Bilan

Coté en bourse depuis trois mois, Glencore affiche un succès mitigé

Le géant suisse des matières premières a réussi quelques belles prises de participation et vu son bénéfice exploser. Mais le cours de l’action a sévèrement chuté depuis le mois de mai.

Glencore ne chôme pas depuis son entrée partielle en bourse, à Londres le 24 mai et à Hongkong le lendemain. Avec les quelque dix milliards de dollars de liquidités que lui a procurés cette opération, le géant suisse des matières premières étend ses tentacules, renforçant ses prises de participation dans certains groupes, en intégrant d’autres. En juin, le groupe fondé par le célèbre Marc Rich, surnommé le «roi du pétrole», a prolongé jusqu’en 2018 son partenariat avec le belge Nyrstar, l’un des leaders mondiaux dans la production de zinc, de plomb et de métaux précieux. Le zinc, ce métal dont l’alliage avec l’acier en fait une puissante protection contre la corrosion, utilisé aussi bien dans l’industrie automobile que l’électroménager ou la construction, intéresse visiblement. Car Glencore espère accroître de 50,7 à 93% sa participation dans Kazzinc, le géant kazakh de ce métal, «d’ici à la fin de l’année», précise Simon Buerk, son porte-parole.

Au creux de l’été, l’appétit insatiable du groupe basé à Baar, dans le canton de Zoug, s’est manifesté par deux mouvements successifs. Le 15 juillet, il s’est adjugé 17,89% du capital de PolyMet Mining Corporation, qui contrôle la Mine Erié, dans l’Etat américain du Minnesota, productrice de nickel, de cuivre et de métaux précieux. Trois jours plus tard, Glencore a acquis, pour 475 millions de dollars, 70% de Marcobre S.A.C., unique propriétaire de la mine péruvienne de cuivre Marcona Copper Property. Enfin, le 24 août, la compagnie helvétique a lancé une offre publique d’acquisition (OPA) sur le groupe australien Minara Resources Limited. Du 8 septembre au 10 octobre, elle consent à débourser 285 millions de dollars pour convaincre les détenteurs d’actions de lui remettre la totalité des parts restantes – elle en détient déjà 73% – de cet acteur majeur du nickel et du cobalt.

Détérioration des fondamentaux

Ces opérations stratégiques portent à croire que l’entrée en bourse (IPO), la plus importante jamais réalisée à Londres, constitue un succès pour les dirigeants de Glencore. D’autant que la société vient d’annoncer un bénéfice faramineux au premier semestre, en hausse de 57%, à 2,45 milliards de dollars. Le chiffre d’affaires suit la même courbe, tandis que la dette nette et le niveau des emprunts ont fondu de respectivement 6,5 et 7 milliards de dollars. Ainsi, entre la levée de fonds lui permettant de se repositionner et ce surcroît d’indépendance vis-à-vis de ses créanciers, Glencore atteint progressivement deux des principaux objectifs de cette IPO, selon le consultant basé à Genève Samir Zreikat, de Dealigents. D’après lui, cette autonomie renforcée à l’égard des banques est devenue nécessaire au vu des nouvelles contraintes auxquelles celles-ci font face. Avec leurs exigences en matière de ratios de liquidités, les accords de Bâle III limitent ainsi leur flexibilité pour adapter les lignes de crédits (pour une cargaison) et les financements structurés (pour des investissements à plus long terme) accordés suivant les variations des prix, très fortes depuis quelques mois. Cette instabilité est accentuée par le contexte géopolitique, également très incertain. Toutefois, en dépit de ce dynamisme et de ces résultats probants, le titre Glencore a perdu un quart de sa valeur depuis le mois de mai. «Cela ne reflète pas les attentes des dirigeants», tranche le professeur Emmanuel Fragnière, de la Haute Ecole de gestion de Genève. Cela s’explique notamment par le fait que l’IPO s’est produite en haut de cycle et que l’action a été évaluée sur la base d’un exercice 2010 exceptionnel. D’ailleurs, les concurrents du groupe ne se portent pas mieux, au contraire. Tous se trouvent confrontés à une détérioration des fondamentaux que sont l’offre et la demande de matières premières. Glencore n’a pas voulu commenter ce sujet.

 

Alliances Glencore a prolongé son partenariat avec Nyrstar, l’un des leaders mondiaux dans la production de zinc.

D’autres ipo pourraient suivre

Autre raison à cette tendance baissière, selon le professeur: la cotation en bourse se prête mal aux sociétés de matières premières en raison de l’opacité du secteur qui, paradoxalement, est très exposé à la critique des médias et des politiques. Et malgré son importance stratégique, sa taille et le nombre d’acteurs sont faibles, rendant l’achat d’actions aléatoire pour un non-spécialiste. «Les investisseurs se sentent mal à l’aise. Et les efforts de transparence fournis par Glencore ne correspondent pas à ce que l’on attend d’une entreprise de cette envergure. D’autant qu’elle traîne de nombreuses casseroles», note le professeur. Une allusion, notamment, aux accusations, fermement réfutées par Glencore, sur des schémas de soustractions fiscales établis en Zambie et en République démocratique du Congo. Concernant la Zambie, où il détient deux des plus importantes mines de cuivre, le groupe fait l’objet d’une plainte déposée par une coalition d’ONG auprès du point de contact suisse de l’OCDE pour  manquements aux règles de conduite applicables aux multinationales. Le dossier est en cours de traitement à la Confédération, indique Olivier Longchamp, de la Déclaration de Berne, sans pouvoir en dire davantage. Ces tracas et ces interrogations n’ont pas empêché Ivan Glasenberg, CEO de Glencore, d’annoncer lors de la publication des résultats semestriels que l’IPO s’est révélée être un succès: «Il s’agit du départ de la prochaine étape de notre voyage vers la création de valeurs», a-t-il déclaré avec emphase. Dès lors, pour le professeur, les autres acteurs majeurs des matières premières que sont Trafigura, Vitol, Addax ou Cargill disposent, eux aussi, de plans pour entrer en bourse. Mais il ne les imagine pas passer à l’acte à court terme. «En temps de crise, les médias suivent de très près tout ce qui est sensible. Or, rien n’est plus sensible que les matières premières, qui touchent la sécurité alimentaire et l’approvisionnement énergétique.» Les groupes cités ne laissent naturellement rien filtrer quant à leurs intentions.

Crédit photo: Martin Ruetschi/Keystone, Dr

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