Bilan

Hongkong, le nouveau centre de la finance mondiale

Glencore, Prada. Deux noms de grandes sociétés européennes qui auraient pu se contenter de rester à domicile pour s’introduire en bourse, mais qui ont choisi de s’adresser aussi à l’Asie. Le géant du négoce de matières premières basé à Zoug et l’étoile de la mode milanaise iront faire coter leurs actions à Hongkong, en plus de Londres. Deux témoignages de marque pour la qualité de la métropole chinoise, et un indicateur supplémentaire de l’avance que celle-ci est en train de prendre sur son éternelle rivale, Singapour.

Officialisée l’an dernier, cette avance a été confirmée dans le dernier sondage annuel sur les grands centres financiers (Global Financial Centres Index – GFCI) publié en mars dernier par la City of London. Hongkong se voit confirmée dans sa troisième place globale derrière Londres et New York. Et dans le domaine des entrées en bourse (IPO), elle est désormais numéro un. Selon le Global IPO Update d’Ernst & Young de fin 2010, Hongkong était la place la plus utilisée pour des IPO l’an dernier, devant Shenzhen, New York et Shanghai. De quoi confirmer l’impression que l’Asie chinoise devient le nouveau centre névralgique de la planète financière.

La «Baie des parfums» encaisse les dividendes de sa situation privilégiée: celle d’une place financière reconnue depuis des décennies adossée au géant chinois en pleine affirmation de sa puissance. Cette situation favorise Hongkong sur Singapour. «La différence principale entre ces deux places, c’est la nature des affaires, témoigne Daniel Ghirardi, directeur de la banque genevoise Syz à Hongkong. Singapour a été très inspirée par la réplication du modèle suisse, ce qui a attiré bon nombre de banques privées. A Hongkong, beaucoup de sociétés aiment la stabilité et l’héritage juridique laissé par les Anglais. De plus, le marché des capitaux est beaucoup plus attrayant.» La fiscalité aussi, le taux d’imposition sur les revenus y étant de moitié moindre que dans la cité-Etat voisine.

Un rôle de pivot

Le dynamisme de la place hongkongaise sera assurément stimulé par l’arrivée de Glencore. La société ambitionne de lever jusqu’à 10 milliards de dollars américains en tout lors de son opération prévue en mai. Même si cette somme se partage entre deux places financières, la partie asiatique devrait être la plus importante jamais vue, relèvent les observateurs. En comparaison, Prada restera nettement plus modeste en ne visant que 1,2 milliard. Au-delà des opérations spectaculaires, Hongkong bénéficie d’un soutien toujours plus affirmé de Pékin. La capitale communiste lui a donné un solide coup de pouce en juin 2010, en élargissant les conditions des transactions financières dans sa propre monnaie. Désormais, Hongkong se profile comme le hub de l’internationalisation du renminbi chinois. Les montants demeurent encore modestes mais renforcent son rôle de pivot entre la Chine continentale et le monde extérieur. Un mouvement qui s’opère pour l’heure au détriment de Shanghai, sa concurrente de l’intérieur, toujours entravée par maintes restrictions.

Aimant à grands groupes

La première vague a été la multiplication d’émissions obligataires libellées en renminbis, surnommées «dim sum». «Il est plus facile pour une entreprise chinoise de lever des fonds par ce moyen qu’en sollicitant le système financier en République populaire. Celle-ci n’a pas les structures légales suffisantes pour permettre l’essor de la banque d’affaires», explique un banquier d’investissement. Les émetteurs sont même prêts à payer des rendements très élevés, jusqu’à 9%, pour lever des capitaux libellés en renminbis.

Ce nouveau marché attire même des entreprises étrangères. Fin mars, Unilever a levé près de 3 milliards de renminbis (422 millions de francs). Le géant néerlandais suivait les traces des américaines Caterpillar et McDonald’s. Après ces premiers succès, le gouvernent central pousse l’expérience aux introductions en bourse libellées dans sa monnaie. Le poisson-pilote sera le magnat Li Ka-shing, qui veut lever 10 à 12 milliards de renminbis en vendant 40% du capital d’une société immobilière basée dans la capitale chinoise.

«the place to be»

Attirés par de telles possibilités d’investissement, les dépôts en renminbis ont quadruplé depuis l’été dernier pour atteindre 370 milliards (52 milliards de francs) à la fin janvier au lieu de 89,7 milliards à la fin juin 2010. Ils représentent plus d’un dixième des avoirs libellés en monnaies étrangères, selon l’autorité monétaire de Hongkong. «Hongkong pourrait profiter encore longtemps de sa situation. C’est vraiment the place to be», se réjouit Daniel Ghirardi. Un banquier d’affaires, revenu en Occident après quelques années, note même «un déplacement de la dynamique des affaires de Londres vers Hongkong. Lorsque l’on retourne en Europe, voire aux Etats-Unis, on retrouve un rythme de travail plus lent.»

 

 

 

 

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