Bilan

Fribourg reste la meilleure des banques cantonales

Face au tsunami qui a fait boire la tasse à toute la finance mondiale, comment les banques cantonales(BC), les coopératives Raiffeisen et la banque régionale Valiant ont-elles résisté? Instituée depuis bientôt une dizaine d'années, l'étude de Bilan permet de passer au scanner ces établissements. Sans être un stress test au sens propre, la batterie de douze ratios calculés chaque année met en lumière la performance des banques qui, en principe, naviguent sur une mer tranquille, avec un horizon dégagé devant elles.Mais l'analyse montre aussi que l'orage gronde déjà autour de certains établissements et qu'il pourrait bien se transformer très rapidement en tempête. «Dans les états financiers publiés, on ne peut jamais se fier au bénéfice annoncé, car les instituts bancaires jouent avec des postes comme la dotation à la réserve pour risques bancaires généraux ou les «autres provisions» pour lisser leurs résultats. C'est pourquoi il est toujours préférable de considérer le résultat intermédiaire qui donne la véritable capacité opérationnelle de la banque», prévient Max Bömle, professeur honoraire des Universités de Lausanne et de Fribourg.En particulier les établissements très actifs dans la gestion de fortune et le négoce ont vu ces revenus décroître sensiblement en 2008. «Avec ces produits en baisse et des charges que l'on ne peut pas forcément réduire, la balance pourrait bien vite se déséquilibrer», fait encore remarquer le professeur Bömle.

LE CHIFFRE 5,03Moyenne généraleC’est la note globale moyenne pour l’ensemble des 26 banques. Un record en huit ans d’étude.

