Bilan

Dividendes: comment bien choisir ses titres

Toutes les actions à rendement élevé ne se valent pas. La croissance et la régularité des versements en disent davantage sur les entreprises que le seul niveau du dividende.
  • Assemblée générale. Des dividendes en constante progression reflètent la stabilité des affaires d’une société.

    Crédits: Martin Ruetschi/Keystone

C’est l’une des questions favorites parmi les investisseurs: quels sont les titres les plus attrayants en matière de dividendes? Souvent, la réponse fait référence au seul niveau des dividendes, tandis que les critères de croissance et de régularité des versements sont négligés. «Les dividendes sont la résultante d’une bonne discipline financière de l’entreprise et de son engagement envers ses actionnaires, estiment Stuart Rhodes, gérant du fond M & G Global Dividend Fund, et Phil Cliff, gérant du M & G Pan European Dividend Fund. Mais surtout, le fait que les dividendes soient en constante progression reflète la stabilité des affaires d’une société.»

Les spécialistes constatent aussi que les sociétés qui ont cette approche de distribution de dividendes à leurs actionnaires sont, généralement, récompensées par de bonnes performances en bourse: «Les dividendes et le rendement du cours d’une action ont tendance à aller de pair», affirment-ils.

Reste à savoir comment choisir les actions à rendement élevé du dividende. Car toutes ne se valent pas. Après que les dividendes pour 2013 ont été annoncés et payés, sauf pour les sociétés qui décalent leur exercice annuel, nous avons tenté de répondre à la question sur la base des trois critères mentionnés (encore que toute forme de versement soit incluse dans la notion de dividende).

Pour ce qui est des rendements, nous nous limiterons aux dividendes estimés pour 2014, tout en tenant compte de possibles hausses ou réductions. Mais les investisseurs orientés sur le plus long terme veulent précisément savoir dans quelle mesure les versements sont durables.

Sur ce point, il convient de tenir compte du phénomène des bonus de dividendes: vu l’absence de catastrophes naturelles dévastatrices, Swiss Re a pu payer deux fois de suite, en 2012 comme en 2013, un dividende spécial élevé de 4 et 4,15 francs par action en plus du dividende habituel. Pour l’heure, nous n’escomptons pas un nouveau versement spécial. Même sans cela, les actions Swiss Re continueront d’offrir des rendements supérieurs à la moyenne.

Le groupe de surveillance SGS a poussé au maximum le mécanisme des paiements spéciaux. De 2007 à 2012, il a payé six fois de suite un dividende spécial en plus de l’ordinaire mais, en 2012, il a réduit seulement le dividende spécial plutôt que l’ordinaire. Le marché s’est senti floué et on a parlé d’un signal trompeur. En 2013, SGS n’a pas poursuivi le mécanisme des paiements spéciaux.

Indépendamment de cela, nous avons aussi admis des exceptions dans notre analyse du critère constance. Si, sur la période 2003-2013, une société n’a payé qu’une seule fois un dividende extraordinaire, nous avons jugé la constance respectée. C’est le cas pour le géant du sanitaire Geberit qui, en 2009, à l’occasion du 10e  anniversaire de son entrée en bourse, a payé 1  franc de plus, soit au total 6,40 francs par action, et l’année suivante 6  francs de dividende ordinaire.

Givaudan, pour sa part, ne paie en 2008 que la moitié de son dividende de 20  francs en espèces, le reste étant versé sous forme d’options pour de nouvelles actions. Ce mode de faire lui a permis à l’époque de protéger ses finances après la reprise d’un fabricant d’arômes et de substances odorantes très endetté. De cette façon, depuis sa séparation d’avec Roche en 2000, Givaudan a augmenté chaque année son dividende, de sorte que la société obtient un classement exceptionnel dans notre liste.

Les raisons d’acheter et de garder

L’exemple de Nestlé, premier groupe alimentaire mondial, met en évidence comment une extrême constance et une invariable croissance ont des répercussions pour l’investisseur. Quiconque a acheté ce titre le premier jour de négoce de l’an 2000 au cours de 28  francs peut faire le calcul suivant: les dividendes versés depuis ont crû d’année en année, passant de 0,55 à 2,15 francs par action.

Au total, cela fait 18 francs par action, autrement dit presque les deux tiers du prix d’acquisition. A quoi s’ajoute une hausse du cours de presque 150% à ce jour. Cela donne un rendement global proche de 215% ou 8,3% par an (pour peu que les dividendes n’aient pas été réinvestis).

