Bilan

Faire fortune en vendant des données privées

Inspiré des dérives d'internet et influencé par les récentes révélations de l'affaire Snowden, un jeu vidéo en ligne gratuit propose aux joueurs de faire fortune en vendant des données d'internautes.
Nom, prénom, adresse, coordonnées téléphoniques, parcours scolaire et professionnel, postes occupés, mais aussi films favoris ou parfums de glace préférés: l'internaute qui surfe aujourd'hui de site en site laisse son empreinte et de nombreuses informations, par ses clics ou par des questionnaires qu'il remplit.

Or, ces données représentent un formidable potentiel marchand: les sociétés qui les détiennent peuvent cibler avec précision leur communication. D'où un retour bien plus élevé.

Le fil conducteur d'un jeu en ligne

Ce mécanisme basique, cela fait bien longtemps que de très nombreuses entreprises l'ont intégré à leur stratégie. Désormais, c'est devenu le fil conducteur d'un jeu: conçu par des développeurs, designers de jeux vidéos et de défenseurs des droits des internautes, basé essentiellement à Vienne, DataDealer propose aux joueurs en ligne de faire fortune en vendant les données des internautes.

Sorti en 2012 en version allemande et en mai dernier en anglais, ce jeu gratuit demande au joueur de remplir sa base de données de profils d'internautes aussi bien par des moyens légaux qu'illégaux. Ensuite, il contacte des trafiquants, qui piratent ou revendent leur accès à des bases de données. Enfin, le joueur développe son fichier de données en créant ses propres compagnies: loteries en ligne, sites de rencontres,... sur lesquelles ses clients remplissent des fiches très précises.

Une allusion à la NSA

Le capital du joueur augmente via divers stratagèmes commerciaux (cartes de fidélité, tests psychologiques), qui, comme leurs équivalents de la vie quotidienne, recèlent de précieuses et nombreuses informations personnelles.

Grâce à ces outils, le joueur peut constituer de vastes fichiers de données (habitudes d'achat, orientation sexuelle, niveau d'éducation, de revenus, dossier médical) qu'il pourra revendre à divers clients (sociétés de marketing, d'assurances, gros employeur). Et la dernière version du jeu introduit même un nouveau client: la «Central Security Agency», allusion à l'agence de renseignements américains NSA.

Une nouvelle version suite à l'affaire Snowden

Car le jeu a été réactualisé suite aux révélations sur les systèmes d'espionnage américains au début de l'été: «Initialement, nous nous étions concentrés sur les sociétés commerciales. Mais quand Edward Snowden a révélé le scandale de la NSA nous avons dû réfléchir rapidement pour apporter ces nouveaux éléments au jeu», explique Wolfie Christl, l'un des concepteurs de DataDealer.

«Il y a tant de données qui sont collectées et la plupart des gens ne savent pas ce qui peut arriver à leurs informations personnelles», poursuit-il. «Si vous leur dites: faites attention aux données que vous laissez sur les réseaux sociaux, c'est ennuyeux, personne ne vous écoute...C'est pour ça que nous avons imaginé un jeu où vous êtes du mauvais côté, on vous propose de récolter les données vous-même et de les revendre. Cela sensibilise les gens bien mieux que si on leur faisait la leçon».

Facebook outil et cible

Clin d’œil du jeu: c'est via Facebook, décrié par Edward Snowden au même titre que Google et les opérateurs téléphoniques, que DataDealer se fait connaître auprès des internautes. Et les concepteurs utilisent ce même réseau social pour récolter des fonds afin de lancer une nouvelle version multijoueurs de leur jeu.

«Nous utilisons les services de Facebook qui sont disponibles pour les autres utilisateurs, c'est un moyen de faire passer notre message», explique Wolfie Christl, qui reconnaît «un côté ironique» à passer par une plateforme dont ils dénoncent les pratiques de captation des données personnelles, tout en détournant ses codes comme dans ce trailer vidéo.



Les concepteurs militants de DataDealer réclament «de la transparence» aux géants d'internet, afin de ne confier les données personnelles «qu'aux organisations dignes de confiance».
Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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