Bilan

Credit Suisse: Berne préparerait une task force pour négocier avec Washington

Des experts ont été approchés pour faire partie d’une task force helvétique qui aura pour mission de négocier l’amende du Credit Suisse aux États-Unis. Le Conseil fédéral dément.

La Conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf et le ministre américain de la Justice Eric Holder.

Crédits: Keystone

Le Conseil fédéral a entamé les démarches pour constituer une task force dans le but de négocier l’amende du Credit Suisse (CS) avec les autorités américaines. Selon une source bien informée, des experts helvétiques ont été approchés pour faire partie de ce groupe. “La task force aura aussi pour mission de réfléchir à un plan d’action au cas où le Credit Suisse était inculpé”, précise cette source. Ces démarches interviennent quelques jours à peine après la rencontre vendredi à Washington entre la Conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf et Eric Holder, le ministre américain de la Justice. Le Secrétaire d’Etat Jacques de Watteville a aussi participé aux discussions.

Les événements semblent s’accélérer à quelques jours de l’Assemblée générale du Credit Suisse le 9 mai à Zurich. “Si les Américains veulent avoir un impact maximal, ils bougeront avant cette date-là”, précise la source. “Ils ont la capacité d’accroître la pression sur les investisseurs du Credit Suisse et notamment sur les investisseurs américains.”

Eric Holder a indirectement mis en garde lundi, dans un message vidéo, le Credit Suisse et BNP Paribas, une autre banque dans le collimateur de Washington. Le ministre américain a prévenu qu’aucun groupe financier n’était “too big to jail” (trop grand pour faire l’objet d’une plainte pénale): “Certains ont utilisé cette formule pour décrire la théorie selon laquelle certaines institutions financières, même si elles ont recours à des pratiques criminelles, ne pourraient pas être poursuivies en justice en raison de leur taille et de leur influence sur l’économie”, affirme Eric Holder. “Cette approche est erronée et le Département de la Justice la rejette”.

Le ministre de la Justice a affirmé qu’il supervisait “personnellement” les progrès des enquêtes visant des institutions financières et a fait part de sa “détermination” pour qu’elles aboutissent. Selon des sources proches des autorités américaines citées hier par CNN, le Credit Suisse pourrait accepter de plaider coupable de complot pour inciter à l’évasion fiscale devant un tribunal aux Etats-Unis. Pour rappel, l’UBS avait conclu un accord avec le Département américain de la Justice dans une affaire similaire en 2009. La principale banque helvétique avait payé 780 millions de dollars d’amende et accepté de révéler l’identité de 4450 Américains possédant un compte chez elle. L’UBS n’avait en revanche pas été obligée de plaider coupable.

22 000 comptes américains au Credit Suisse

 

Le Credit Suisse est menacé de perdre l’accès aux money markets, ce qui compliquerait sa capacité à se financer à court terme. De son côté, Eric Holder précise dans son message que le Département américain de la Justice coopère avec les autorités qui régulent les marchés financiers pour éviter que des plaintes fassent perdre aux banques leur licence leur permettant d’être actives aux Etats-Unis.

Dans le cas du Credit Suisse, les discussions portent notamment sur l’identité de la division de la banque qui pourrait plaider coupable des malversations reprochées au CS. “Les négociations sont compliquées, car pour les Américains il semble que l’amende ne suffise pas”, ajoute la source. Lors de l’audience de la sous-commission sur les enquêtes du Sénat consacrée au Credit Suisse à la fin février, le Sénateur démocrate Carl Levin n’avait cessé d’insister sur le fait que Washington voulait les noms des 22 000 Américains qui possédaient un compte au Credit Suisse.

Depuis l’audition de Brady Dougan, le CEO du Credit Suisse, et de trois autres cadres de la banque helvétique à la fin février à Washington, le Département américain de la Justice doit faire face à la pression du Congrès qui lui reproche d’avoir fait preuve de passivité vis-à-vis des banques suisses depuis l’affaire UBS. L’étau s’est resserré sur le Credit Suisse ces dernières semaines après que Andreas Bachmann et Josef Dörig, deux banquiers du CS, ont accepté de plaider coupable et de collaborer avec les autorités américaines.

 

Jean-Cosme Delaloye

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