Bilan

Et si aucun accord sur la dette n'était trouvé?

Alors que l'échéance approche aux Etats-Unis pour renégocier le plafond de la dette, la probabilité d'un défaut de paiement grandit. Mais que se passerait-il si aucun accord de dernière minute n'était trouvé?
  • Le monde entier est suspendu aux dernières avancées du Congrès américain, à quelques heures de l'échéance du relèvement du plafond de la dette. Crédits: Reuters
  • Barack Obama et ses adversaires Républicains ont jusqu'à présent campé sur leurs positions, refusant toute concession majeure. Crédits: Reuters
  • Il ne reste que quelques heures aux élus avant que les Etats-Unis ne rentrent officiellement en situation de défaut de paiement sur leurs premières échéances. Crédits: Reuters
  • Si aucun accord n'intervenait et que les créanciers devaient faire face à un défaut de paiement américain, et les taux d'intérêt grimperaient en flèche, renchérissant tout crédit ultérieur pour les Etats-Unis, gouvernement comme entreprises ou particuliers. Crédits: Reuters
  • En temps normal, l'administration Obama aurait pu choisir de prioriser certaines dépenses et repousser par exemple le versement des pensions aux vétérans. Mais le shutdown actuel rend cette solution très hypothétique. Crédits: Reuters
  • Les dépenses pourraient donc être impossibles sans choix de priorité, avec le risque de ne pas honorer certaines échéances sur les marchés financiers. Crédits: Reuters
  • De même, de nombreux fournisseurs de l'Etat et de ses services et administrations pourraient voir les factures non honorées. Crédits: Reuters
  • Face au risque de crise planétaire de grande ampleur, les dirigeants chinois (ici le chef d'Etat Xi Jinping) sont montés au créneau pour critiquer l'attitude américaine. Crédits: Reuters
Alors même que l'échéance n'est pas encore atteinte, les premières conséquences se font déjà sentir: les agences de notation sont déjà prêtes à dégrader la note de la dette américaine.

Mais au-delà de la note attribuée par les analystes aux bons du Trésor, Barack Obama lui-même a utilisé l'image d'une «bombe nucléaire» (métaphore attribuée au milliardaire Warren Buffett) si aucun accord n'intervenait. Quelles seraient les conséquences de l'absence d'un accord? Et quelle serait la chronologie de la catastrophe économique mondiale qu'annoncent les experts?

■ Quels seront les effets le 18 octobre au matin?

En fait, «ce n'est pas parce qu'un accord n'est pas trouvé le 17 octobre que les États-Unis se retrouveront immédiatement en situation de défaut», précise Alexandra Estiot, analyste en recherche économique chez BNP Paribas.

En effet, les caisses de l’État ne sont pas totalement vides: les impôts et taxes continuent de rentrer et le Trésor dispose de réserves. Par contre, aucun emprunt nouveau ne pourrait être voté par le Congrès et, le budget étant bloqué, la situation deviendrait vite critique.

La trésorerie disponible est évaluée à 30 milliards de dollars, mais le Trésor peut avoir à décaisser jusqu'à 60 milliards certains jours. Les recettes perçues à partir du 17 octobre ne permettront de couvrir que 65% des dépenses.

D'ailleurs, les premières échéances de paiement pourraient sans doute être honorées, mais le Bureau du budget du Congrès (CBO) a estimé que ces réserves ne suffiraient que pour quelques jours, plaçant la date effective du défaut de paiement entre les 22 et 31 octobre.

■ Et si la situation se prolonge jusqu'au 1er novembre?

Au-delà, dès le 1er novembre, la déflagration serait mondiale. Barack Obama pourrait décider d'emprunter sans l'aval du Congrès, mais il prendrait le risque d'une crise constitutionnelle dont il n'est pas sûr de sortir renforcé.

Les bons du Trésor arrivant à échéance ensuite seraient considérés comme très risqués et les taux d'intérêt monteraient en flèche, d'où un surcoût pour l'Etat américain mais aussi pour tous les emprunteurs du pays, particuliers et entreprises. Déjà actuellement, les taux des emprunts arrivant à échéance fin octobre ont «presque triplé en une semaine», ainsi que l'a constaté jeudi dernier le secrétaire au Trésor Jacob Lew.

