Bilan

Faut-il miser sur l’or ou le bitcoin?

Les cryptomonnaies et le métal jaune s’imposent comme les solutions reines pour l’investisseur en quête d’actifs décorrélés. Aperçu de leurs vertus et limites.

  • Le bitcoin et l’or offrent tous deux l’avantage d’être décorrélés du marché des actions.

    Crédits: Gunay Mutlu/Brightstars/istock
  • Peter Schiff: «Les réglementations nous interdisent d’utiliser l’or comme monnaie.»

    Crédits: Bloomberg/Getty images

Avec le prolongement des taux négatifs, le monde de la gestion d’actifs se trouve en quête de placements attrayants. En effet, il existe de moins en moins d’autres choix intéressants au marché des actions, car une bonne part de l’univers obligataire affiche des taux négatifs. Les analystes soulignent, par conséquent, les mérites de l’or et des cryptomonnaies. Aucun des deux ne peuvent être créés à volonté par les banques centrales et sont disponibles en quantités limitées. Ce qui en fait un autre choix au système monétaire basé sur la dette. Tous deux sont «minés» à leur façon, décentralisés, universels, dépassent les frontières. Tous deux sont relativement décorrélés du marché des actions. Mais lequel faut-il préférer, l’or ou le bitcoin? Tour d’horizon.

Avantage: or

On l’aura remarqué, l’or est moins volatil que les cryptomonnaies. En 2017, le bitcoin était environ 15 fois plus volatil que l’or, selon le rapport d’ingoldwetrust.com et d’Incrementum, intitulé «Gold in the age of eroding trust». En outre, l’or est bien plus liquide. En moyenne, 2,5 milliards de dollars de bitcoins sont échangés chaque jour, ce qui équivaut à 1% du marché de l’or, dont le volume quotidien s’élève à 250 milliards.

Ensuite, l’or ne dépend pas d’un réseau. S’il faut régler un bien avec une pièce d’or, la transaction peut se faire en toute simplicité, sur place. Ce n’est pas le cas pour le bitcoin, dont les transactions passent par internet, nécessitent de l’électricité, une connexion, et peuvent prendre quelques heures. L’or est, en somme, du bitcoin sans électricité.

Les amateurs de métal jaune sont en général sceptiques vis-à-vis du bitcoin. «La seule raison pour l’existence des cryptomonnaies est que les réglementations nous interdisent d’utiliser l’or comme monnaie», estime ainsi l’économiste américain Peter Schiff, fondateur d’Euro Pacific Capital.

Avantage: cryptomonnaies

Le bitcoin a pour lui l’attrait des jeunes générations, qui n’ont pas le même rapport au métal précieux que les générations précédentes. La cryptomonnaie est l’or digital des 20-30 ans, avec l’option de paiement en plus. Leur intérêt pour les cryptomonnaies est leur manière d’exprimer leur manque de confiance dans l’avenir du système des monnaies fiduciaires et leur incertitude quant à sa survie, estime Mark Valek, analyste chez ingoldwetrust.com, coauteur du rapport précité. Les jeunes générations voient dans le bitcoin une sorte de bas de laine pour leurs vieux jours, attitude liée à leur perte de confiance dans le «contrat social», selon Mark Valek.

Le bitcoin sera également préféré par tous ceux qu’attire l’innovation phénoménale que représente la blockchain et qui jugent que le risque en vaut la chandelle. Nombre d’investisseurs sophistiqués considèrent l’or comme une «relique barbare» et contestent le fait même qu’il possède une réelle valeur intrinsèque. L’or est par ailleurs peu accessible à la plupart des gens en raison de ses coûts de transaction élevés et n’offre pas de dividende. Sans compter le risque, établi, de voir ses cours manipulés par les banques, ou même par les banques centrales, qui veulent préserver le monopole des monnaies nationales.

Cryptos gagées sur l’or: le meilleur des deux mondes?

Dans une récente interview, le spécialiste des marchés émergents Mark Mobius a estimé que le bitcoin devait être gagé sur l’or pour inspirer confiance. Les cryptomonnaies basées sur l’or, ou stablecoins, offrent en effet une double promesse: être supérieures à l’or en étant digitales, et supérieures au bitcoin en étant stables, c’est-à-dire en ayant leur contre-valeur en or.

Mais ces titres comportent aussi les risques des deux classes d’actifs. Comme les ETF basés sur l’or, les cryptomonnaies établies sur l’or présentent un risque de contrepartie. En effet, on ne peut pas les entreposer chez soi comme on le ferait avec de l’or physique: on doit faire confiance à une tierce partie qui nous les entrepose.

La principale cryptomonnaie basée sur l’or est le Digix Gold Token (DGX), basé sur l’ethereum, dont la capitalisation boursière ne dépasse pas 4 millions de dollars. Elle se traite à une décote par rapport à l’or et son rendement est très volatil comparé à celui de l’or physique. A noter que les cryptomonnaies basées sur l’or sont plus coûteuses et risquées que les ETF sur l’or et les fonds gérés basés sur l’or. Il s’y ajoute en effet des risques liés à la protection des clés privées, des dépenses en cas de faible sécurité de la blockchain, une incertitude réglementaire, un manque de liquidité, et une comptabilité non transparente pour l’or entreposé. On trouve aussi des cryptomonnaies basées sur de la monnaie fiduciaire telle que le franc suisse, sur des matières premières, ou sur des cryptomonnaies.

Et l’un, et l’autre

Certains ont choisi d’adopter les deux classes d’actifs: «L’or et le bitcoin sont deux stratégies aussi valables l’une que l’autre dans un environnement où la confiance s’effondre, assure Mark Valek. L’or est un métal physique éternel qui ne meurt pas, le bitcoin est un système conçu par l’homme, voilà une différence. Mais d’un point de vue de «monnaie forte», le bitcoin est même plus solide car il est une mesure de valeur intéressante, une technologie dont on est obligés de suivre le développement.» On pourrait penser que l’essor du bitcoin nuit à la demande pour l’or, mais il n’en est rien. Selon le rapport cité plus haut, la corrélation entre les rendements de l’or et ceux du bitcoin est faible, ce qui signifie que, mis ensemble dans un portefeuille, ils atténuent leurs risques respectifs.

Or et bitcoin pourraient recevoir une attention accrue de la part d’épargnants mécontents d’Europe. D’autant plus si les taux d’intérêt nominaux devaient devenir négatifs sur les comptes d’épargne, avant même de déduire l’inflation.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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