Bilan

Faut-il parier sur la Russie?

A Moscou, la bourse a connu un premier trimestre très prometteur. De nombreux facteurs plaident pour cette place.

Le marché russe est vraiment une bonne affaire», «La Russie est notre marché préféré»… Bon nombre de spécialistes n’hésitent plus à se déclarer très optimistes quant à l’avenir du marché russe. Les chiffres de ce début d’année leur donnent raison: la bourse russe a déjà pris quelque 25% sur les trois premiers mois de 2012. D’autant qu’«avec un ratio cours/bénéfice moyen de six fois, les actions russes sont nettement sous-évaluées», confirme Odeniyaz Dzhaparov, gérant de fonds senior auprès de DWS à Francfort. Forts de ces constatations, les analystes s’accordent sur une hausse supplémentaire cette année qui se situerait entre 15 et 20%. Les derniers mois de 2011 ne laissaient cependant rien augurer de bon. Les manifestations permanentes, les incertitudes politiques et une possible déstabilisation du pays avaient en effet ravivé les pires inquiétudes. Si bien qu’une bonne partie des investisseurs ont quitté le marché à l’entame de l’hiver, entraînant une correction sur les principaux indices russes. Mais le retour de Vladimir Poutine à la présidence, le 4 mars dernier, pour six ans a suffi à les rassurer. «Ils sont revenus plus rapidement que d’habitude et cela a permis d’enregistrer la hausse importante de ce début d’année», précise Jean-Gabriel Arqueros, directeur principal pour la clientèle russe auprès de Société Générale Private Banking. Sans compter que le président a fait de nombreuses promesses: davantage de libéralisation, lutte accrue contre la corruption et renforcement de la régulation afin d’améliorer la gouvernance d’entreprise, notamment au sein des sociétés d’Etat.

«Les choses ont déjà commencé à changer et les têtes à rouler dans certaines de ces sociétés. Mais d’autres réformes importantes vont devoir avoir lieu pour convaincre les investisseurs que le marché russe est arrivé à maturité», explique Aivaras Abromavicius, associé d’East Capital et membre de l’équipe de gestion, à Kiev. Parmi celles-ci, les spécialistes citent notamment la réforme de la régulation sur le versement des dividendes ou encore une importante mise à niveau de la protection juridique pour les investisseurs. Avant son intronisation, le 7 mai prochain, la composition du nouveau cabinet de Vladimir Poutine sera décisive. «Tout le monde espère un net rajeunissement avec un fort biais libéral», commente Aivaras Abromavicius. Autant d’évolutions qui visent à convaincre les investisseurs étrangers que le spectre de la terrible crise de 1998 s’est bel et bien définitivement éloigné.

A la merci d’un choc pétrolier

Aujourd’hui, l’économie russe a de quoi séduire: un bilan solide avec des réserves de devises qui s’élèvent à plus de 500 milliards de dollars, un niveau d’endettement très bas à 10% du PIB et des réserves de pétrole très importantes, dont l’exploitation rapporte près de 1,25 milliard de dollars par jour. Un potentiel immense qui ne pourra cependant se développer sans l’arrivée massive de capitaux étrangers et qui représente, en lui-même, la principale source de risque pour le pays. Au-delà du risque de contagion d’une crise économique et financière dans les pays développés, les analystes s’accordent à pointer le pétrole comme principal risque mettant la Russie à la merci d’un choc majeur. Le mot d’ordre du nouveau gouvernement sera donc de convaincre à tout prix à l’intérieur afin de maintenir la paix sociale et un climat des affaires favorable, ainsi qu’à l’extérieur afin de séduire les investisseurs étrangers. Et l’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce, entérinée à fin 2011, constitue un pas clair dans cette direction.

Les secteurs à privilégier

En termes de secteurs à privilégier, les spécialistes s’accordent sur les poids lourds des indices boursiers – énergie (pétrole et gaz), infrastructures et services publics – qui devraient bénéficier des programmes d’investissement d’Etat annoncés. Par ailleurs, l’émergence d’une classe moyenne a mis un sérieux coup de projecteur sur le secteur des biens et services de consommation. «Nous sommes positifs sur les banques, vu le faible endettement de la population et la hausse globale des revenus qui devraient favoriser le segment des hypothèques, notamment», illustre Aivaras Abromavicius, qui privilégie également les capitalisations moyennes: «C’est dans ce segment que l’on peut trouver les plus fortes croissances. Certaines mid caps ont vu leur volume d’activité doubler en un an, par exemple», renchérit-il. Egalement convaincu par ce trend lié à la consommation, Jean-Gabriel Arqueros cite aussi les sociétés de téléphonie et les grandes chaînes de distribution alimentaire. «En amont, nous croyons beaucoup au secteur des fertilisants. Nous sommes convaincus qu’une société comme Uralkali deviendra à terme un géant mondial», ajoute-t-il.

 

Les ventes aux enchères se poursuivent

Depuis 2009, la Fédération de Russie a récolté plus de 670 millions de francs en se séparant de quelque 1600 objets.

Aimez-vous les bonbons? Si vous souhaitez vous emparer de 26,58% des actions d’United Confectioners, préparez-vous à débourser plus de 300 millions de francs! Prévue le 29 mars prochain à Moscou, la vente du 14e plus important groupe mondial actif dans la confiserie est l’une des plus importantes ventes à venir. Ce géant de plus de 17 000 employés est leader sur son marché domestique, avec des marques célèbres comme Babaevsky, Rot Front ou Red October. En un peu plus de trois ans, la société en charge des enchères des biens de la Fédération de Russie a vendu plus de 1600 objets pour un montant total dépassant les 21,42 milliards de roubles (plus de 670 millions de francs). Autant dire que la vente à venir est significative. Le même jour, les investisseurs pourront également enchérir pour s’offrir 49% de la fabrique de cosmétiques de Svoboda, située à Moscou, et qui s’étale sur un site de 11,5 hectares. La mise à prix a été fixée à environ 49 millions de francs. [SG] Rens.: http://moscoow.auction-house.ru/en

Crédit photo: Alexei Druzhinn/Reuters

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