «revoir le système des rémunérations et bonus» dans la finance. L'ouvrage que vient de publier Myret Zaki sur la débâcle de UBSdonne de l'eau à son moulin. Et de quelle manière! Le scandale des subprime - les prêts hypothécaires à risques aux Etats-Unis - sert de fil rouge. Ancienne banquière, titulaire d'un diplôme MBA et journaliste économique au Temps, Myret Zaki plonge dans les entrailles de UBS. Les cadavres déterrés font froid dans le dos: ego surdimensionné d'un Marcel Ospel tout-puissant, manipulations, course aux bonus qui aveugle une direction et des administrateurs fantoches. Jusqu'au krach.

Chèque en blanc

L'envolée des bonus revient com- me un leitmotiv. Une obsession qui va mener UBS à la catastrophe, soit près de 50 milliards de francs à passer par pertes et profits. L'affaire tient de la psychologie. Star de la banque d'affaires de UBS, le «trader roi» John Costas menace de se mettre à son compte. Il emporterait dans sa valise les meilleurs éléments, funambules de la finance qui rapportent des centaines de millions à la banque. Ni une, ni deux, Marcel Ospel lui signe un chèque en blanc pour créer Dillon Read Capital Management, une unité indépendante, financée par UBS. «John Costas y emploiera les traders de choc de UBS à des conditions salariales dépassant tout ce qui se fait à Wall Street», précise Myret Zaki. Marcel Ospel, le banquier le mieux payé de Suisse avec 26 millions, maintient ainsi dans son périmètre de profits John Costas. Sa rémunération a été multipliée par dix en quelques années. UBS continue parallèlement les opérations de marchés à l'interne. C'est là que cela va coincer, car les traders les plus talentueux sont partis. Et les seconds couteaux jalousent furieusement leurs anciens collègues. «Les bonus faramineux versés par DRCM vont inciter les équipes de UBS à spéculer de manière frénétique et irresponsable pour les égaler.» Cette course au bonus tournera à la catastrophe. Plus grave, la sonnette d'alarme avait été tirée avant que ne survienne la crise, comme le démontre le livre. Troublant. La journaliste brise tous les tabous: attaques frontales contre l'ancien président de la Fed, Alan Greenspan, dénonciation du «fantasme américain» des banquiers suisses, mort annoncée de Wall Street. Le dernier chapitre, intitulé «Virage à l'Est», se fait prophétique. Les fonds étatiques des pays émergents (Singapour, Dubaï) ont sauvé les banques occidentales de la faillite à coup de dizaines de milliards de francs. A n'en pas douter, selon l'auteure, «un signe que ces pays deviendront les principales places financières de la planète».

Photo: Myret Zaki / © Valdemar Verissimo

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