Bilan

Investissez dans la finance durable!

Les placements responsables offrent un bon rendement tout en participant à la diminution de l’empreinte écologique. Mais ils manquent parfois de clarté.
  • Les énergies renouvelables, et notamment le solaire, sont dignes d’intérêt. Crédits: Christian Beutler/Keystone
  • Pour Marion Swoboda (Swisscanto), un produit vert rapporte autant qu’un produit classique. Crédits: Michael Kessler/profifoto.ch
  • Natacha Guerdat (Conser Invest) rappelle que la performance dépend de la qualité du gérant. Crédits: Dr
  • Le fonds géré par Roberto Cominotto (JB Energy Transition) mise sur l’éolien et le solaire. Crédits: Dr

Pas loin de cinquante milliards de francs sont gérés en Suisse selon des critères durables. Et ce type de placement ne cesse d’augmenter. Dans ce domaine, notre pays constitue d’ailleurs l’un des leaders mondiaux, avec un volume souscrit qui se situe parmi les plus élevés à l’échelon international.

«Selon une étude de Sustainable Investment Forum, à la fin de 2010, le marché suisse de l’investissement vert représentait déjà quelque 42 milliards de francs; 57% de ce montant sont détenus par des investisseurs individuels», confirme Bertrand Gacon, head of SRI and impact investing chez Lombard Odier.

Au fil du temps, la finance responsable passe par des périodes où elle est très en vogue et d’autres où elle semble prendre du retrait. Parmi les professionnels, il y a ceux qui y croient et ceux qui n’y voient pas d’intérêt. L’activité a notamment été négligée par les banques, très concentrées sur les stratégies liées à l’argent propre. Car les investissements socialement responsables (ISR) manquent parfois de clarté.

Comme il n’existe actuellement aucune certification commune pour ces fonds en Suisse, il peut être difficile d’évaluer la prise en compte des critères d’analyse environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).

Le débat sur une possible labélisation a déjà fait couler beaucoup d’encre. Les avis divergent sur la création d’un label helvétique du type Max Havelaar reconnu par toute l’industrie de l’ISR. Ainsi, les interprétations sur l’application des variables ESG varient selon les acteurs financiers. Dur donc de s’y retrouver…

Pourtant, le secteur reste digne d’intérêt. Il s’agit avant tout de comprendre dans quoi on investit et quelle en est la finalité. Choisir le durable, c’est placer ses avoirs dans une petite ou grande capitalisation boursière ou un projet qui respecte un certain nombre de règles. Petit guide pour acheter des produits soucieux de préserver la planète.

Les produits ISR

«La réduction de la consommation de ressources naturelles est au centre de notre approche de gestion», explique Marion Swoboda, responsable de la recherche durable pour Swisscanto.

Il est vrai qu’avec la prise de conscience des changements climatiques, les politiques environnementales et sociales de long terme suscitent l’intérêt de l’investisseur. Ainsi, de nombreuses sociétés les ont intégrées dans leur fonctionnement: exploitation des énergies alternatives pour diminuer les émissions de CO₂, développement des technologies pour rendre l’eau potable, réduction des coûts de la santé et éradication de certaines maladies.

«Les entreprises sélectionnées sont qualifiées de responsables car elles ont anticipé les défis du futur. Dans un contexte où les enjeux sociaux, environnementaux et de gouvernance prennent une importance croissante, elles bénéficient d’avantages compétitifs par rapport à d’autres», confie Natacha Guerdat, cofondatrice de Conser Invest et de Sustainable Finance Geneva.

Les thématiques ISR sont multiples et les fonds dédiés légion. Ces derniers investissent dans des firmes leaders et innovantes, qui saisissent les grands enjeux du XXIe siècle. Certains produits financiers privilégient des thématiques comme les énergies alternatives, le solaire, l’éolien, ou plus simplement l’eau. Ils recherchent les entreprises qui contribuent le plus à réduire l’empreinte écologique.

D’autres garantissent de ne pas faire de profit avec certaines activités, comme l’industrie de l’armement, le génie génétique ou l’énergie nucléaire. Ou encore, il peut s’agir de s’orienter sur les marchés émergents, plus précisément sur des sociétés qui développent la durabilité. Dans ce cas, les thèmes de l’approvisionnement énergétique, de l’eau, de l’agriculture sont dominants. L’accès aux soins de santé et l’éducation reviennent aussi souvent.

