Bilan

L’affaire Chesapeake fait exploser la bulle

La démission du patron du leader des gaz de schiste aux États-Unis augure un nouveau scandale à Wall Street.
Aubrey McClendon, patron du leader des gaz de schiste aux États-Unis, a démissionné. Crédits: DR

En quelques années, Aubrey McClendon avait fait de son entreprise Chesapeake le numéro deux du gaz naturel aux Etats-Unis. L’entreprise est, en effet,  pionnière dans l’exploitation de la fracturation hydraulique, cette technologie baptisée « fracking » qui permet d’extraire les gaz contenus dans les couches de schiste.

Mais pour atteindre ce rang, Chesapeake a aussi acheté d’énormes quantités de licences (sur plus de 6 millions d’hectares de terrains) afin de pouvoir forer vers ces gisements de gaz. Comme elle n’avait pas l’argent pour y parvenir, elle s’est tournée vers Wall Street. Là, des firmes comme Jefferies et Barclays, inondées de liquidités par la Réserve Fédérale, vont, au travers de divers montages comme la vente à terme de future production, prêter à Chesapeake jusqu’à 16,1 milliards de dollars lors de la dernière mesure officielle en septembre.

Après trois trimestres consécutifs de pertes totalisant plus d’un milliard de dollars, c’est probablement davantage aujourd’hui. C’est ce qui a conduit les actionnaires actifs de l’entreprise comme Carl Icahn à obtenir, ce mardi, le départ d’Aubrey McClendon au premier avril. Toutefois,  cette démission n’est pas la fin de l’histoire.

Du conflit d’intérêt au scandale

Les premiers succès de Chesapeake ont abouti à la formation d’une bulle dans le secteur des gaz de schiste. Le boom du «fracking » a conduit à des surcapacités qui ont fait chuter les prix du gaz de 16 à 2 dollars le million de BTU (British Thermal Unit) entre 2006 et 2012. Or, les forages pour les gaz de schiste ne sont rentables qu’à partir de quatre dollars dans le meilleur des cas et plutôt sept en moyenne. En Pennsylvanie comme dans l’Oklahoma, des milliers de forages ne produisent ainsi pas depuis des mois alors que les licences d’exploitation doivent être payées. Et, l’espoir d’une remontée des cours  pour cause de froid hivernal s’est envolé avec des température au-dessus de la moyenne dans le nord-est américain. Si bien que le contrat à terme de mars est scotché à 3,28 dollars.

Comme si cela ne suffisait pas, il est aussi apparu à la faveur de la fronde des actionnaires contre Aubrey McClendon que ce dernier avait pris à titre personnel des participations de 2,5% dans chaque puits opéré par Chesapeake. Il a lui-même emprunté plus d’un milliard de dollars à EIG Global Energy pour ces opérations qui ouvrent la question du conflit d’intérêt.  

Ce qui pourrait donc être un nouveau scandale à Wall Street n’en est peut-être qu’au début de ses rebondissements. La démission d’Aubrey McClendon de la direction générale de Chesapeake a permis au titre, qui a perdu 43% l’an dernier, de se reprendre de 10% hier. Toutefois, rien n’est en réalité réglé. A moins que les Etats-Unis ne se mettent à exporter leur gaz de schiste pour faire remonter les cours, cette affaire ressemble avant tout à l’ouverture d’une nouvelle boîte de Pandore boursière.

 

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

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Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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