Le vaisseau amiral fribourgeoisConsidéré globalement, à l'aune des notes de Bilan, le bulletin météo des 26 banques étudiées reste encore radieux: elles sont restées sereines dans le maelström. Leur moyenne générale se situe d'ailleurs juste au-dessus de 5. Clairement, leur enracinement local et des activités fortement axées sur les opérations d'intérêts les ont prémunies d'excès internationaux et d'eldorados tournant au cauchemar. Pour la troisième année consécutive, le classement exclusif de Bilan couronne la BC de Fribourg (BCF). Alors que, l'an dernier, elle devait encore partager son titre avec les établissements d'Appenzell et d'Obwald, Albert Michel- directeur général et véritable commandant de bord du navire fribourgeois - est désormais sans rival. Avec une note moyenne de 5,92 sur un maximum de 6, la performance de la BCF frise l'excellence absolue. D'autant plus impressionnant dans l'environnement agité de 2008. Un exercice qui sacre l'établissement comme le vaisseau amiral des banques cantonales.Amélioration sur tous les ratiosBien sûr, la BCF profite de la réévaluation des charges de personnel: pour tenir compte de l'inflation (une dizaine de pour-cent depuis 2001) et surtout de la revalorisation des salaires dans le monde bancaire, les paliers de l'indicateur 7 (charges moyennes de personnel) ont été adaptés à la hausse. Néanmoins, il faut aussi souligner que, sur pratiquement tous les ratios calculés, l'institut fribourgeois améliore des résultats déjà à très haut niveau. Sa capacité opérationnelle a même encore crû de 10 millions tout en digérant 6,6 millions supplémentaires de correctifs de valeur.En fait, la BCF ne laisse nourrir d'un seul regret: le manque de transparence touchant la corporate governance. «Les informations publiées dans le rapport annuel sont plutôt maigres, pour ne pas dire indigentes», fustige le professeur Bömle. Cette réticence à fournir des informations est d'autant moins compréhensible que les chiffres sont brillants. L'absence de certaines données - pourtant régulièrement fournies dans la branche - fait un peu tache et jette une ombre sur la blancheur immaculée de l'équipage fribourgeois. Médaille d'argent, la BC de Schaffhouse (5,83) garde aussi brillamment le cap. En fait, c'est seulement parce qu'elle rémunère plus généreusement ses collaborateurs qu'elle a dû baisser pavillon devant la BCF. D'ailleurs ses coûts de personnel ont pris l'ascenseur, augmentant de presque 10% en un an. Cette progression est certainement en partie liée aux libéralités liées au jubilé de ses 125 ans. La nouvelle direction schaffhousoise a camouflé le recul de son résultat opérationnel (-11,5 millions) en réduisant d'autant la dotation pour les risques bancaires généraux.Des réalités différentesParées de bronze, les BC de Zoug et des Grisons (5,67) ne vivent pas tout à fait dans les mêmes eaux. La banque de Suisse centrale surfe toujours sur la vague des profits: son résultat intermédiaire augmente de plus de 11 millions. «Elle vient en outre d'accroître le dividende alloué à ses actionnaires, tout en reconnaissant au passage que leur rémunération était jusqu'ici insuffisante», signale le professeur Bömle. En revanche, dans le canton alpin, la houle lamine déjà l'opérationnel (-5 millions). La BC grisonne a vécu un exercice orageux avec une chute conséquente des revenus du négoce. Le résultat est toutefois lissé par une réduction des amortissements et une dotation beaucoup moins généreuse (de 104 à 58 millions de francs) de la réserve générale. Quatrième du classement (5,58), la BC schwytzoise camoufle de la même façon le début de tempête qui l'a affectée: le résultat opérationnel baisse de 36 millions de francs et l'on réduit d'autant la dotation à la réserve pour les risques bancaires généraux qui fond ainsi de plus de moitié! Dans le sextuor qui suit (AI, LU, NE, NW, OW et Valiant) avec l'excellente moyenne de 5,5, les capitaines ne suivent pas tous le même cap. Dans les trois demi-cantons concernés (Appenzell, Nidwald et Obwald), on maintient l'illusion d'une navigation sereine par le tour de passe-passe désormais habituel: le résultat opérationnel se contracte, mais le recul est lissé par une réduction similaire des dotations à la réserve générale. Chez Valiant, qui n'a pas coutume de réduire son résultat net par ce biais, l'érosion opérationnelle se répercute assez largement dans le bénéfice publié. En revanche, la BC de Lucerne préfère se prémunir face à un éventuel gros temps à venir: si son résultat intermédiaire baisse de 7,5 millions, c'est parce qu'elle a triplé le volume de ses provisions, pertes et autres correctifs de valeur. Tour de force neuchâtelois Enfin, il faut saluer d'un solide coup de trompe la BC neuchâteloise (BCN) qui, dans un environnement en cours de dégradation, réussit le tour de force d'améliorer de 15% sa performance opérationnelle.Les Argoviens (12e/5,42) cumulent un peu toutes les opérations pour garder le cap. Confrontés à l'effet de ciseaux de revenus en contraction et de charges de personnel en hausse, ils ont choisi de l'assumer au niveau du bénéfice net. Dans la foulée, la BC argovienne s'est donné de l'air pour l'avenir en injectant en provisions ou correctifs de valeur 37 millions financés par une dotation moindre à la réserve générale. Le cas valaisan (13e/5,33) est aussi plutôt particulier, comme souvent avec ce canton. La BCVs a réalisé le meilleur exercice de son histoire comme en atteste un résultat intermédiaire en haus- se de 7 millions. Mais elle a dû passer une provision extraordinaire de plus de 25 millions pour combler le découvert de sa caisse de pension. «Nous aurions voulu comptabiliser ce montant comme charge extraordinaire. Mais la FINMA a exigé l'application stricte des Directives d'établissement des comptes (DEC). Si bien que cette provision, pourtant unique et non récurrente, apparaît comme charge de personnel», commente le chef des finances, Martin Kuonen.La BCJ réduit la voilureParmi le quintette de banques de l'arc jurassien et de Suisse orientale qui naviguent autour du 5,2 de moyenne, la Banque Cantonale du Jura (BCJ) conserve pratiquement son potentiel opérationnel, mais réduit sensiblement la voilure de sa dotation à la réserve générale pour gonfler un peu son bénéfice net. Les instituts de Bâle-Ville et de Saint-Gall jouent parfaitement la transparence en répercutant dans leur bénéfice publié (BS: -108 millions, SG: -55 millions) la baisse de leur résultat intermédiaire.En revanche, les BC de Bâle-Campagne et de Thurgovie pratiquent la cosmétique usuelle: la diminution enregistrée sur l'opérationnel est gommée par une dotation moindre à la réserve pour risques bancaires généraux. De la part de l'établissement thurgovien, cela surprend presque un peu car il se montre d'ordinaire d'une transparence au-dessus de la moyenne. «Il est le seul à publier son budget pour l'année en cours. Un document que la FINMA vient, pour la première fois, de demander aux banques de lui soumettre», signale le professeur Bömle. «Cela fait partie de notre volonté de transparence et d'ouverture par rapport à nos clients: nous rendons publics nos objectifs de résultats, jusqu'au niveau du bénéfice brut, ainsi que nos choix stratégiques», confirmeHanspeter Herger. Pour le directeur général de la banque thurgovienne, une telle pratique peut permettre d'éviter des prises de risque exagérées. Au 19e rang, la Banque Cantonale Vaudoise (BCV) atteint encore la très honorable moyenne de 5,08 qui valait une place sur le podium lors du premier établissement du ranking de Bilan, en 2002! Mais le grain menace déjà. Malgré un important travail de réduction sur les coûts de personnel, la baisse conséquente des revenus subie par la BCV ampute le résultat opérationnel d'une centaine de millions. Dans la foulée, l'établissement a renoncé à toute dotation à la réserve pour risques bancaires généraux (140 millions en 2007). Malgré ces opérations, le bénéfice publié chute de 120 millions de francs, la faute à des produits extraordinaires qui ont baissé de plus de moitié (-153 millions). Visiblement, il y a déjà quelques turbulences.Bernois à contre-courantJuste en dessous du 5 (4,83), la Banque Cantonale Bernoise (BCBE) navigue à contre-courant de ses consoeurs: au contraire de la tendance générale qui vise à lisser le bénéfice publié quand la capacité opérationnelle varie, la BCBE affiche un résultat net en contraction de moitié (-122 millions) alors que son résultat intermédiaire est pratiquement stable. Une chute imputable à des revenus extraordinaires en forte régression. «Avec ses produits et ses charges extraordinaires, cet établissement pratique de façon particulièrement opaque. Il y fait figurer des éléments qui apparaissent sous d'autres rubriques chez leurs concurrents», critique Max Bömle. Avec un résultat tout juste à la moyenne, la BC de Zurich (BCZ) déçoit évidemment un peu. La banque a déjà traversé une période de gros temps en 2008: par rapport à l'exercice précédent, sa capacité opérationnelle a baissé de 380 millions de francs. Une chute répercutée dans le bénéfice net qui plonge à 503 millions. La remarque vaut aussi pour la Banque Cantonale de Genève (BCGE) qui se situe toujours au-dessous de la moyenne (3,67) et voit son résultat intermédiaire se contracter de 40 millions pour un bénéfice affiché en baisse de 10 millions. «Nous avons créé des provisions de correctifs de valeur pour quelque 25 millions, anticipant des efforts à faire sur des entreprises ou le négoce», commente le porte-parole de la banque. Pour Nicolas de Saussure, c'est plutôt les exercices 2006 et 2007, qui étaient atypiques, avec un volume nul de création de nouvelles provisions.Raiffeisen déçoitLa note globale insuffisante de Raiffeisen (3,68 aussi) déçoit également. Son directeur général Pierin Vincenz se défend en mentionnant que son groupe (350 banques coopératives autonomes avec 1150 points de vente) est certainement défavorisé par sa structure. Il estime aussi que le retour sur investissement alloué aux coopérateurs ne devrait pas se limiter aux 27 millions versés en cash (6% sur des parts à 200 francs). «Il faudrait intégrer les prestations en nature telles que le repas qui suit chaque assemblée générale ou les offres de vacances à prix réduit. Au total, ce sont 260 millions que nous ristournons à nos sociétaires.» Mais surtout, le patron des Raiffeisen insiste sur le fait que sa banque pratique une stratégie de croissance. A cette fin, elle a également investi de manière conséquente dans l'informatique. «Gagner des parts de marché a aussi un coût. En trois ans, nous avons ouvert 50 nouveaux guichets et engagé entre 400 et 500 employés par année», indique Pierin Vincenz qui juge son groupe très bien armé pour le futur.Depuis plusieurs années, la BC tessinoise inquiète. Même s'il reste toujours insuffisant (3,58), l'exercice 2008 marque toutefois un début de redressement: le résultat opérationnel s'améliore et l'établissement a fait un effort soutenu pour réduire ses effectifs visiblement pléthoriques. Reste tout de même que l'institut présidé par le conseiller national Fulvio Pelli n'a pas résisté à enjoliver encore un peu plus le tableau: la hausse de 2,4 millions du bénéfice net est complètement due à la suppression des 3 millions attribués en 2007 à la réserve pour risques bancaires généraux. L'enfer glaronaisEnfin, le cas glaronais se passe de tout commentaire. Il illustre une nouvelle version de la fable du boeuf et de la grenouille: en cherchant, en vain, à avaler une Banque Linth deux fois plus grande qu'elle, la Banque Cantonale de Glaris a explosé financièrement et elle en paie lourdement la facture... L'affaire illustre une fois de plus le péril encouru par les BC qui sortent de leur territoire de prédilection.

