Bilan

Gulnara Karimova dans le viseur de la justice suisse

Au firmament l'été dernier, Gulnara Karimova, fille du président ouzbek Islam Karimov, est désormais au plus bas: ses proches ont été placés sous surveillance et plusieurs pays européens enquêtent sur des activités. La Suisse a gelé ses avoirs.

Longtemps personnage-clef du régime ouzbek, Gulnara Karimova vit depuis quelques moi des temps troublés.

Crédits: Image: Sergei Ilnitsky/Keystone

Lutte de clans? Putsch déguisé? Opération mains propres? Gulnara Karimova est passée de numéro 2 putative du régime ouzbek à paria placée en résidence surveillée, ses proches arrêtés ou expulsés et son petit ami frappé. Le tout en moins d'un an. La fille du président de la république d'Asie centrale Islam Karimov brillait sous les feux des projecteurs tant en Asie qu'en Europe. Activités caritatives, rôle de représentante permanente de son pays auprès de l'ONU, mais aussi chanson: le destin de cette étoile d'Asie centrale surprenait.

Mais il se pourrait bien que l'astre n'ait été qu'une étoile filante. Dès l'été 2012, la banque genevoise Lombard Odier a alerté les autorités de surveillance de soupçons d'activités suspectes. Si la fille d'Islam Karimov n'est pas encore visée, l'enquête ouverte par le Ministère public de la Confédération vise rapidement certaines personnes avec qui elle est en affaires. Mais rien ne la relie alors à ces suspects. Et elle dispose d'un passeport diplomatique qui la met à l'abri de poursuites. Mais 800 millions de francs d'actifs sont gelés dans différentes banques, dont certains établissements genevois.

Désormais, c'est Googoosha (son nom de scène) qui est directement visée: le Ministère public de la Confédération a révélé cette semaine qu'une enquête était en cours depuis le 16 septembre au sujet de ses agissements. La justice fédérale voudrait entendre Gulnara Karimova au sujet du rôle qu'elle a pu jouer dans plusieurs affaires politico-financières. Au premier rang desquelles les potentiels pots-de-vin qu'aurait pu verser TeliaSonera, une entreprise suédoise de télécommunications qui a pénétré le marché de la téléphonie mobile ouzbek au milieu des années 2000. Selon le quotidien Le Temps, environ 500 millions de francs de cadeaux auraient été déposés sur des comptes bancaires suisses dans ce cadre.

Un raid des forces spéciales

Au fil du temps, et après les premières investigations suisses, d'autres pays (Norvège, Pays-Bas, Etats-Unis, France) déclenchent des informations judiciaires, qui impliquent également VimpelCom, un autre groupe de télécoms basé lui aux Pays-Bas mais coté à Wall Street. Des commissions rogatoires sont aussi lancées par la justice suisse dans une dizaine de pays. Dans un premier temps, l'Ouzbekistan nie toute implication de la fille du président en rejetant toute faute sur d'autres acteurs du dossier.

Mais tout semble changer à l'été 2013: Gulnara Karimova quitte son poste de représentante permanente de l'Ouzbekistan auprès de l'ONU à Genève, perdant de fait son passeport diplomatique et donc son immunité. Tandis que sa propriété de Cologny est laissée à l'abandon, la fille du président se réfugie dans son pays, dans une villa de Tachkent. Un réfuge qui ne dure guère: le 17 février dernier, les forces spéciales investissent les lieux, arrêtent plusieurs de ses proches, malmènent son petit ami et la star, selon le site d'information Uznews.net. Ce raid faisait suite à l'inculpation, quelques heures plus tôt, de l'ancienne héritière putative d'Islam Karimov, par le procureur général d'Ouzbékistan.

Dans le viseur des justices de nombreux pays occidentaux et désormais placée en résidence surveillée dans son propre pays (son compte Twitter très actif autrefois est désormais en sommeil), Gulnara Karomova doit regretter le temps où elle partageait le micro avec Gérard Depardieu ou rencontrait les diplomates et décideurs politiques et économiques à Genève.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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