Bilan

L'apocalypse selon saint Jim (Rogers)

Jim Rogers, le nom est mythique. L'ancien associé du financier George Soros figure parmi les gourous les plus écoutés de la planète. Il martèle depuis des mois que les banques de Wall Street vont s'effondrer. Vision apocalyptique en passe de se réaliser. Au coeur de la crise, nous avons voulu connaître son sentiment. «La situation va encore se détériorer», annonce-t-il en guise de préambule. Le monde financier doit s'attendre à de nouvelles banqueroutes. Goldman Sachs, Morgan Stanley, les survivantes? «Elles croulent sous une masse de dettes pourries.» Elles devront fusionner avec d'autres établissements ou disparaître. La dette immobilière américaine n'est de loin plus l'unique souci des banques. Tout le segment des crédits vacille, «des prêts aux étudiants en passant par les emprunts commerciaux et la dette liée aux cartes de crédit». Il va plus loin. «C'est l'ensemble du système financier mondial qui va être touché par effet de contagion, ce qui provoquera de nombreuses faillites bancaires.» La crise est donc loin d'être terminée. Il identifie les racines du mal. «Dès la crise russe de 1998, la Réserve fédérale américaine a grand ouvert le robinet de la liquidité à chaque krach pour sauver Wall Street.» Il aurait mieux valu laisser le marché purger ses excès. «Ne pas avoir laissé les établissements les plus fragiles tomber en faillite n'a fait que repousser et empirer le problème.» Le flot de billets verts déversé sur Wall Street a nourri les bulles successives, l'Internet en 2000, celle sur l'immobilier et la consommation à partir de 2003. Le financier s'insurge contre le récent soutien accordé par Washington aux banques et assurances. «Une décision de bureaucrates! Laissons-les plonger, on traversera deux ans difficiles puis le problème sera réglé.» Une fois encore, le Trésor américain et les banques centrales ne feraient que repousser l'échéance. «Nous sommes dans le scénario à la japonaise des années 1990 où les autorités ont voulu à tout prix sauver les banques.» Une erreur dont le Japon paie encore aujourd'hui le prix avec une croissance atone.

Proche capitulation'

L'élection présidentielle américaine ne devrait rien changer. «Les candidats sont encore plus mauvais que George Bush sur les questions économiques.» Il enfonce le clou. «Tant les candidats à la présidence qu'à la vice-présidence n'ont aucune idée de la manière dont fonctionnent la finance et le commerce.» Il se dit très inquiet pour la suite. «Nous sommes confrontés à la pire récession depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.» Une lueur d'espoir? Elle viendra peut-être des marchés financiers. Une panique généralisée conclut toujours les crises boursières. «Octobre et novembre ont généralement constitué des mois propices à ces capitulations.» Plus vite cela viendra, plus vite les investisseurs pourront se positionner, repartir sur de bonnes bases. «J'espère que je serai assez intelligent pour identifier ce moment et acheter des titres.» Bref, un bon krach, et ça ira mieux.

Photo: Jim Rogers/ © Getty Images

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