Une approche ciblée sur les données publiées et publiquesLa méthode choisie cible ce que l'investisseur ou l'actionnaire avisé peut tirer du rapport annuel.Rapport annuel Professeur honoraire d'économie, Max Boemle reste toujours l'un des observateurs les plus avisés de la scène des banques cantonales et régionales. Son approche est particulièrement pertinente pour l'investisseur lambda: il a toujours adopté le parti pris de limiter ses investigations aux informations distillées dans les rapports annuels et leurs annexes.Méthode Un certain nombre de données sont corrigées. Entre autres pour prendre en compte les différences de statut juridique et d'imposition fiscale entre BC. Mais aussi pour éliminer certains artifices comptables. C'est ainsi que le bénéfice réintègre la «réserve pour risques bancaires généraux». Idem pour ces «autres provisions» dont on se demande toujours ce qu'elles couvrent dès lors que tous les différents risques sont pris en charge individuellement.Depuis huit ans Bilan publie son propre ranking via douze indicateurs établis sur le modèle du professeur Boemle. De ce fait, certaines formules calculées ici peuvent diverger des ratios publiés dans les rapports annuels, même s'ils portent le même nom. Ces résultats sont notés de 6 (excellent) à 1 (nul). Enfin, pour tenir compte de l'évolution des salaires, l'échelle de notation de l'indicateur 7 a été revue à la hausse et élargie.

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