Bilan

Comment le Montreux Jazz Festival attire des mécènes

Le Montreux Jazz Festival est-il une entreprise com-merciale comme une autre ou faut-il le soutenir avec l'argent de la culture? Il y a deux ans, cette question avait suscité un vaste débat. Le festival - doté d'un budget annuel de 18 millions - avait alors sollicité l'aide des autorités cantonales suite à un exercice déficitaire. La réponse de la conseillère d'Etat vaudoise Anne-Catherine Lyonfut cinglante: «Il n'incombe pas à l'Etat de soutenir la culture dite marchande.»

Deux fondations distinctes

Aujourd'hui, les organisateurs ont trouvé une parade. En scindant sa structure en deux fondations distinctes, l'une à but commercial et l'autre d'utilité publique, le festival peut désormais accéder à de nouvelles sources de financement. «La solution nous est venue lors d'une discussion avec le responsable de la taxation à l'Administration cantonale des impôts», explique Xavier Oberson, avocat spécialisé en droit fiscal et membre du conseil de fondation du Montreux Jazz Festival. L'idée est simple: une nouvelle structure est créée (sobrement appelée Fondation 2), qui réunit l'ensemble de l'offre «non commerciale» du festival. Soit les concerts gratuits, les ateliers didactiques, les con-cours, les expositions et les projets spéciaux. Cette entité est non seulement exonérée d'impôts mais peut aussi recevoir des subventions. Une demande en ce sens a d'ailleurs été adressée au canton de Vaud, qui refuse pour l'instant d'entrer en matière, craignant que d'autres «grands» festivals (notamment celui de Cully) se mettent à réclamer des aides à leur tour. La Loterie romande, en revanche, a donné 150000 francs à la nouvelle fondation. Grâce à son statut «d'utilité publique», la Fondation 2 bénéficie aussi des nouvelles dispositions fédérales en faveur du mécénat (lire encadré). Parmi les donateurs privés, on trouve le banquier Bénédict Hentsch et l'horloger Franck Muller. «D'autres personnes sont déjà sur les rangs pour l'an prochain», assure Xavier Oberson, par ailleurs président de la Fondation 2. Les montants des dons ne sont pas précisés.

La Suisse en retard

Plusieurs entreprises ont également rejoint la liste des mécènes. «Elles apprécient la possibilité de soutenir discrètement une manifestation favorisant les échanges culturels», relève Stéphanie-Aloysia Moretti, responsable des activités de la Fondation 2. Contrairement aux sponsors du festival, les mécènes ne bénéficient d'aucune contrepartie en termes de visibilité, hormis une mention dans la brochure officielle. Le cas de Montreux pourrait donner des idées à d'autres manifestations situées à mi-chemin entre culture et commerce. «La Suisse a du retard dans la réflexion sur le mécénat, mais les choses ont commencé à bouger», constate Xavier Oberson. Un bon signe: l'Université de Bâle inaugurera cet automne le premier centre de compétence de Suisse exclusivement dédié au management des fondations et à la philanthropie.

Dons déductibles d'impôts Depuis 2005, les dons de mécènes privés en faveur de fondations d'utilité publique sont déductibles, sur le plan fédéral, jusqu'à concurrence de 20% des revenus. Dans les cantons, le plafond de la déduction varie selon les cas. Genève, Vaud, Fribourg et la plupart des cantons alémaniques ont fixé cette limite à 20%, tandis que le Valais et le Jura sont à 10%. A Neuchâtel, seulement 1% du revenu est déductible sous cette forme. A l'autre extrême, Bâle-Campagne admet les déductions de dons de façon illimitée.

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