Bilan

Conseils pour mettre son cash en lieu sûr en 2012

Année de grandes incertitudes, 2012 impose de placer une partie de ses avoirs à l’abri d’un potentiel krach. Ou de tirer carrément profit de la baisse.

A l’orée de la nouvelle année, les scénarios de crise systémique sont présents dans les esprits, et le cash est roi, quand bien même son rendement réel est négatif. En dehors des liquidités, les investisseurs sont en quête d’actifs refuge. Nombre de spécialistes déconseillent d’entrer sur le marché des actions au premier trimestre: «Les attentes bénéficiaires sont trop élevées pour l’année prochaine, estime Frédéric Binggeli, membre de la direction de la Banque Privée Edmond de Rothschild et responsable d’une cellule de gestion. S’il y a encore des contrecoups de risque systémique, les actions pourraient retomber vers leur plancher de 2009.» Que reste-t-il de sûr, désormais? «La théorie classique de gestion de portefeuille — basée sur l’existence d’actifs sans risque — n’est plus valable aujourd’hui», selon Alan Mudie, Chief Investment Officer de l’Union Bancaire Privée (UBP). L’heure est donc à la recherche d’actifs aussi décorrélés que possible des marchés financiers.

L’or garde tout son attrait

Avec des taux d’intérêt négatifs et une crise d’endettement occidentale non encore réglée, l’or reste une valeur phare en 2012. «Il constitue l’ultime protection contre le risque de dépréciation des monnaies», selon Alan Mudie. C’est donc le placement idéal. Le métal jaune a progressé en moyenne de 18,4% par an (en dollars) sur dix ans. Même en francs suisses, il a gagné 12,2% par an depuis 2001. Aucune autre classe d’actifs ne peut se prévaloir d’un tel exploit. Pour comprendre la stabilité de la valeur de l’or, et l’instabilité des monnaies de référence, il suffit d’observer le graphique (ci-dessus): les prix du pétrole ont explosé ces dix dernières années en livre sterling, en dollar, et — dans une moindre mesure — en euro. Mais exprimé en or, le pétrole n’a pas bougé. C’est donc bel et bien la dépréciation de ces monnaies, plutôt qu’une hausse absolue du pétrole, qu’expriment ces courbes. Stephan Muller, spécialiste de l’or chez Swiss & Global Asset Management, conseille une allocation allant jusqu’à 10% aux investisseurs expérimentés, capables de la gérer activement. «De 1700 dollars l’once, l’or devrait atteindre 2000 dollars en 2012.» Les experts conseillent d’acheter des pièces et des lingots uniquement, et déconseillent les comptes-métal ou les ETF sur l’or. Le diamant, valeur très sûre

Lors d’une récente conférence d’Elite Advisers à Genève, la salle était bondée. Des professionnels de l’investissement s’intéressaient à une classe d’actifs d’un genre nouveau: le diamant. Clairement, son attrait ne résidait pas dans ses vertus ornementales. «Les fonds de placement se multiplient dans les valeurs tangibles», constatait à cette occasion Michel Tamisier, cofondateur d’Elite Advisers, qui avait lancé  des fonds de placement investis en vins fins et rares et en montres de collection, et qui lançait ce jour-là Divine Jewels, un fonds dédié aux bijoux de collection et pierres précieuses, essentiellement investi en diamants de la meilleure qualité. Le marché des pierres précieuses et bijoux est évalué globalement à 65 milliards de dollars, et enregistre des ventes records lors des enchères. Le marché annuel des diamants bruts représente environ 10 milliards de dollars. Le diamant est... 14 000 fois plus cher que l’or: 1 gramme d’or vaut 57 dollars, contre 725 000 dollars pour 1 gramme de diamant. La demande mondiale de diamants progresse rapidement, les investisseurs le percevant de plus en plus comme un actif de placement. Selon Serge Fradkoff, l’expert en diamants qui conseille Elite Advisers, le fonds Divine Jewels offre un potentiel de hausse de 10% par an.

L’immobilier suisse Il est de bon ton de se faire peur en parlant d’un éclatement prochain de la bulle immobilière sur l’arc lémanique. En réalité, l’immobilier suisse est l’un des placements les plus sûrs. Il suffit d’observer le choix opéré par deux gérants de hedge funds vedettes venus de Londres, Philippe Jabre et Jonathan Lourie, lorsqu’il s’agit de placer leurs propres avoirs en lieu sûr. Le premier a acquis en 2007 une maison à 8,3 millions à Vandœuvres (GE), le second s’est offert en 2010 une demeure à 30 millions à Collonge-Bellerive (GE). Il faut dire que l’immobilier suisse n’a quasiment jamais connu de mauvaise année. La plus mauvaise, c’était 1998, lorsqu’il a chuté de 18%. Toutes les autres années de baisse ont été limitées à -3%, -4% ou -5%. Et jamais l’immobilier suisse n’a décliné deux années consécutives. «Depuis 2000, on voit que c’était l’actif à détenir, constate Frédéric Binggeli. Surtout dans les marchés de niche comme la Suisse. Là, il est devenu un actif de thésaurisation.» «On trouve dans l’immobilier résidentiel suisse une valeur assez anticyclique, car elle répond à un besoin premier de la population, qui est de se loger, et l’on demeure dans une situation de pénurie, où l’offre reste inférieure à la demande», explique Arnaud de Jamblinne, directeur du fonds immobilier La Foncière à Lausanne. Conséquence: l’actif immobilier est relativement sûr et recherché et va le rester encore un bon moment. «En cas de crise profonde dans notre région, l’immobilier de milieu de gamme serait plus défensif que l’immobilier de luxe», note le spécialiste. Pour se protéger du risque régional de bulle, qui est régional, on peut s’exposer à cette classe d’actifs à travers un fonds de placement diversifié. Certes, les conseillers en placement sont réticents à recommander des fonds immobiliers en raison de l’agio élevé sur ces véhicules, «mais le rendement des fonds reste supérieur à celui des obligations», remarque Arnaud de Jamblinne. Le fonds La Foncière affichait un rendement net de 50% au 30 novembre, sur trois ans, contre 35,4% pour l’indice immobilier de référence SXI Swiss Real Estate Funds TR.  Enfin, le risque de hausse des taux hypothécaires est faible en Suisse, et la majorité des spécialistes juge qu’une hausse provoquerait un ajustement des prix plutôt que leur effondrement. En cas de crise systémique, l’immobilier suisse constituera même un des rares refuges de premier choix au plan mondial.

