Bilan

Et si vous investissiez dans le football?

Le nombre de clubs européens cotés en bourse est en baisse depuis le boom des années 1990. Leurs actions fluctuent en fonction de leurs résultats sportifs, mais pas seulement. Par Erik Freudenreich

La Juventus de Turin (maillots blancs) est cotée en bourse. Elle joue ici contre l’Atlético Madrid.

Crédits: TF-Images

Alors que la nouvelle édition de la Ligue des champions vient de débuter, certains supporters tremblent plus que d’autres devant leur écran de télévision. Pour marquer leur soutien, ils n’hésitent pas à acheter des actions de leur club favori. Olympique Lyonnais, Borussia Dortmund, Juventus de Turin… On compte aujourd’hui une vingtaine de clubs cotés en bourse, regroupés sous l’indice Stoxx Europe Football (voir encadré), dont les actions fluctuent au gré des résultats. Beaucoup? Pour le savoir, des économistes ont analysé la performance boursière de clubs anglais par rapport à leurs exploits sportifs* sur une période de vingt ans. Il ont noté que l’action d’un club augmente en moyenne de 0,53% le lendemain d’une victoire, et de 0,88% dans les trois jours qui suivent. A l’inverse, les chercheurs ont constaté que l’action baisse de 0,24% le lendemain d’une défaite, une proportion qui atteint même 1,01% en moyenne dans les 72 heures.

Clubs de seconde zone

Après Tottenham en 1983, première entrée en bourse d’un club de football, les cotations se sont multipliées jusqu’à la fin des années 1990. Mais elles connaissent un recul depuis quelques années. «On ne compte aujourd’hui que peu d’équipes de premier plan sur la vingtaine de clubs européens cotés, explique Pierre Rondeau, expert en économie du sport et journaliste sur RMC Sport. Il s’agit souvent d’équipes qui évoluent en Europa League ou sont absentes des compétitions européennes.»

Cela s’explique par l’explosion des droits télévisés et des contrats publicitaires qui ont bouleversé l’économie footballistique. L’an dernier, les trois clubs les plus riches – Real Madrid, Manchester United (voir encadré) et Barcelone – ont engrangé des revenus combinés de 2,1 milliards d’euros, soit 95% des revenus additionnés des vingt clubs les plus riches en l’an 2000, selon le rapport «Football Money League» réalisé par le cabinet Deloitte. «Les formations prestigieuses bénéficient de revenus colossaux issus des droits TV, du sponsoring ou de produits dérivés. Résultat: ils sont gérés de manière autosuffisante et n’ont plus besoin des largesses de la bourse.»

(Crédits: Etienne Thomas-Derevoge)

Ces données en tête, l’investissement dans un club de football peut-il s’avérer judicieux? «C’est un placement boursier plutôt risqué en raison de la volatilité du marché», estime Pierre Rondeau. Ainsi, l’étude anglaise précitée a constaté que les cours des actions de clubs de football fluctuent de manière particulièrement marquée lors des deux dernières journées de championnat, au moment où se dessine une qualification pour une lucrative place européenne ou une possible relégation.

La «glorieuse incertitude» qui règne sur la pelouse – et qui fait tout l’intérêt de ce sport – se reflète également au niveau de la cotation. Et l’expert de citer le cas de la Juventus de Turin: «Ce printemps, son action a bondi de plus de 55% quand le club s’est retrouvé opposé à l’Ajax Amsterdam lors des quarts de finale de la Champions League car il s’agissait d’un bon tirage au sort. Les jours qui ont suivi l’élimination
du club italien, le cours de l’action a chuté de plus de 25%.» A l’inverse, le parcours honorable de l’Ajax a fait monter l’action à des hauteurs historiques.

Ce qui se passe en dehors du terrain a aussi son importance: rumeurs de transferts, limogeages d’entraîneurs, scandales… «L’annonce de la signature de Cristiano Ronaldo à Turin en 2018 a provoqué une véritable envolée de l’action du club. Mais celle-ci a connu un fort recul à la suite de l’accusation de viol portée contre la star portugaise.» Ainsi, l’investisseur est avisé de suivre de près aussi bien l’actualité sportive qu’extrasportive.

Pour les investisseurs tentés par l’aventure footballistique, il existe aussi des produits structurés. Ainsi, la banque en ligne Swissquote émet par exemple un certificat consacré à «la fièvre du football», avec une performance de 23,4% sur un an. Il se compose de divers produits financiers liés au domaine: actions de clubs, mais aussi sponsors (McDonald’s, Hisense, Coca-Cola) ou équipementiers (Adidas). Une manière de diminuer les aléas de la compétition.

* «Information salience, investor sentiment, and stock returns: The case of British soccer betting»


L’indice Stoxx Europe Football

Allemagne: Borussia Dortmund

Danemark: AGF Århus / Aalborg Boldspilklub / Brøndby IF / FC Copenhague / Silkeborg IF

France: Olympique Lyonnais

Italie: AS Roma / Juventus Football Club / SS Lazio

Macédoine: FK Teteks

Pays-Bas: Ajax Amsterdam

Portugal: FC Porto / Sporting Portugal / Benfica

Pologne: Ruch Chorzów

Royaume-Uni: Celtic Football Club

Suède: AIK Fotboll

Turquie: Besiktas / Fenerbahçe SK / Galatasaray SK / Trabzonspor


Parmi les joueurs stars de Manchester United, le Français Paul Pogba. (Crédits: Visionhaus/Getty Images)

Le cas Manchester United

Finances C’est le club de football anglais au palmarès le plus étoffé. Manchester United a fait son entrée sur les marchés boursiers anglais en 1991, avec une valorisation de 65 millions d’euros. Au début des années 2000, l’homme d’affaires new-yorkais Malcolm Glazer rachète le club via une offre publique d’achat qui valorise alors le club à près de 1,1 milliard d’euros (près de 17 fois la valeur initiale). «C’est probablement le cas de figure le plus intéressant pour un petit actionnaire puisqu’il bénéficie d’une offre de rachat supérieure à la valeur du marché», souligne l’expert Pierre Rondeau.

Lourdement endetté en raison du montage financier employé pour prendre le contrôle du club, Manchester United a fait une nouvelle entrée en bourse en 2012 à New York et levé 186 millions d’euros. Il est aujourd’hui l’une des formations les plus riches du monde, avec des revenus estimés à 666 millions d’euros pour la saison 2017-2018, selon le cabinet Deloitte.

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