Bilan

Cumul de miles: les pièges à éviter

Grâce aux points acquis lors de vols ou d’achats de biens, les clients des compagnies aériennes se voient offrir de nombreuses prestations. Comment être sûr d’optimiser ces services?
  • Swiss est partenaire de Miles & More, qui compte quelque 25 millions de participants.

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  • Les cartes de crédit (ici Miles & More) donnent droit à davantage de miles que les kilomètres.

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  • Une bonne façon de ne pas rater une occasion d’accroître ses bonus: s’abonner à la newsletter de la compagnie aérienne.

    Crédits: Nasa

Convertir ses miles en billet d’avion gratuit ou surclassé n’est pas toujours aussi simple que le prétendent les sociétés d’aviation. Cela peut aussi ressembler à un jeu de loterie où le jackpot n’est pas facile à décrocher. Parmi les embûches, une durée de vie qui peut être limitée dans le temps, les billets souhaités non disponibles ou une utilisation des avantages non appropriée. Quelques pistes pour profiter de vos points de fidélité.

Choisir le bon programme 

Il s’agit tout d’abord de déterminer dans quel groupe prendre une carte de fidélité, en fonction de ses habitudes de destination et de ses préférences de consommation. Pratiquement toutes les compagnies aériennes sont réunies au sein des trois géants en place que sont Star Alliance, SkyTeam et Oneworld.

Elles couvriraient près des trois quarts du trafic aérien mondial. Parmi les programmes les plus célèbres figurent Miles & More (Swiss, Lufthansa et sept autres compagnies) et Flying Blue (Air France). Ils attirent les faveurs des clients, avec quelque 25 millions de participants pour le premier. Lorsqu’un individu choisit une carte d’adhérent, il est conscient qu’il sera mieux récompensé s’il dépense plus.

«Les consommateurs sont sensibles aux cadeaux, il s’agit d’une forme de reconnaissance. On aime recevoir quelque chose de gratuit en général. Paradoxalement, plus les individus ont un fort pouvoir d’achat, plus ils s’y intéressent. Mais il ne faut pas se faire d’illusions, lorsqu’une carte de crédit vous attribue des miles en fonction de vos dépenses, c’est vous qui les payez», confie l’homme d’affaires Patrick Delarive.

Chaque flotte établit ses propres modalités de calcul. Pour tout vol effectué, des points sont ajoutés sur une carte de membre ou sur une carte de crédit via un taux de conversion en fonction de l’argent dépensé. «D’un point de vue économique, un programme d’accumulation de miles constitue un rabais. Le principe est le même que si on gagne une bouteille d’un produit dès l’achat de cinq bouteilles», explique Olivier Müller, analyste recherche à Credit Suisse.

Selon leur montant, les soldes donnent droit à un ticket gratuit ou surclassé – de classe économique à business, par exemple – ou à d’autres offres, comme des achats de biens, des nuits d’hôtel, des locations de voiture, du shopping en ligne. Swiss propose ainsi une gamme de produits dits lifestyle ou en lien avec les voyages à l’aéroport de Zurich.

En outre, les clients engrangent plus de miles par le biais d’une carte de crédit que par un décompte des kilomètres obtenus en volant. Dans ce secteur, la compétition est féroce. Pour acquérir des clients, des sociétés vont jusqu’à doubler les points sur chaque achat réalisé ainsi que toute une série de points bonus à récolter au passage. Certaines, comme American Express, délivrent une carte de crédit qui couvre les frais de bagages ou de modification sur des billets émis.

Rien n’est acquis

Des comptes en ligne permettent aux clients d’accéder à leurs données personnelles. Ils y découvrent les services auxquels ils ont droit et les bonus sur des vols. Par exemple, chez Miles & More, le calendrier des vols Prime présente les parcours disponibles sur une période de deux semaines.

En principe, les offres dépendent du statut du membre et du solde de son compte de fidélité. Plus on est un bon client, plus on jouit de prestations élevées. Normal. A titre d’exemple, Emirates Skywards alloue des bonus de points de 75 à 150% en cas de voyage en première ou en business class.

Selon certains utilisateurs, se servir du web pour calculer et choisir son billet Prime s’apparente parfois à un parcours du combattant. Les bons clients, soit ceux qui volent régulièrement et de préférence en business class, et donc qui accumulent beaucoup de miles, bénéficient généralement d’un traitement VIP. Il leur suffit d’appeler un contact, qui se charge de faire une étude de marché pour eux et leur décroche la meilleure solution pour se rendre sur telle destination. Sans ce service, la recherche via le site internet se révèle parfois laborieuse.

Toutes les compagnies aériennes ne présentent pas les mêmes avantages. Notamment leurs disponibilités pour des vols gratuits, qui varient de manière importante. On observe que les sociétés à bas coûts disposent de davantage de places vacantes que les entreprises de plus grande taille, plus actives sur des long-courriers internationaux. En effet, les premières proposent des vols de courte durée avec plusieurs départs quotidiens.

Il existe quelques moyens pour ne pas rater une occasion d’accroître ses bonus. L’un d’eux consiste à s’abonner à la newsletter de la compagnie aérienne, qui informe sur les actions. Autre solution: consulter régulièrement les offres bonus. Elles permettent de multiplier des points en fonction de certains achats à une date précise.

Pour utiliser ses miles, surtout lorsqu’ils sont peu nombreux, il faut savoir que les promotions sont plus accessibles en dehors des hautes saisons ou en semaine. Le coût d’un vol augmente d’autant que l’affluence est forte. S’il est impossible d’éviter ces périodes, mieux vaut s’y prendre près de six mois à l’avance.

