Bilan

Faisons confiance aux indignés de Wall Street

Les manifestants sont des jeunes gens à la tête bien faite, qui veulent réinventer un modèle à la fois économique et social.

Voilà quelques jours, je suis tombée sur les indignés du mouvement «Occupez Wall Street», qui a pris une nouvelle dimension tout début octobre. Lorsque je les ai aperçus, ils manifestaient dans un petit square à deux pas du chantier pharaonique qu’est devenu le World Trade Center. Les forces de l’ordre étaient également présentes en nombre, contemplant le capharnaüm de sacs de couchage, de protestataires débraillés et de pancartes aux messages engagés sur les maux du capitalisme. La première chose qui m’a frappée est la moyenne d’âge de cette armée: pour l’immense majorité, des enfants du millénaire (nés entre 1980 et 1999). J’ignore si leur aversion pour Wall Street est née de la situation de l’emploi ou d’une analyse plus complexe, mais j’ai l’impression que les enfants du millénaire n’ont pas fini de faire parler d’eux. Peut-être faites-vous d’ailleurs déjà l’expérience de leur détermination à faire entendre leur voix dans les entreprises, les salles de classe ou le soir à table, par exemple. Leur nombre est considérable: 90 millions, selon certaines estimations, soit la génération la plus nombreuse de notre histoire, et qui témoigne de la diversité ethnique comme aucune autre avant elle. Ils ont été – et sont encore – façonnés par des événements hors norme, comme les attentats du 11 septembre ou la récession mondiale en cours; par leurs parents – les baby-boomers d’hier – et bien sûr par la technologie, c’est la première génération à avoir grandi avec les outils de communication instantanée. Je pense que ce sont eux, les enfants du millénaire, qui trouveront les réponses aux problèmes qui nous accablent aujourd’hui – grâce à leur passion pour les questions sociales, à leur maîtrise de l’outil technologique et des réseaux sociaux, et à leur attachement au droit de vote, comme le prouve leur taux de participation élevé à la dernière élection présidentielle.

Réalistes, raisonnables et branchés

Beaucoup d’entre eux intégreront des écoles de commerce – quand ce n’est pas déjà fait. Un quart des masters et 20% des licences en cours se font dans la filière commerciale. Même dans les universités généralistes qui ne proposent pas ce type de programme, les étudiants se reportent en masse sur les sciences économiques, ou se rapprochent autant que possible du commerce. C’est peut-être là le fruit de la pression des parents, qui les incitent à optimiser leurs chances de décrocher un emploi à la sortie de l’école (contrairement aux baby-boomers, les enfants du millénaire sont proches de leurs parents – il semblerait même qu’ils les écoutent), mais l’objectif est peut-être aussi d’acquérir les compétences et le langage des héros avec lesquels ils ont grandi – qui seraient plutôt Steve Jobs et Mark Zuckerberg que Bob Dylan et Robert Redford. La question que je me pose est de savoir comment ils parviendront à réunir ces deux univers – d’un côté leur passion pour la chose sociale et de l’autre leur maîtrise de la technologie et du commerce. Je sais d’expérience que le vrai changement suit un chemin semé d’embûches; que quiconque veut avoir une influence sur le monde de l’économie et de la finance doit posséder de bonnes compétences sociales, un esprit d’analyse, de la patience et diversifier son approche pour séduire et obtenir l’implication de ceux qui tirent les ficelles et conçoivent les systèmes de rémunération. Mais le rôle de la contestation est loin d’être mineur, et ce depuis toujours; demandez à Walmart, Nike ou Nestlé.

Le paradoxe des millénaires

J’ai vu Michael Bloomberg, le maire de New York, à la télévision le jour même où j’avais croisé les indignés de Wall Street. Il était au journal télévisé et commentait le mouvement de protestation qui faisait désormais la une des médias suite à l’arrestation de manifestants pour obstruction de la voie publique et à l’intervention jugée «particulièrement musclée» des forces de l’ordre. «Mais c’est où, Wall Street?» a tempêté le maire de New York, qui se posait en réalité deux questions: «Quel est leur problème?» et «pourquoi dans ma ville?» Michael Bloomberg a argué que Wall Street avait pris une dimension mondiale et que ce n’était donc pas à New York qu’il fallait protester, en tout cas à ses yeux. De son point de vue de milliardaire, il était un brin malvenu de contester des institutions dont nous avons besoin pour créer des emplois et renouer avec la prospérité. Michael Bloomberg fait généralement preuve d’astuce, mais dans le cas présent, il m’a donné le sentiment d’être à côté de la plaque. Le paradoxe de cette génération, quand on connaît ses idées, est le fait qu’elle témoigne une plus grande confiance que ses aînés dans les institutions. Reste à savoir quelles seront ses attentes à l’égard du monde de l’entreprise et de l’Etat. J’ai quitté Downtown avec un sentiment de confiance en l’avenir.

Judith Samuelson

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