Les fonds de placement durable se distinguent donc par le fait qu’ils s’appuient sur une analyse des critères ESG. Cette approche est donc plutôt centrée sur un horizon de long terme. Un aspect très important dans le choix d’investissement: l’ISR n’est pas idéal pour ceux qui désirent des rendements de court terme.

En outre, dans la finance responsable, les dénominations sont multiples sur le marché, ce qui brouille la compréhension. Si certains gérants ont une approche ISR – soit avec une analyse professionnelle des critères ESG – d’autres maintiennent une approche environnementale mais n’appliquent pas le processus ISR. Leurs fonds ne mentionnent donc pas ces quelques lettres. Au final, il ne faut pas s’arrêter à la dénomination mais aller au-delà et comprendre la démarche du gérant. 

Les performances

«Depuis son lancement en 1998, le fonds Green Invest a généré une performance de 26,9%. Sur 2012, il a atteint 9,9% contre 13,4% pour le MSCI World sur la même période. Depuis le début de cette année, elle s’élève à 17,3%», observe encore Marion Swoboda. La spécialiste remarque encore que sur le long terme (plus de cinq ans) les rendements financiers des placements durables de sa société sont équivalents à ceux des indices MSCI.

Ainsi, selon elle, la preuve est faite. Oui, un produit vert peut rapporter autant qu’un produit classique. Comme pour tout placement collectif, la performance dépend avant tout de la qualité du gérant et de sa stratégie. Les résultats varient sur une large échelle, avec des paris gagnants et des approches plus décevantes. «Durable ou non, un investissement doit être sélectionné avec diligence. Sa performance dépend toujours du style de gestion.

Il s’agit de se renseigner sur les objectifs visés, l’équipe en place, la composition ainsi que sur l’impact final. C’est l’ensemble de ces critères qui permet la construction d’un portefeuille performant», explique Natacha Guerdat, cofondatrice de Conser Invest.

Le secteur recouvre en fait plusieurs approches très différentes. La première, l’exclusion, enlève de l’univers de placement un domaine en raison d’une non-conformité à certaines valeurs (armement, pornographie, tabac, OGM…).

Selon différentes études sur les performances, il ressort que cette approche entraîne généralement un moins bon résultat, car elle restreint énormément le champ des possibilités. Plus l’univers de placement est réduit, plus le gérant a la tâche difficile, car il détient moins de latitude pour choisir des titres.

La deuxième approche, appelée «le meilleur de la classe» (best in class), recherche les top leaders en matière environnementale, sociale et de gouvernance. L’engagement met l’accent sur l’activisme des actionnaires et l’exercice systématique de leurs droits en vue d’améliorer les questions de responsabilité. «Best in class» amène en principe une performance en ligne avec des véhicules de placement classiques.

Les marchés ont déjà intégré l’information que ces capitalisations qui se distinguent dans la dimension ESG constituent de très bons actifs, voire les meilleurs, sur le long terme.

De son côté, l’engagement génère en moyenne une légère surperformance par rapport aux placements conventionnels. «En effet, les fonds d’engagement vont se focaliser sur des entreprises dont les pratiques ESG doivent être améliorées, et œuvrer pour les faire progresser dans ce secteur. En cas de réussite, les sociétés vont améliorer leur score ESG, et donc également leur valeur boursière, offrant un gain aux détenteurs de ces titres», confie Bertrand Gacon.

Enfin, il existe aussi une approche d’impact sur l’investissement qui mise sur des thématiques précises. Comme les énergies renouvelables, dignes d’intérêt. Pour la première fois en deux ans, Swiss & Global Asset Management a augmenté son exposition à l’industrie solaire et, pour la première fois en quatre ans, ses analystes sont plus positifs sur le marché éolien.

La demande s’affiche plus forte et en expansion, entraînée par la Chine, le Japon et les Etats-Unis. «On constate à nouveau une croissance attractive. Il faut cependant rester très sélectif et privilégier les niches du marché, soit celles où il n’y a pas trop de concurrence. Par exemple, les sociétés qui développent des projets en lien avec l’énergie solaire ou éolienne.

Nous avons notamment sélectionné SunEdison, SolarCity, Wacker Chemie, GLC», explique Roberto Cominotto, gérant du fonds JB Energy Transition. Une autre idée avant d’acheter est de sélectionner des titres qui profitent de manière indirecte des énergies renouvelables. Les industries solaire et éolienne ont traversé une grande crise en 2012.