Selon les cas, des taxes sont à payer en supplément. Il est donc indispensable de se renseigner sur le montant à rajouter avant d’utiliser un vol gratuit. Parfois, et même si le billet est offert, le montant des taxes globales coûte plus cher qu’un billet normal dans une compagnie low-cost.

Piège: les limites temporelles

Chez Swiss, il existe une date d’échéance qui dépend notamment du statut ou du type de carte de crédit (or, argent…). «Les miles de Prime ont, en revanche, une valeur illimitée pour les clients disposant d’un statut tel que Hon Circle, Senator ou Frequent Traveller, de même que pour les clients qui possèdent une carte de crédit Miles & More et qui l’utilisent au minimum une fois par mois», confirme Mehdi Guenin, porte-parole de Swiss pour la Romandie. Sans statut, les points ne durent que trente-six mois.

S’ils ne sont pas utilisés pendant un certain laps de temps, les comptes peuvent être annulés. D’où l’intérêt de vérifier s’il existe une date d’échéance liée aux points obtenus. En règle générale, il y a un jour de fin, ils ne peuvent être cumulés à perpétuité.

Chez Emirates Skywards, les miles sont valides trois ans à partir du moment où ils sont acquis. Ils sont annulés du compte de fidélité l’année d’échéance, à la fin du mois qui correspond à la date de naissance du membre. Si un passager en gagne en juin 2012 et que son anniversaire est en août, ses points vont expirer le 31 août 2015.

L’idée, pour le consommateur, est de maintenir en vie son compte de fidélité, soit en apportant de nouveaux kilomètres en volant, soit par des achats liés. Même une petite transaction peut suffire à montrer qu’il est actif. Pour bien profiter des avantages, il est utile de voler ou de dépenser un minimum pour garder ses points.

Au fil du temps, on observe que les dates de validité des miles sont plus courtes qu’auparavant. En cause, les pressions que subit le domaine aérien, surtout depuis les attaques du 11 septembre 2001. Les avantages offerts par les compagnies sont également revus à la baisse. Autrefois, il était plus aisé pour un passager fidèle d’être exempté de taxes sur les bagages, de réaliser un upgrade en première classe et d’obtenir des vols gratuits. Aux Etats-Unis, United Airlines a déjà commencé à modifier le montant des points exigés à ses affiliés pour réserver des vols.

En d’autres termes, les rabais ont diminué afin de permettre aux compagnies de couper dans les coûts. En revanche, ces réductions s’appliquent désormais aux clients les plus loyaux. Au début 2014, la compagnie Delta a opéré une refonte de son modèle de points. Ils sont désormais fonction du prix du billet et non plus de la distance kilométrique d’un vol. Ce système favorise les passagers qui dépensent plus à l’achat d’un billet, soit la clientèle business.

La valeur d’un dollar dépensé sur un billet permet de gagner entre 5 et 11 fois plus si on le convertit. Cela change du rapport de parité entre les miles effectivement parcourus et ceux accumulés. Cette approche privilégie un certain statut d’élite, qui achète plus souvent des billets. Selon le Wall Street Journal, le top 4 des meilleurs clients de Delta apporte le quart des recettes de la société.

Parmi les changements annoncés, Lufthansa proposera, lors de sa prochaine assemblée générale annuelle, que le programme Miles & More devienne sa propre entreprise. La compagnie prévoit ainsi d’augmenter à niveau constant ses bénéfices au cours des prochaines années.

Coût financier du système

Combien de miles sont émis chaque année par une compagnie aérienne? Quel est leur coût? Les états financiers de Lufthansa comptabilisent 209 milliards de miles en 2013 (contre 205 en 2012). Pour l’an dernier, cela représente un passif non financier de 1,7 milliard d’euros.

Toutes les sociétés de la branche n’en font pas état et la majorité des compagnies ne souhaitent pas donner de précisions sur ce sujet. Difficile donc d’obtenir la quantité de points fidélité accumulés par année. De même que le nombre de points non utilisés par les clients.

Alors, comment chiffrer financièrement ce business des miles? «Le modèle de prix n’est pas très clair. En réalité, on ne sait pas ce que l’on paie réellement quand on utilise des points. Si toutes les compagnies devaient réaliser les miles émis sur des vols, elles voleraient sans encaisser un franc pendant des années», affirme Patrick Delarive.

Priorité à la fidélisation

Les compagnies aériennes luttent pour dégager une rentabilité, car elles sont plombées par des coûts fixes. Un tiers de ces coûts sont liés au prix du pétrole et un tiers aux charges de personnel. Ce dernier, très syndicalisé, empêche la flexibilité des salaires.

Ainsi, sans pouvoir d’influence sur près des deux tiers des frais des compagnies aériennes, les marges de manœuvre pour les directions sont dès lors très faibles. «Le retour sur investissement est négatif ou nul. Il n’y a pas de création de valeur dans cette industrie pour les actionnaires», relève l’analyste de Credit Suisse.

Ce qui distingue les différentes sociétés aériennes, c’est la clientèle. Elles doivent la garder précieusement et l’accroître pour générer du chiffre d’affaires. D’ailleurs, pratiquement toutes les compagnies américaines ont été une fois en faillite. En Europe, en principe, l’Etat intervient pour soutenir une branche en difficulté.

«On achète un billet d’avion comme toute autre commodité. Le choix des compagnies est vaste et les prix souvent proches, car elles ont peu de possibilités de se différencier sur ce plan, surtout dans les classes économiques. Dès lors, ces entreprises misent sur leur programme de fidélité pour inciter les clients à les sélectionner, en les attirant avec des perspectives d’un vol futur gratuit», conclut Olivier Müller.

Patricia Meunier

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