Par ailleurs, le rendement du dividende du dernier versement, mesuré à l’aune du prix d’acquisition, était déjà de 7,7%. A comparer avec le SPI (Swiss Performance Index) – qui tient compte des paiements de dividendes – qui a augmenté de 76% depuis début 2006, soit de 4% par an. C’est pourquoi Stuart Rhodes et Phil Cliff conseillent également aux investisseurs de se concentrer sur la croissance des dividendes davantage que sur le rendement du dividende. «Un rendement élevé n’est pas forcément synonyme de valeur.» Ils estiment au contraire qu’un dividende qui n’évolue pas, voire peu, est plutôt un mauvais signe et parfois même un signe d’une entreprise en difficulté.

Tout cela plaide en faveur d’une stratégie «acheter et conserver». Pour nombre de gourous de la bourse, après les fortes fluctuations vécues depuis le changement de millénaire, c’est une stratégie dépassée. Mais il serait faux de la condamner trop vite: la question est plutôt de savoir comment il faudrait l’appliquer au mieux.

Les critères de constance et de croissance des versements constituent une indication: les entreprises qui ne doivent qu’exceptionnellement réduire leurs dividendes, mais qui au contraire les augmentent le plus souvent et de manière notable, disposent précisément d’un modèle d’affaires robuste grâce auquel une plus-value est générée pour les actionnaires.

Dans quelles branches trouve-t-on les meilleurs candidats à la stratégie «acheter et conserver»? En fonction de nos critères, entre 2003 et 2013, 51 sociétés suisses du SPI ont toujours maintenu des dividendes stables ou en hausse. L’analyse montre que nombre d’entre elles sont issues de branches défensives comme l’alimentaire et la santé. Etonnamment, on trouve aussi parmi ces payeurs de dividendes stables huit banques, principalement des banques cantonales.

Championne toutes catégories, la Banque Cantonale du Valais, qui a augmenté son dividende pour la douzième fois de suite, alors que la croissance a été de 9,7% par an sur les cinq derniers exercices.

Immunisées contre de nouvelles crises?

Pour d’autres sociétés, la question est de savoir si elles sont désormais immunisées contre de gros revers. La Banque Cantonale Vaudoise et la compagnie d’assurances Zurich ont eu des problèmes après le tournant du millénaire, tandis que Swiss Re a pâti durant la crise financière. Toutes se sont rétablies et proposent aujourd’hui des rendements de dividendes remarquablement élevés. Ce qui compte ici, c’est que le management garde les pieds sur terre et ne se laisse pas tenter par la folie de grandeurs.

Pour terminer, le niveau du rendement des dividendes peut trahir une sous ou surestimation des actions. On le voit notamment chez le chocolatier Lindt & Sprüngli: entre 2003 et 2013, ses versements ont grimpé à 16,6% par action.

Si on oublie le bonus spécial du 100e anniversaire, il a donc augmenté son dividende dix-neuf fois de suite. Mais même avec une augmentation ultérieure de 70  francs par titre, le rendement actuel n’est que de 1,6%. Pour qu’il grimpe, le cours de ce titre très évalué (ratio cours/bénéfice de 29 en 2014) devrait chuter. Ce que personne ne veut.

En dehors de la Suisse, Stuart Rhodes considère qu’il existe encore des opportunités intéressantes aux Etats-Unis, notamment dans le secteur de la technologie. Il constate aussi que depuis le lancement de son fonds M & G Global Dividend Fund, il y a cinq ans, les entreprises actives dans ce secteur démontrent une volonté de plus en plus prononcée de distribuer des dividendes à leurs actionnaires, raison pour laquelle il n’a pas l’intention de réduire sa pondération sur le marché américain. «Ces dix-huit derniers mois, de nombreuses entreprises du secteur ont annoncé des dividendes en hausse de 20%, 30% et parfois même 50%!»

Il y aurait, enfin, un bon potentiel dans les actions européennes. Phil Cliff, gérant du M & G Pan European Dividend Fund, constate que, malgré la révision à la baisse des attentes de résultats durant ces deux dernières années, les entreprises européennes n’ont pas supprimé leurs dividendes.

Il remarque même que la croissance des dividendes aurait repris en 2013, ce qui le laisse penser que les prévisions de résultats de certaines entreprises pourraient être revues à la hausse prochainement. «L’Europe reste un marché offrant des opportunités intéressantes avec des belles perspectives de croissance des dividendes.» 

 

Andreas Kälin*

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