Bilan

Comment se lancer dans le private equity

Le capital-investissement propose des solutions qui offrent des rendements nettement supérieurs aux bourses. A condition de miser sur du long terme avec un certain goût du risque.
  • «On estime à 300 000 le nombre de mécènes aux Etats-Unis contre 80 000 en Europe», affirme Brigitte Baumann (Go Beyond Investment). Crédits: Marco Zanoni/pixsil.com
  • Nils Rode (Adveq): «Les investisseurs attendent un rendement supérieur à celui des actions.» Crédits: Dr
  • Eric Deram (Euro private equity): «L’accès à un fonds de fonds démarre dès 100 000 francs.» Crédits: Olivier Evard, Dr
  • Pour Alain Nicod (VI Partners), le concept-clé dans le private equity est de se donner du temps. Crédits: Olivier Evard, Dr

Si vous avez un esprit d’entrepreneur, un certain goût pour le risque et quelques fonds à disposition, le private equity peut vous intéresser. Surtout si vous cherchez une solution de diversification aux actifs traditionnels et que vous soyez prêt à investir une certaine fortune dans des entreprises non cotées sur un horizon temps de dix ans.

En effet, le rendement à long terme de cette classe d’actifs excède celui des indices boursiers. «Selon nos études, les investisseurs attendent un rendement du private equity de 4% supérieur à celui des actions en bourse», confirme Nils Rode, coresponsable des investissements chez Adveq. Globalement, les experts articulent des rendements du capital-investissement de 12 à 15% par année. En outre, il s’agit de financer concrètement l’économie réelle et de participer à la création du tissu économique local. Il s’agit d’un geste contraire à un placement dans des produits structurés ou alternatifs plus complexes et plus éloignés de l’individu.

Par définition, on parle de private equity lorsqu’un investisseur finance une entreprise non cotée. Cette dernière, qui a déjà reçu son capital de départ, a besoin de capital-investissement pour poursuivre sa croissance. Sur l’échelle du risque, on se situe à l’opposé du cash. Le client mise sur une société qui peut lui rapporter entre 0% de rendement – si l’entreprise ne prend pas son envol – et 15 à 20%.

Bien sûr, cette classe d’actifs est plus risquée qu’un titre obligataire, car elle n’est pas liquide. Ainsi le private equity correspond à un besoin de certains investisseurs qui ont fait le choix d’investir sur le long terme  et qui préfèrent miser sur une jeune pousse en développement que sur un Etat plus ou moins criblé de dettes. Mais en soi, un apport en capital-investissement bien étudié et réalisé avec le soutien de professionnels est une bonne source de rendement. «On observe qu’aujourd’hui certains individus recherchent un potentiel de gain en capital un peu plus corsé, ils se tournent donc vers le capital-investissement.

Par exemple, celui qui a 200 000 francs à placer peut les répartir sur trois entreprises différentes et diversifier ainsi son risque», explique Magali Berla Geay, responsable entrepreneur office chez Gonet & Cie. En principe, les montants sont plutôt par tranche de 100 000 francs et plus. En revanche, si l’on investit dans les start-up, il est possible d’injecter de plus petits montants, de 20 000 à 30 000 francs.

Au sens large, un financement par le biais du private equity peut intervenir au cours de toutes les étapes de la vie d’une entreprise. Dans le jargon, on parle de capital de démarrage lorsque les fonds soutiennent le développement d’un concept. Le venture capital vient ensuite pour contribuer au démarrage. Enfin, le growth capital sert à financer la croissance de la jeune société. «Dans les années 1990, les principales stratégies mettaient l’accent sur le venture capital et le buy-out en Europe et aux Etats-Unis. Aujourd’hui, l’Asie joue un rôle important sur ce marché, la Chine étant le numéro un incontesté devant l’Inde», explique encore Nils Rode.

La tendance est de choisir des PME déjà profitables, en forte croissance, qui ont besoin de capitaux frais mais ne peuvent les obtenir en bourse, car elles ne sont pas encore assez fortes. Par exemple, les divers parcs scientifiques ont une forte concentration de jeunes pousses. Il peut aussi s’agir de réorganisation en cas de restructuration, d’une succession d’entreprise.

Les trois règles d’or

Avant tout, il faut s’entourer de conseils, surtout si l’on intervient dans une société de manière directe. «Il existe trois règles d’or à respecter pour bien investir dans le private equity. Il faut commencer par réaliser une bonne évaluation du management de la société. Ensuite, il faut disposer d’une certaine assise financière pour pouvoir assurer si les besoins s’avèrent plus élevés que prévu.

