Bilan

Jacob Safra mise sur la place financière suisse

Le banquier a racheté Sarasin l’an dernier. A la tête avec sa famille d’un groupe qui gère 200 milliards de dollars, il regarde l’avenir avec sérénité.
  • Le très discret Jacob Safra s’est installé dans la Cité de Calvin il y a huit ans. Crédits: Thierry Parel
  • Ilan Hayim (ex-HSBC et BSI), est le nouveau vice-président du conseil de J. Safra Sarasin. Crédits: Thierry Parel

Comme si la boucle se bouclait, un membre de la famille Safra est de retour en Suisse  dans le domaine bancaire, quatorze ans après la vente de la Republic National Bank of New York par Edmond. Le groupe Safra finalise la reprise du bâlois Sarasin. Annoncée il y a un an, cette acquisition a fait du bruit. Un fleuron de la banque suisse qui passe en mains d’une famille brésilienne, ce n’est pas commun. Et quand en plus il s’agit d’un Safra, cela agite l’establishment helvétique peu habitué à voir un représentant des BRIC prendre autant de place.

«Au Brésil, Banco Safra dirigé par mes deux frères Alberto et David est l’un des établissements les plus importants du pays, noté AAA», explique Jacob Safra qui nous reçoit pour un entretien exclusif. Il n’a jamais parlé à la presse suisse et la famille reste en général d’une totale discrétion. Après avoir commencé sa carrière bancaire au sein du groupe familial, le Brésilien de 38 ans s’est fait sa place patiemment.

Récemment, la banque Sarasin et son CEO Joachim Straehle ont convenu qu’un «changement de leadership était approprié à cette étape du processus d’intégration». Un phénomène classique et propre à toutes les fusions. Pourtant, la presse alémanique et romande a abondamment commenté cette actualité et parfois plutôt durement. 

Quand nous le rencontrons, Jacob Safra cherche à optimiser sa banque. «Lorsque nous avons voulu reprendre Sarasin, nous avions analysé bon nombre de dossiers de banques suisses. Cet examen nous a permis d’identifier l’établissement qui répondait au plus près de nos forces conjointes et aux défis de la place financière.» Car la famille est persuadée du potentiel de la Suisse pour une banque si celle-ci est bien gérée et surtout si ses clients sont en conformité avec la réglementation de leur pays. «Seule une banque compliant à ce niveau-là est clairement durable.»

Pour ce dernier, qui se déclare «toujours en position d’acquéreur», «il y aura désormais davantage de rachats partiels de banques qui font sens avec la stratégie de l’acquéreur plutôt que d’établissements entiers comme cela fut notre cas avec Sarasin à l’époque. Il est extrêmement rare d’être dans une situation de complémentarité parfaite, avec une si faible redondance». 

Jacob est le fils de Joseph, un des frères d’Edmond qui avait créé la Republic National Bank avant de la vendre à HSBC. La partie brésilienne de la famille a décidé de poser un premier pied en Suisse à travers le rachat d’une toute petite entité à Zurich. L’établissement porte alors l’initiale du prénom du père de Joseph et d’Edmond, et se trouve être aussi celui du petit-fils établi à Genève, Jacob.

«Nous pensons qu’il existe un potentiel formidable en Suisse avec des clients locaux, du Moyen-Orient et d’autres parties dynamiques du monde comme l’Amérique latine et l’Asie, poursuit Jacob. Les pays du BRIC ont beaucoup d’intérêt à placer leur argent ici.» Au moment où personne ne prendrait le risque de placer son épargne en Russie et en Chine et quand les Etats-Unis et l’Europe sont trop compliqués, la Suisse, par sa stabilité et son expertise, est une alternative attractive.

Ilan Hayim, nouveau vice-président du conseil de J. Safra Sarasin, qui vient de rejoindre la banque, «c’est passionnant de voir un banquier comme Jacob Safra croire dans la place financière suisse à l’un de ses tournants. La forte présence de Safra en Amérique latine et en Europe renforce l’empreinte internationale de Sarasin et en fait un atout considérable.» 

La famille Safra possède également une banque à New York, la Safra National Bank. Au final, la famille, qui détient 100%, des établissements qu’elle possède, gère plus de 200 milliards de dollars sous la supervision de Joseph. En Suisse, cela en fait l’un des plus importants groupes bancaires du pays. J. Safra Sarasin emploie environ 1300 collaborateurs en Suisse, 500 en Europe, 250 en Asie et 100 dans le reste du monde.

«Le rapprochement des deux établissements est gage de stabilité pour l’avenir et nous comptons à terme renforcer les effectifs, ajoute Ilan Hayim. C’est dire si les synergies sont fortes entre les deux entités.» La nomination récente d’un nouveau CEO (Edmond Michaan) n’entache pas le poids important de Sarasin dans l’ensemble puisque six membres de la direction collégiale sur dix sont issus des rangs du banquier bâlois, dont Eric Sarasin qui devient adjoint du nouveau CEO.

La banque affiche 3,4 milliards de fonds propres et passe pour une vraie caisse d’épargne tellement elle est dotée en capital. «Notre réputation s’est notamment construite sur notre solidité financière et notre actionnariat unique.» Le groupe possède 13 milliards de fonds propres. Il est constitué de trois entités complètement séparées au Brésil, en Suisse et à New York et compte au total 7700 collaborateurs. Forbes classe la famille 46e dans sa liste des plus riches de la planète. 

Surtout, le banquier met en avant l’importance d’une gestion efficace. «Une banque de gestion de fortune doit prioritairement répondre aux attentes de ses clients et à la satisfaction de ses collaborateurs afin d’atteindre la performance visée.» A Genève, la banque va concentrer ses activités entre son adresse de la rue du Rhône et celle située quai de l’Ile.

Côté vision d’investissement, Jacob Safra entend capitaliser sur la gestion de fortune institutionnelle et privée, et la tradition d’investissement durable de Sarasin. Il se définit comme un banquier traditionnel avec une vision conservatrice appréciant travailler avec des équipes
de qualité. Il faudra dorénavant compter avec lui. 

Stéphane Benoit-Godet

<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

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Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

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