Bilan

L’argent métal: volatilité à court terme, mais gains démultipliés à long terme

Pour investir dans le métal blanc, il faut avoir du sang-froid. Une stratégie qui paiera, au vu de son potentiel haussier.

 L’argent, valeur très sous-évaluée? Sur les sites de conseils et autres blogs, tout le monde s’est donné le mot: les cours de l’argent s’apprêtent à exploser, nous promet-on, en raison d’une hausse de la demande industrielle que l’offre d’argent ne pourra satisfaire. «L’argent aurait quasiment atteint son pic de production et sera épuisé d’ici à 2020. Dès lors, il se raréfiera ces huit prochaines années et sa valeur s’appréciera fortement», explique Sophie Bukovatz, directrice de la communication chez Euporos, un marchand de lingots d’argent basé à Sion. «En outre, nos clients français, belges et suisses, qui se sentent insécurisés par la situation économique et les risques d’hyperinflation, apprécient l’argent comme valeur refuge plus accessible que l’or». «L’argent pourrait atteindre 500  dollars l’once d’ici à dix ans», estime Stefan Kremeth, cofondateur d’Incrementum Advisors, promoteur de fonds investis en or et argent physique. Comme Euporos, Incrementum connaît un grand succès auprès des investisseurs depuis trois ans.

320 millions d’acheteurs chinois

Ces prochaines années, la hausse de la demande globale d’énergie solaire pourrait soutenir la hausse de l’argent. Certains analystes restent sceptiques: «L’investissement dans les panneaux solaires est en fort recul en Europe suite à la crise, et il stagne aux Etats-Unis. Même avec la demande chinoise, le photovoltaïque ne devrait représenter cette année que 14% de la demande d’argent», tempère Dominique Casaï, gérant spécialisé dans les métaux précieux chez Uram à Genève. Mais d’autres développements plaident pour une demande accrue. Comme l’ouverture en Chine en juin prochain du Pan Asia Gold Exchange (PAGE), bourse de métaux qui donnera accès à 320 millions de particuliers chinois et à 2,7 millions d’entreprises à des achats d’or et d’argent en yuans depuis leur propre compte en banque. Ce qui peut faire hésiter l’investisseur en argent métal? La forte volatilité des cours, sur fond de rumeurs persistantes de manipulation des prix par des banques d’affaires comme JP Morgan. Le métal blanc est passé de 18 dollars l’once mi-2010, à 45 dollars mi-2011, pour retomber par brusques à-coups autour des 30  dollars actuellement. «Il y a d’énormes positions short dans le marché. Les gens n’y croient pas, et tant mieux pour moi, réagit Stefan Kremeth. C’est un magnifique investissement, mais il a besoin de beaucoup de temps». Un tiers de son fonds Incrementum est alloué à l’argent métal. «Il faut avoir le cœur bien accroché, résume André Montandon, conseiller indépendant en placements. Le cours peut chuter de 30% en quelques semaines, mais sur le long terme, il a des chances d’être multiplié par 5 ou 10. Le risque en vaut la peine».

 

Comment acquérir des lingots?

En Suisse romande, trouver de l’argent au prix officiel est pratiquement impossible. Jolliet, un agent de change, facture 10 à 20% plus cher les pièces et petits lingots que le cours de l’once sur le marché international, tout comme Euporos. Ces revendeurs expliquent que c’est là le prix à mettre pour garantir une provenance sûre des lingots et un argent de la meilleure qualité. Outre ces marchands privés, on peut acquérir des lingots de 1 kg (1075 frs.-, qui incluent 50.- de frais + la TVA de 8%) ou de 5 kg (5302.-) auprès d’UBS à Genève. Pour les lingots standard (30 kg), il faut passer commande et attendre quelques semaines. On peut les déposer dans un coffre individuel, ou dans un entrepôt collectif. Ouvrir un compte-métal permet d’éviter la TVA. Dans ce cas, l’argent «scriptural» remplace les lingots, et les achats et ventes se font de manière plus liquide. La banque s’engage à livrer les lingots en tout temps au client. Mais cette solution n’offre pas la même sécurité que la détention physique de ses propres lingots.

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Crédits photo: Martin Ruetschi/Keystone

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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