Enfin, le projet doit être soutenu financièrement par un syndicat en mesure d’assurer le financement complet lui-même», explique Alain Nicod, directeur de VI Partners. Ensuite, il faut se donner du temps, un concept clé dans le domaine. Car on compte en principe un horizon temps de dix ans, qui peut se prolonger en fonction des situations. Par exemple si une société met plus de temps pour se développer et être revendue.

«Un spécialiste prend facilement une demi-année avant d’acheter une société, car il doit l’analyser et réaliser des audits financiers, explique Cédric Anthonioz, gérant chez SEC Partners. Lorsqu’une transaction se réalise, il faut bien sûr prendre un avocat spécialisé dans le droit des affaires pour tout ce qui concerne l’achat de titres, les augmentations de capital ou encore la négociation du pacte d’actionnaires.» Ensuite, il ne faut pas oublier que cette classe d’actifs est plus risquée qu’un titre obligataire, car elle n’est pas liquide. En soi, un apport en capital-investissement bien étudié et réalisé avec l’aide de professionnels est une bonne source de rendement.

«Il faut être conscient que ce genre d’investissement comporte un risque. Il vaut mieux s’adresser à des experts qui en ont fait leur métier. Ils peuvent proposer des opportunités qu’ils ont préalablement analysées, notamment en termes de viabilité», explique encore Alain Nicod. Selon son profil et sa connaissance du monde des affaires, l’investisseur choisit son degré d’implication dans le financement d’une ou plusieurs entreprises. Il peut se contenter d’être un simple passager dans l’aventure.

Un cercle d’initiés

Le private equity regroupe un vaste cercle d’investisseurs. Parmi les plus emblématiques, le business angel constitue une sorte de mécène qualifié qui investit en principe une certaine partie de sa fortune de manière directe dans des sociétés. «Souvent cet investisseur professionnel investit des tranches de plusieurs dizaines de milliers de francs dans diverses jeunes pousses. Il doit donc avoir quelques millions de francs de côté. Cet expert dispose d’un réseau d’investisseurs, il ne fait pas appel au grand public», explique Jean-Pierre Vuilleumier, directeur de CTI Invest, une plate-forme pour le capital-risque.

En bref, si on n’a que 100 000 francs à miser, il ne faut pas essayer de devenir soi-même business angel. D’ailleurs, la Suisse ne compte que quelques milliers de business angels confirmés. «On estime à 300 000 le nombre de mécènes aux Etats-Unis contre 80 000 en Europe», précise Brigitte Baumann, fondatrice de Go Beyond Investment. Au contraire du business angel, le venture capitalist recherche en principe des gros montants et traite plutôt avec des caisses de pension ou des banques. Il gère des fonds de tiers et rend des comptes à ses clients. Il n’investit pas que ses propres deniers à ses risques et périls.

Par ailleurs, il existe une catégorie de «fool investors», des investisseurs imprudents qui s’improvisent business angels. Faute d’expérience dans le financement d’entreprise, ces gens s’enthousiasment pour un projet et se lancent dans l’aventure sans en avoir étudié toute la faisabilité. «On déplore souvent des pertes lors de financements de ce type.

Le problème vient souvent du fait qu’il faut injecter des liquidités à plusieurs reprises. Or les investisseurs amateurs n’ont pas forcément prévu ces apports supplémentaires. L’aventure se termine souvent mal pour eux», observe encore Jean-Pierre Vuilleumier. On relève en effet souvent des échecs par manque de professionnalisme des acteurs du financement. Il faut des connaissances pour qualifier le management, étudier les reportings, les perspectives de cash-flow et faire un business plan sur plusieurs années.

Pour les intéressés moins expérimentés, il existe des business angels clubs, comme A3 Angels, Go Beyond, Start Angels Network, qui s’adressent à ceux qui débutent dans ce domaine. Go Beyond, par exemple, propose trois groupes en Suisse romande. L’un est dédié au thème du développement durable, les deux autres sont généralistes et investissent dans les technos, l’industrie, l’internet ou la consommation. «Nous assistons en Suisse à l’émergence d’un mouvement. Les individus veulent de plus en plus investir en direct dans des entreprises. On voit fréquemment des personnes mettre 2 à 5% de leur portefeuille global dans des start-up», relève Brigitte Baumann.