Elles ont beaucoup évolué avec l’arrivée en force des concurrents chinois, très compétitifs. Cet excès d’offre a entraîné une forte chute des prix, notamment chez les producteurs de modules solaires, victimes d’une surcapacité. «Ces deux énergies propres ont connu pas mal de déconvenues ces dernières années.

Il faut donc rester vigilant dans le choix des entreprises, et peut-être même attendre un peu une reprise pour investir dans le solaire et l’éolien», observe Natacha Guerdat, également blogueuse sur bilan.ch.

Une autre grande thématique est l’agriculture. Nourrir la planète dans le futur constitue l’un des défis majeurs de l’humanité. Parmi les idées de placement, il peut s’agir d’urbanisation, de fertilisants, de démographie, d’arrosage. Par exemple, le fonds agriculture de Robecco a sélectionné des sociétés comme CF Industries Holdings, Bunge, Mosaic, Agrium ou encore Caterpillar.

Une fois encore, la sélection est prioritaire. «Dans le choix d’un fonds lié au thème de l’agriculture, il faut comprendre quel est son champ d’action. Le thème est certes durable, mais les sociétés qui travaillent dans ce secteur ne le sont pas nécessairement.

Par exemple, on pourrait y retrouver du Monsanto ou une autre entreprise controversée selon les choix du gérant. Il faut évaluer les sous-jacents du produit et prendre ses décisions d’investissement en connaissance de cause», observe Natacha Guerdat.

Si l’on choisit d’axer sa priorité sur la démographie et la santé, il existe toute une série d’entreprises qui bénéficient du vieillissement de la population. Elles peuvent par exemple proposer des services dédiés aux seniors, d’EMS. Ainsi, l’IFP Global Age Fund investit à près de 60% dans les soins pour la santé.

Ensuite, il met l’accent sur les services financiers et la consommation discrétionnaire. Ses principales positions sont Novo Nordisk, Allergan, UnitedHealth Group, Coloplast, Swiss Life Holding. Depuis le début de l’année, il a réalisé une performance absolue de 11,5% à la fin juillet 2013.

L’immobilier tendance verte est également un thème porteur, puisque le secteur constitue le plus gros émetteur de gaz à effet de serre de la planète. Tous les immeubles ont un rating environnemental. Cet élément est utilisé en cas de rénovations et pour les achats et ventes de biens. En Suisse, on tend vers une labellisation Minergie du parc.

Le secteur de la construction et des infrastructures propose des projets dans le domaine des énergies, du transport, des bâtiments publics – comme les hôpitaux, les EMS ou les écoles dans lesquels on peut placer ses deniers de manière directe.

Plus accessible pour des institutionnels, ce type d’actif pourrait se développer à moyen terme. A titre d’illustration, on retrouve des entreprises comme Simon Property Group, Boston Properties, Mitsubishi Estate, Mitsui Fudosan ou encore Digital Realty Trust dans le fonds Sarasin Real estate.

Dernière grande thématique: l’eau. Les «water funds» sont multiples et génèrent de belles performances. Les sociétés actives dans l’approvisionnement et le traitement de l’eau, ou les technologies de distribution ou encore l’énergie hydraulique, constituent les grands axes des fonds investis dans l’eau..

Le Equity Fund Water de Swisscanto détient une part de 57% dans le domaine de l’approvisionnement en eau. La société brésilienne SABESP constitue la plus grande du domaine. Quelque 26% sont alloués à la protection de l’eau (Siska AG, Eurofins SA). Dans l’univers durable, même un élément comme l’eau peut se transformer en pépite de valeur.

Notons enfin que certaines recherches ont établi une dépendance des investissements responsables avec les phases du cycle des marchés. Il semblerait qu’ils sous-performent en moyenne en phase de croissance des marchés et, à l’inverse, surperforment en phase décroissante. Avec une meilleure gestion des risques environnementaux et sociaux, les firmes résistent mieux en cas de crise.

«D’une manière générale, il est souvent nécessaire, et opportun, de combiner ces différentes approches pour construire un portefeuille qui réponde au mieux aux attentes des clients», relève encore Bertrand Gacon. Certains gérants ont pris le parti de mêler différentes stratégies, justement pour éviter que leur ensemble de possibilités ne soit trop limité et les empêche de bien choisir.

Patricia Meunier

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