Bilan

Junior bonds: Gagner 9,5%, pari attrayant mais risqué

Très prisées actuellement, les obligations subordonnées doivent être considérées comme un produit spéculatif.

Un placement qui a beaucoup de succès à l’heure actuelle: les junior bonds, ou obligations subordonnées, en particulier celles des banques européennes. Leurs avantages? Des coupons très élevés par rapport à tout ce qu’on peut espérer dans l’obligataire. Leurs inconvénients? C’est un placement qui doit clairement être considéré comme spéculatif. Tour d’horizon.

Qu’est-ce qu’un junior bond?

Junior est le terme qui s’oppose à senior, dans la classification de la dette de sociétés. En cas de liquidation ou de restructuration d’un établissement financier, la dette senior est toujours remboursée en premier, tandis que les junior bonds lui sont subordonnés. La dette junior est remboursée, à son tour, avant les actions. Ce sont les banques et les assurances qui ont principalement recours à ce type de financement.

Pourquoi est-ce qu’on en parle maintenant?

Ces derniers trimestres, de nombreuses banques européennes et américaines ont émis ce type d’obligations, car elles doivent améliorer leur ratio de fonds propres (Tier 1), et ces junior bonds peuvent compter comme fonds propres. «C’est la catégorie d’obligations qu’on traite le plus actuellement», confie Michael Conway, directeur général du courtier obligataire genevois Valcourt. Ces banques ont massivement racheté leur propre dette. «On estime que 20% de la dette subordonnée bancaire européenne a été rachetée ce premier trimestre par les banques elles-mêmes», selon Michael Conway. Ces rachats n’existaient pas il y a quelques mois. Des obligations émises à 100% s’étaient retrouvées à 60% de leur valeur initiale. Dès lors, les banques ont proposé aux investisseurs de les racheter à un prix supérieur à celui du marché. «On a vu des primes de 5 à 10%, suffisamment intéressantes pour que les investisseurs acceptent de vendre», observe le directeur de Valcourt.

Quels gains l’investisseur peut-il tirer de ces opérations?

Il peut acheter ces obligations à 50% de leur valeur initiale et bénéficier de la possibilité de les revendre à 65% à la banque émettrice. Attention: «Celui qui a acheté une dette de ce type avant 2008 n’aura pas gagné de l’argent sur son investissement depuis cinq ans. Mais celui qui a acheté une dette junior le 1er  janvier de cette année et l’a revendue le 1er  mars a fait une très bonne performance», explique Michael Conway. Outre cette opportunité, l’investisseur peut conserver l’obligation en portefeuille afin de toucher le coupon, souvent très élevé. Royal Bank of Scotland a par exemple émis des obligations subordonnées à 10 ans avec un coupon de 9,5% en mars, notées BBB- (notation qui n’en fait pas officiellement un papier spéculatif). Attrayant.

Quels sont les risques?

Le risque, pour l’investisseur, c’est que le coupon cesse d’être versé quelque temps. Ce fut le cas avec la Banque Lloyds, qui a été étatisée, et le coupon n’a pas été payé durant deux ans. Le gouvernement anglais était d’accord d’honorer les coupons et paiements des dettes seniors, mais non d’utiliser l’argent des contribuables pour payer les coupons des dettes subordonnées. Toutefois, si les obligations subordonnées sont «cumulatives», une clause oblige la banque à repayer les coupons en retard aux investisseurs avant de verser un dividende. Si elles sont «non cumulatives», les coupons seront perdus. Dès lors, les coupons sont moins attrayants pour les cumulatives, puisque leur risque est moindre. «C’est du high yield et je m’en méfie, répond Daniel Varela, chef des investissements à la Banque Piguet Galland. Si les recapitalisations se passent bien, ces obligations seront honorées. Mais dans le cas des banques européennes, la probabilité reste élevée de voir ces dettes subordonnées converties de force en fonds propres par les gouvernements, d’autant que ces derniers ont moins de latitude qu’en 2008 pour aider les banques.»

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Crédit photo: Ben Stansall/AFP

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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