Un individu avec 12 000 francs peut se lancer dans l’aventure et investir dans trois jeunes sociétés innovantes. Il existe aussi des cours pour devenir un business angel averti et apprendre le métier. Le site angelday.ch, par exemple, propose entre autres des sessions à l’EPFL.

Les fonds de private equity

Le fonds de placement permet de bénéficier d’une exposition private equity en s’appuyant sur l’expertise des managers du produit. Le véhicule traditionnel de placement dans cette classe d’actifs constitue un «limited partnership» de droit anglo-saxon, qui n’a pas encore d’équivalent en Suisse. Le fonds établit le niveau de responsabilité entre le gérant du fonds et les investisseurs.

Ces derniers doivent s’engager à fournir le capital au moment où la société le demande. Dans le domaine, la gestion est très active, le manager du fonds intervient souvent en direct dans le mode opérationnel d’une société. S’il en existe des milliers à l’échelle de la planète, peu de fonds investissent dans ce marché en Suisse car le territoire est trop petit. Parmi les principaux fonds, on peut notamment citer Capvis, Invision, CGS, Cross Equity, Vinci Capital.

Le fonds de private equity investit en principe dans une dizaine de sociétés selon diverses stratégies. Il peut s’agir par exemple de transaction buy-out, de capital-risque pour lancer une société ou de redressement d’entreprises en difficulté. «Parmi les aspects à considérer, il y a les critères géographiques (choisir une exposition géographique entre l’Europe, les Etats-Unis et l’Asie), le stade de maturité des sociétés et les secteurs d’activité», précise Magali Berla Geay.

Il existe aussi un deuxième produit, le fonds de fonds, qui intervient pour sa part dans une dizaine d’autres véhicules de placement déjà investis dans une série de sociétés. Ces fonds permettent à l’individu non expérimenté d’accéder au capital-investissement de manière diversifiée en acquérant des parts de fonds. Ces derniers sont en principe gérés par de grandes banques ou des sociétés privées qui sélectionnent les meilleurs outils avec des équipes de professionnels. Cette partie représente un grand travail. Comparés à un fonds de placement traditionnel en actions ou obligations, ils sont plus coûteux en termes de frais de gestion. On compte 2% de commission et, en moyenne, 20% de retenue sur les profits.

En termes d’avoirs, il s’agit d’investir quelques millions. «On considère qu’on entre à partir de 3 à 5 millions dans un fonds de private equity de qualité institutionnelle. En revanche, pour un fonds de fonds, l’accès peut démarrer dès 100 000 francs», confie Eric Deram, associé fondateur d’Euro private equity. Mais, en principe, la plupart des investisseurs se lancent à coups de millions.

Un autre point important est l’horizon temps de cet investissement. On considère qu’il faut investir dans un fonds de ce type pour une durée moyenne de quatorze ans. En effet, la décision d’entrer dans les positions ou d’en sortir est prise par le gérant qui décide quand il revend une position. Ce dernier peut donc prolonger à volonté le moment où un investisseur peut récupérer sa mise.

Il est difficile de ressortir de ces fonds avant leur maturité, ce qui rend cette option illiquide. Dans l’intervalle, il existe une possibilité de revendre ses participations sur le marché secondaire du private equity, mais sans garantie, car ce marché n’est pas très mature et les transactions restent complexes. 

Les financiers à la fibre entrepreneuriale

Il s’agit souvent de personnes à vocation d’entrepreneur, parfois à la retraite ou qui viennent de revendre une première société, qui ont l’habitude de gérer une firme et souhaitent participer à la création d’une nouvelle. Les grandes fortunes et family offices peuvent aussi investir dans le private equity pour diversifier leur grille d’asset allocation et décorréler une partie de leur portefeuille des marchés boursiers, à hauteur par exemple de 5 à 10%.

Elles sont d’ailleurs de plus en plus intéressées par le rendement à long terme du capital-investissement. De même que les caisses de pension. «Les institutionnels suisses investissent moins de 2% de leurs avoirs dans le capital-investissement chaque année. Par comparaison, certains institutionnels américains, et en particulier les universités, y investissent près de 20% de leurs avoirs», confirme Eric Deram.

Pour les petites bourses qui veulent placer leurs deniers dans du concret, la finance participative constitue une option (par exemple, le site c-crowd). Le phénomène est récent. Il permet d’investir de petits montants dans des projets de différente envergure, d’ordre privé ou en lien avec des bonnes œuvres. Il s’articule autour d’une plate-forme internet qui réunit des concepts et des investisseurs avec des capitaux aussi bien privés que professionnels. 

Patricia Meunier

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