Bilan

Karel de la Renaudière: «Il n’y a pas de morale dans ce milieu»

Le directeur d’une banque internationale publie un premier roman où il critique les jeunes loups de la haute finance. Rencontre.
Crédits: Dr

Beau, jeune et talentueux. Jean, le personnage principal du roman de Karel de la Renaudière, lui ressemble un peu. Le banquier s’est d’ailleurs inspiré de son propre parcours pour écrire Zalbac Brothers, reflet du monde cruel de la haute finance et de ses banques d’affaires.

A 38  ans, l’auteur a déjà travaillé pour le polémiste Jean-Edern Hallier, lancé une start-up dans les nouvelles technologies et une société de conseil en fusions et acquisitions, avant d’intégrer une banque dans le domaine de la finance d’entreprise puis dans le corporate banking à Genève.

Rédigée au départ sous forme de scénario, la trame raconte la guerre des cols blancs de Manhattan. On y retrouve des clins d’œil au Parrain de Coppola et aux deux Wall Street d’Oliver Stone. Et l’auteur n’a pas oublié d’inclure une belle histoire d’amour sur fond de violon.

Quels sont les points communs entre Jean, le héros du livre, et vous-même?

J’ai connu, comme Jean, une certaine ascension dans le monde de la finance, puis la chute. Un autre point commun que nous partageons, c’est la soupape. Lui, c’est le violon, moi l’écriture.

Vous écrivez sous un nom de plume, pourquoi?

Puisque je travaille dans une banque, je ne voulais pas tout mélanger. C’était donc plus simple de prendre un nom d’emprunt.

Avec tout ce qui se passe dans le milieu bancaire en Suisse, l’écriture, c’est une sortie de secours?

(Rires.) Il faudrait vendre beaucoup de livres pour obtenir les mêmes revenus que dans la banque. Toutefois, je suis optimiste. Nous avons tiré 10 000 exemplaires. Pour un premier livre, c’est énorme.

Votre objectif était-il plutôt de faire la critique du système financier ou de raconter une histoire d’amour avec en fond de décor les grandes banques d’affaires américaines?

Je n’ai rien voulu dénoncer dans mon livre, j’ai juste cherché à raconter une histoire inspirée de mon vécu. Il y a certes une histoire d’amour, mais elle est là pour adoucir le monde impitoyable de la haute finance décrit dans le roman. 

Vous décrivez dans votre livre un monde violent, sans éthique, où l’appât du gain est la priorité absolue. Est-ce la réalité?

Les personnes qui ont lu mon livre et qui travaillent à Wall Street m’ont dit que j’ai été très «soft» et que, en réalité, le milieu que je décris est beaucoup plus brutal. Par contre, ce monde de la débauche, cocaïne et alcool, n’est pas lié uniquement au monde de la finance. Il existe partout où il y a de l’argent. En Suisse aussi d’ailleurs.

Vous parlez aussi de liens très étroits entre les banques d’affaires et les organisations criminelles.

Ça, c’est plutôt un mythe. Même si lors de la Prohibition, le monde financier était très proche de la mafia. Mais, ce n’est plus le cas aujourd’hui, heureusement. 

Ce système financier que vous décrivez est très complexe.

Oui, parce qu’il y a cette zone grise que je dénonce dans le livre. C’est-à-dire qu’à un moment donné la plupart des banquiers d’affaires pourraient basculer du mauvais côté juste pour l’appât du gain. D’ailleurs, à l’origine je voulais appeler le livre L’opus des affamés, mais mon éditeur a refusé (rires).

Pourquoi les hedge funds ont toujours si mauvaise presse?

A l’origine, les hedge funds gèrent de l’argent institutionnel et d’énormes fortunes, avec comme objectif des rendements entre 4 et 8%. Hélas, le mot a été complètement galvaudé par des affaires comme celle de Madoff alors que les hedge funds sont à la base complètement légaux.

Maintenant, ces fonds spéculatifs qui devancent le système font peur, car ils peuvent facilement manipuler une monnaie par leurs attaques. C’est ce qui s’est passé, il y a deux ans, à New York: cinq hedge funds ont menacé d’attaquer l’euro jusqu’à ce que le pouvoir politique intervienne pour les en empêcher. 

Quelle est la morale de cette histoire?

La morale, c’est qu’il n’y a pas de morale dans le milieu des fusions-acquisitions. La fin du livre montre que les gens n’ont aucune estime d’eux-mêmes et sont prêts à tout pour le pouvoir et l’argent. Ma conclusion, c’est un peu «petits meurtres entre amis», mais on reste amis.

C’est un roman qui pourrait parfaitement être adapté au cinéma. Vous avez déjà des contacts du côté de Hollywood?

En effet, deux producteurs franco-américains ont déjà manifesté leur intérêt auprès de mon éditeur parisien Albin Michel. 

Chantal Mathez

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."