Bilan

Economiser de l’argent en traquant les frais abusifs

Malik Khalfi et Farhad Fateri terminaient leurs études de diplôme fédéral d’analyste financier et gestionnaire de fortune (CFPI) en mars 2010. L’idée est née trois jours avant les examens finaux: ils s’associent pour créer Breakfee, société de conseil indépendante que les clients des banques peuvent engager pour évaluer leur portefeuille et leur signaler les frais excessifs.

Tandis que Malik Khalfi a travaillé chez Capital International, intervenant sur les ordres de transactions, puis chez Citibank comme gestionnaire de patrimoine, Farhad Fateri vient du monde du négoce et du shipping, où il analysait les offres des banques, les risques de change et les taux. «Nous avons été éveillés à certaines pratiques qui nous ont menés à fonder cette société, explique Farhad Fateri; des frais excessifs, des commissions biaisées, tout cela souvent enrobé dans un jargon spécifique, et sur fond d’un grand manque de transparence.» Durant la crise, son associé et lui ont observé que les revenus des banques provenaient en moyenne à hauteur de 60% et plus des frais et des commissions payées par les clients. Sur rendez-vous, les deux analystes examinent l’ensemble du portefeuille du client, dont les comptes peuvent être répartis dans différentes institutions. Ils consolident l’exposition au risque et évaluent si tel ou tel produit fait sens ou pas dans la globalité de l’investissement. «Le rendement et la prise de risque doivent être adaptés, souligne Malik Khalfi. Et surtout, on regarde le coût: on peut souvent trouver pour le client des produits qui arrivent au même résultat à risque identique, mais à un coût plus bas.»

Les deux analystes relèvent que les frais, même lorsqu’ils semblent dérisoires, constituent un manque à gagner très élevé sur le long terme: pour un portefeuille de 100 000 francs dont le coût moyen est de 2% et le rendement est de 4%, le montant payé en frais représente 22% des avoirs en dix ans (soit 27 000 francs), 50% des avoirs en vingt ans (soit 73 000 francs), et 83% des avoirs sur trente ans (soit 147 500 francs). Ils calculent que réduire ses frais de moitié produit un rendement net supplémentaire de 23% en vingt ans. «Le client paie souvent pour l’enseigne, le salon feutré, voire pour une multitude de services auxquels il a accès et dont il n’a souvent pas besoin», estime Malik Khalfi.

Il donne un exemple d’économie réalisée sur les frais: un client avait placé 100 000 francs dans un fonds qui facturait 1,92% de frais de gestion annuels. Sur cinq ans, sa performance était négative. Farhad Fateri et Malik Khalfi démontrent qu’à investissement identique, un ETF traditionnel dont les frais totaux (TER) étaient de 0,39%, soit quatre fois moins élevés, générait plus de performance. «Le différentiel de performance correspondait entièrement aux frais», note Farhad Fateri. Et ce produit était émis par la même institution! Les frais correspondaient, dans le cas du produit initial, à 11% de la valeur sur cinq ans. Alors que sur le second produit, ils représentaient 2% des avoirs. Le manque à gagner était donc de 9%, et l’économie réalisée était de 9000 francs sur les 100 000 francs investis. Pas négligeable…

Autre exemple: une personne cherchait à investir 500 000 francs dans des fonds de placement. L’institution concernée facturait des frais de courtage exorbitants. Breakfee a essayé de négocier avec l’institution, sans succès, et a donc mis en évidence une solution externe pour son client. Résultat, sur 500 000 francs, l’économie réalisée fut de 4300 francs, soit une réduction des frais par trois. Dernier exemple, au niveau des droits de garde, les frais sont de l’ordre de 0,2% à 0,5% pour les dépôts allant jusqu’à 20 millions de francs, ce qui, «si vous cumulez ces montants au fil des ans, représente des sommes colossales», mettent en garde les fondateurs de Breakfee. En général, les deux spécialistes se concentrent sur les fonds de placement et  les frais de gestion et de transaction. «C’est là où nous avons le plus de visibilité et le plus d’impact», souligne Malik Khalfi. Sur les hedge funds et le private equity, si l’information n’est pas transparente, l’évaluation sera difficile.

Breakfee se rémunère sur la base de l’économie réalisée pour le client, jusqu’à 50% de cette dernière, mais peut aussi facturer le temps passé sur le cas selon une grille tarifaire. «Ce qui est sûr, c’est que la seule personne qui nous rémunère, c’est le client», selon Farhad Fateri.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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