Bilan

Henry Paulson craint une nouvelle crise financière

L'ancien secrétaire américain au Trésor et ex-CEO de Goldman Sachs, Henry M. Paulson n'exclut pas qu'une nouvelle crise financière vienne frapper l'économie mondiale.
  • L'ancien secrétaire au Trésor américain Henry Paulson craint une nouvelle crise financière qui pourrait toucher l'économie mondiale. Crédits: AFP
  • Selon lui, les réformes nécessaires n'ont pas été engagées ou n'ont pas été assez loin. Crédits: AFP
  • L'ancien patron de Goldman Sachs pointe aussi la situation toujours fragile des organismes de garantie des prêts hypothécaires Fannie Mae et Freddie Mac, pour lesquels le gouvernement fédéral américain a investi de grosses sommes. Crédits: AFP
  • Accusé d'avoir privilégié les intérêts des traders de Wall Street face à ceux des petits épargnants américains, Henry Paulson se défend et explique avoir mal communiqué. Crédits: AFP
  • Selon lui, les actions menées par le Trésor américain ont permis de sauver l'économie américaine et les dépôts des millions d'Américains, avant les intérêts de Wall Street. Crédits: AFP

Et si l'économie mondiale restait sous la menace imminente d'une nouvelle crise financière aussi grave (voire plus) que celle de 2008? C'est l'hypothèse évoquée par l'ancien secrétaire américain au Trésor, Henry M. Paulson, dans un entretien accordé au quotidien Financial Times. «Existe-t-il un risque d'une nouvelle crise financière? C'est la question qui résonne le plus en moi depuis mon départ du Trésor. Je crains que la réponse soit oui», explique celui qui fut collaborateur puis dirigeant de la banque d'investissement Goldman Sachs de 1974 à 2005.

La garantie des prêts pas assez soutenue

L'ancien ministre des Finances de George W. Bush avance trois raisons de craindre une répétition de la crise financière de 2008.

«Cinq ans après la crise, nous n'avons réalisé aucun réel progrès dans le soutien public aux organismes de garantie des prêts Fannie Mae et Freddie Mac», avance Henry «Hank» Paulson . Les deux organismes de garantie des prêts hypothécaires ont dû être nationalisés au cours de la crise financière, mais ils sont encore entre les mains de l’État.

«En raison des sommes engagées, il est politiquement difficile de les réduire à une taille qui faciliterait leur gestion», ajoute Henry Paulson. Aux Etats-Unis, 90% des prêts hypothécaires sont liés à des garanties gouvernementales.

La transparence oui, la taille non

La deuxième raison avancée par l'ancien patron de Goldman Sachs: «Nous n'avons pas progressé non plus dans le domaine des banques de l'ombre. Il faudrait faire bien plus pour régler les soucis des fonds de pension et obtenir plus de transparence dans les investissements des marchés financiers».

Enfin, Henry Paulson balaie la problématique "too big to fail": «Nous sommes encore en train de discuter de savoir si nous avons résolu ce dilemme. Or, ce phénomène "too big to fail" est un débat inacceptable et doit être écarté. La meilleure approche serait de réglementer davantage l'utilisation du capital, en renforçant les conditions d'utilisation et en minimiser les avantages pour les détenteurs de liquidités. Une réglementation stricte pourrait minimiser les risques de défaillance plus efficacement que la limite de taille et la vente forcée des banques qui ne peuvent plus gérer leurs risques».

Les «problèmes de communication» de 2008

En plein cœur de la crise de 2008, Henry Paulson avait décidé que la banque Lehman Brothers, extrêmement endettée, ne devrait pas être renflouée par le gouvernement. Il avait ensuite été l'un des acteurs majeurs du sauvetage du système bancaire aux États-Unis après l'effondrement de ce géant, non sans susciter d'importantes critiques sur sa politique.

Il avait notamment été accusé de faire primer les intérêts de Wall Street sur ​​ceux des citoyens américains. Dans le cadre de l'Economic Club de New York, Andrew Tisch, co-président de la holding Loews Corporation, avait demandé à Henry Paulson s'il agirait aujourd'hui différemment.

Ce dernier avait alors répondu que «presque toutes les erreurs étaient en réalité des problèmes de communication». Une explication qu'il avance régulièrement quand il est interrogé sur ses choix de directeur du Trésor.



Il affirmait alors être toujours déçu que le grand public n'ait pas compris que l'opération de sauvetage «n'était pas pour Wall Street , mais pour la population». Aujourd'hui, s'il reconnaît que «des progrès ont été réalisés, il reste un certain nombre de questions qui me préoccupent», déclare Henry Paulson au Financial Times.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Du même auteur:

Offshore, Consortium, paradis fiscal: des clefs pour comprendre
RUAG vend sa division Mechanical Engineering

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."