Bilan

Génuflexion face à Washington: plus de 10 milliards

Le traité de paix pour le Credit Suisse & Cie équivaut au coût des NLFA – La Confédération avance l’argent – Les États-Unis dictent la cadence de l’info.
Les libéraux-radicaux tirent à vue sur la ministre des Finances Eveline Widmer-Schlumpf, qu’ils accusent de trahir les intérêts du pays. Crédits: Keystone

Le Conseil fédéral a admis hier une des plus fortes amendes de l’histoire économique, donnant sur l'instant bien peu de détails.

Selon une source bernoise, la somme destinée à libérer la place financière de l’étreinte mortelle des autorités américaines se situerait entre 10 et 20 milliards. C’est bien plus que tous les pronostics. Le prix de l’indulgence atteint ainsi le niveau des Nouvelles transversales ferroviaires alpines (NLFA). Le projet du siècle des deux tunnels est devisé à une vingtaine de milliards.

La Confédération avance aux banques cette somme astronomique. Le gouvernement et le Parlement, soit les plus hauts représentants du pays, garantissent ainsi aux Américains la somme promise. Le déroulement des événements est orchestré outre-Atlantique. Les Américains décident quand l’officialité suisse sera informée de cet accord monstre.

Au terme de la séance du Conseil fédéral d’hier, on n’a pas eu les détails. Ceux-ci ne viendront qu’aujourd’hui, au terme d’une conférence de presse prévue en fin de matinée. Ce renvoi d’un jour est en relation avec les souhaits du Ministère américain de la justice. Celui-ci voulait fêter la génuflexion historique des Suisses selon son propre scénario.

"Une solution douloureuse"

La somme de 10 à 20 milliards, la garantie de son paiement par le contribuable suisse et le pilotage de l’information par Washington constituent de nouvelles dimensions qui défient la capacité d’imagination que nous avions jusqu’ici. Une amende de 15 milliards signifierait que chaque habitant de la Suisse, du bébé au vieillard, devrait avancer un montant de 2000 francs par tête. C’est plus que ce que la Confédération a fourni pour le sauvetage d’UBS en 2008. A l’époque, Berne a procuré à la grande banque 6 milliards de fonds propres.

Le profiteur, dans l’histoire, est la place financière. La société suisse libère les banques de la mouise à l’aide d’un chèque en blanc de plus de 10 milliards. Le deal et la communication sont orchestrés par la grande banque Credit Suisse. En tant que banque presque américaine, c’est elle qui profite le plus de l’armistice avec les Américains. Le président du CS Urs Rohner a fait mardi le boniment en faveur d’une acceptation de cet accord historique.

« Une solution douloureuse vaut mieux que pas de solution du tout », a-t-il dit. L’Association suisse des banquiers aurait assuré la promotion de l’accord pratiquement sur instruction du CS, dit notre source bernoise. Le lobby des banques tente de rendre l’accord plus digeste à l’aide de pilules adoucissantes. On promet aux collaborateurs concernés, dont les données atterriront aux Etats-Unis, une assistance juridique.

Ce sont des contre-feux. Pour l’essentiel, il en va bel et bien de la plus grosse somme que le citoyen suisse ait jamais eu à fournir à une industrie pour la protéger d’accusations venues de l’étranger. La dimension exceptionnelle de l’accord exige une information minutieuse du pays. Or, ce n’est pas prévu.

Lors de la conférence de presse d’aujourd’hui le Conseil fédéral ne dévoilera probablement que l’esquisse de l’accord. Le montant total de la somme que Berne avancera à la Paradeplatz, en particulier, pourrait rester secret. Puis il faudra foncer. Le gouvernement entend cravacher son accord fou dans les travées du Parlement.

Lors du débat sur les transversales alpines, il y eut de longs débats dans les deux Chambres et, finalement, c’est le peuple qui a décidé de ce projet milliardaire. Dans l’affaire fiscale avec les Etats-Unis, les dimensions sont analogues mais l’autorité exécutive suprême espère la faire passer en une seule session de trois semaines. Il y aura vraisemblablement des hurlements au Parlement mais, jusqu’ici, les représentants du peuple ont accepté toutes les génuflexions.

Il y a trois ans, l’aide de l’Etat à UBS a commencé par échouer en premier débat au Conseil national. Au second l’affaire s’est réglée à la Chambre du peuple avec la publication des noms de 4450 clients. Les libéraux-radicaux affichent une attitude boudeuse. Ils tirent à vue sur la ministre des Finances Eveline Widmer-Schlumpf, qu’ils accusent de trahir les intérêts du pays.

Le PLR en phase de rétrécissement et qui, jusqu’ici, n’a pas proposé de solutions d’avenir utilisables, a deux représentants au Conseil fédéral. Ces derniers ont approuvé l’accord d’Eveline Widmer-Schlumpf, tout comme le reste du gouvernement. Le PLR devrait donc finalement l’approuver lui aussi.

Si l’accord franchit l’étape du Parlement, les banques seraient les grands vainqueurs : elles ne devraient plus redouter de nouvelles attaques américaines. Dans un premier temps, l’argent nécessaire pour se racheter une conduite serait payé par toutes. Celles qui, ensuite, n’auraient plus assez de capital pour un remboursement recevraient de l’aide. C’est ça que Berne laisse entrevoir.

La facture élevée du bon vieux secret bancaire colle aux basques du citoyen.

 

Retrouvez l'article d'origine paru sur le site Insideparadeplatz ici.

Lukas Hässig

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."