Obligations d’entreprises

Les investisseurs sont nombreux à vouloir rester en liquidités en ce début d’année. Or les dépôts fiduciaires et les liquidités en compte courant ne rapportent rien et ne peuvent être une stratégie ultime. «Nous recommandons de s’intéresser aux obligations d’entreprises à court terme, c’est-à-dire les maturités jusqu’à deux ans, conseille Frédéric Binggeli. Ces rendements sont faibles, mais restent positifs.» Une stratégie à privilégier en attendant la fin des incertitudes concernant le risque de crise systémique, à savoir jusqu’au début du 2ème trimestre. Ensuite, le gestionnaire conseille de rallonger les durations des obligations d’entreprise pour aller vers des maturités moyennes, dont le rendement devrait augmenter en cas de gel du crédit (credit squeeze).

De rares stratégies de hedge funds

«Il ne faut pas être exposé aux actions, et si on l’est, il vaut mieux être exposé à la baisse», résume Olivier Baumgartner-Bézelgues, analyste de hedge funds. Pour les audacieux, il conseille de vendre à découvert (ou «shorter», en jargon financier) les banques américaines et européennes sans limite inférieure (stop-loss). Une stratégie à laquelle l’investisseur peut allouer 0,5% ou 1% de son portefeuille. «On peut gagner 30% sur un an avec cette stratégie», estime l’analyste. Autre stratégie alternative propice au premier trimestre 2012: les fonds CTA (Commodity Trade Advisors, ou gestionnaires spécialisés dans des fonds de futures sur matières premières), en liquidité quotidienne, via des véhicules UCITS (agréés dans l’UE) ou via des plateformes. «Ces stratégies ont offert du 4% sur l’année 2011», indique Olivier Baumgartner-Bézelgues. Par ailleurs, il recommande les fonds macro, qui tirent profit des grands mouvements macroéconomiques, ainsi que les fonds spécialistes de taux d’intérêt et de devises, car là aussi de gros mouvements seront à prévoir sur ces marchés.

Shorter la dette souveraine

Et pourquoi ne pas profiter des stratégies les plus lucratives des hedge funds? Pour l’investisseur privé qui veut parier sur la chute de la dette souveraine en euros, ou en dollars, il est possible d’investir dans des indices de dérivés (CDS, ou Credit Default Swap) qui s’apprécient lorsque les obligations souveraines se détériorent. Il s’agit d’acquérir des tranches d’indices de CDS, par exemple ceux de la famille iTraxx. «En vous positionnant sur la hausse de l’indice, vous pariez sur la détérioration des obligations incluses dans cet indice», explique un gestionnaire de Semper Gestion à Genève.

et parier sur un rallye boursier?

Si vous n’êtes pas dégoûté des actions, et que vous croyiez, comme un nombre croissant de stratèges, à une reprise aux Etats-Unis en 2012 et ne voulez pas rater le point d’entrée d’un rallye, acheter des actions américaines en début d’année fait sens: «Nous recommandons de miser sur les grandes capitalisations américaines, et en particulier sur le secteur des services pétroliers», conseille Alain Freymond, partner chez BBGI Group. «Notre préférence va aux technologies de l’information, qui profitent de la forte demande asiatique», indique pour sa part UBS, qui estime également que les Etats-Unis éviteront une récession. Le postulat de base est que les  bénéfices des entreprises américaines semblent bien résister et offrent de bonnes perspectives, notamment grâce à leur exposition aux pays émergents. A l’inverse, le consensus des économistes s’attend à ce que l’Europe entre en récession. Toutefois, le marché européen des actions pourrait davantage obéir à des facteurs politiques: «Une résolution de la crise en Europe provoquerait un puissant rallye, et une stratégie défensive risquerait de passer à côté d’un tel rebond», constate Johannes Jooste, stratège chez Merrill Lynch Wealth Management. Il souligne que globalement, «dans une stratégie de préservation de portefeuille, les actions ne devraient pas dépasser 15%» .

Crédit photo: Moodboard/Corbis

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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