Bilan

Deviser en yuans avec la Chine? L'idée divise

Un élu propose que les exportations vers la Chine ne se fassent plus en dollars, mais en yuans, monnaie du géant asiatique. Mais l'idée n'enchante guère le Conseil fédéral et la BNS.
La Chine continue de susciter les envies, bien que son excédent commercial ait reculé de 14% en juin. Il n'en reste pas moins que sa classe moyenne s'étoffe chaque mois, tout comme son bas de laine.

Un petit pactole qui excite bien des passions, au point de pousser des banquiers à proposer que la Suisse devienne un hub pour le yuan, nom usuel de la monnaie chinoise, alors que l'on parle de renminbi, qui signifie «monnaie du peuple», dans les circonstances officielles.

Le projet rencontre toutefois un fort scepticisme sur le front politique, expliquait le Tages-Anzeiger mercredi. La commission économique du Conseil des Etats n'a pas donné suite la semaine passée à une motion du conseiller national PLR Markus Hutter, qui a pourtant obtenu le soutien du Conseil national.

Prolongement de l'accord de libre-échange

L'élu de Winterthur propose depuis deux ans déjà que la Suisse devienne «le premier pays d'Europe à conclure un accord de devises avec la Chine». Les exportations vers l'ex-Empire du Milieu ne se feraient ainsi plus en dollars, ce qui pourrait aussi limiter les frais de change et les risques intrinsèques.

Le Conseil fédéral estime de son côté qu'un tel accord «n'éliminerait pas les risques mais ne ferait que les déplacer du dollar vers le renminbi». Et comme la devise chinoise n'est pas entièrement convertible à l'étranger, il existe donc des «risques et des coûts de transactions potentiels, voire énormes pour la Suisse».

Pour ses partisans, un tel accord ne serait que le prolongement de l'accord de libre-échange signé samedi avec Pékin. Il permettrait aussi d'ouvrir de nouveaux marchés pour la place financière suisse et les comptes en yuans poseraient moins de problèmes que les comptes en dollars actuellement.

Londres a déjà son hub

Le conflit fiscal en cours avec les Etats-Unis apparaît également en arrière-fond des motivations. «Nous devons nous libérer du dollar», estime Markus Hutter qui doit toutefois renoncer à son rêve d'être le premier hub pour yuan en Europe, Londres lui ayant brûlé la politesse en avril 2012.

La Banque Nationale Suisse (BNS) a également son mot à dire. Toutefois, comme l'explique son porte-parole Walter Meier, un accord de devises n'a pas la priorité. «Aucune négociation n'est actuellement menée au sujet de coopérations ou d'accords de swap mais ce n'est pas exclu pour l'avenir.» Un swap de devises est un accord conclu entre deux parties qui s’échangent un montant déterminé de devises étrangères, qui sera remboursé à une échéance fixée.

Là encore, Londres a un train d'avance après avoir ouvert en juin une ligne de swap de 200 milliards de yuans (32 milliards de francs environ). Le gouverneur de la Bank of England, Mervyn King, a souligné le rôle stabilisateur de l'accord conclu, jugeant improbable le risque d'une crise des liquidités en yuans.

Des échanges encore marginaux

Quant aux échanges en yuans entre la Suisse et la Chine, ils peuvent être qualifiés d'anecdotiques. Selon Swift, le fournisseur mondial de services de messagerie financière sécurisée, la part des paiements en devise chinoise s'élevaient entre 0,1 et 0,3% ces derniers mois. Sur le plan international, le yuans représentait en mai 0,84%, soit la treizième place de toutes les monnaies.

Les banques suisses mettent déjà à disposition des comptes en yuans. Selon l'Association Suisse des Banquiers (ASB), les fortunes sous gestion en devise chinoise atteignent entre 1,6 et 3,2 milliards de francs et le yuans est déjà négociable sur la plateforme multidevises de la Bourse suisse, SIX Swiss Exchange, sous forme d'une quarantaine d'obligations et de quelques produits structurés. «Techniquement nous sommes prêts. Tout fonctionne, même à petit feu», ajoute le porte-parole Alain Bichsel.

L'ASB milite naturellement en faveur du projet. «Les conditions cadres pourraient être élargies si la BNS devait établir une ligne de swap avec son équivalent chinois», souligne sa porte-parole Rebeca Garcia.

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