Or, d'ici au 1er novembre, deux épisodes de roll-over vont encore intervenir. Le roll-over, c'est l'échange par le Trésor des obligations qui arrivent à échéance contre de nouvelles obligations avec une échéance décalée. Mais cette opération ne peut être menée à son terme qu'avec l'accord des créanciers. Et celui-ci apparaît de plus en plus improbable à mesure que la situation se prolonge.

■ Quelles conséquences sur l'économie réelle?

Incapables de contracter de nouveaux emprunts qui seraient potentiellement inconstitutionnels et de toutes façons trop coûteux, les Etats-Unis se verraient obligés de tailler dans les dépenses: Merrill Lynch a estimé que les coupes devraient atteindre 20% des dépenses prévues, soit 4% du PIB.

Une incertitude demeure encore sur la nature des coupes. En temps normal, des choix pourraient être faits, comme le versement des pensions de vétérans ou l'aide sociale qui seraient repoussé voire annulé quelques temps. Mais avec la situation de «shutdown», le risque est grand que l'administration fédérale, amputée d'un grand nombre de fonctionnaires, ne puisse distinguer de priorités et se retrouve à ne pas honorer des fournisseurs ou des créanciers.

Pour ceux-ci, le manque à gagner serait gigantesque et l'impact énorme. Les entreprises américaines occupent les premières places au monde et seraient fragilisées, avec un impact majeur sur tous leurs partenaires à travers le monde, et notamment en Suisse.

D'autre part, la Chine et le Japon, soit les 2e et 3e économies mondiales, sont les principaux créanciers des États-Unis. Un défaut de paiement des USA aurait un effet dévastateur sur ces deux grandes puissances. L'effet domino s'étendrait alors au monde entier, avec une baisse des commandes, des plans d'économie drastiques, des faillites en série et un chômage qui exploserait.

■ Serait-ce la première fois que les États-Unis font face à un défaut de paiement

Jamais dans leur histoire les États-Unis ne se sont retrouvés en défaut de paiement... sauf à une occasion: en 1979, le Trésor a tardé à payer les intérêts dus sur seulement 122 millions de ses obligations. Ce défaut de paiement n'était alors pas dû à un blocage des institutions mais à des raisons techniques.

Or, cet incident qui n'a duré que quelques heures avait fait bondir les taux liés aux emprunts contractés par le Trésor. Le surcoût avait été évalué à 12 milliards de dollars.

■ L'importance du dollar est-elle en cause dans ces risques?

Depuis 1945, le dollar est la monnaie mondiale de référence pour les échanges. Le poids de l'Amérique et la structure de l'économie mondiale sont tels que la croissance mondiale est encore plus dépendante des États-Unis qu'elle ne l'était à la veille du krach de 1929.

Or, cinq ans après avoir exporté la crise des subprimes dans le monde entier suite à la chute de Lehman Brothers, les États-Unis prennent à nouveau le risque d'une crise économique planétaire. Mais cette fois-ci bien plus grave encore que celle de 2008. «Ce scénario exterminerait la planète finance», estime Jezabel Couppey-Soubeyran, économiste à l'Université Paris 1 et spécialiste du système financier.

Si l'euro souffre de la crise prolongée de plusieurs économies nationales (Grèce, Espagne, Italie, Portugal, et même la France), la Chine a montré des signes d'agacement récemment, n'acceptant pas que son économie soit prise en otage par l'omnipotence du dollar sur le marché des changes.

Les dirigeants politiques et économiques de l'Empire du milieu pourraient donc accélérer le processus de convertibilité totale du yuan entamé voici quelques mois afin de se positionner comme une puissance financière en plus d'être une puissance économique.

■ Et en Suisse?

La structure de l'économie suisse est très largement dépendante des exportations et des échanges commerciaux et financiers avec l'étranger (plus de 55% du PIB vient des exportations).

Or, les États-Unis, le Japon et la Chine figurent parmi les principaux partenaires économiques et commerciaux de la Suisse. Une crise majeure aux États-Unis avec un impact fort sur les créanciers que sont les deux grandes puissances asiatiques aurait un effet dévastateur sur l'économie helvétique.
Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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