Bilan

L'Eglise anglicane offre des crédits aux pauvres

Afin de mettre fin aux pratiques jugées abusives de certains organismes de prêt sur internet, l'Eglise anglicane britannique veut créer un réseau coopératif de crédit.
Voici 2000 ans, Jésus invitait Matthieu à le suivre comme apôtre et à abandonner le commerce de l'argent. Vingt siècles plus tard, Justin Portal Welby, archevêque de Canterbury (et à ce titre successeur des apôtres), pourrait revenir aux sources: le prélat envisage de fédérer et soutenir un réseau de coopératives de crédit qui viendrait concurrencer les «payday lenders».

Ces derniers ont mis en place depuis quelques années un système de prêt à très court terme sur Internet, à des taux exorbitants: le site Wonga, par exemple, prospère en vendant des crédits pour des montants très faibles (400 livres, soit 571 francs) sur une durée maximale de 46 jours.

Le système des payday lenders

Plus le remboursement est étalé, plus les intérêts grimpent: un internaute qui emprunte 100 livres pour une journée devra rembourser 106,56 livres, mais s'il conserve la somme 46 jours, il devra rembourser jusqu'à 154,03 livres. Un grand nombre de ménages dans la précarité font appel à ces services en ligne pour joindre les deux bouts en fin de mois.

«J'ai rencontré le patron de Wonga. Je lui ai dit franchement que nous n'allions pas essayer de lui faire mettre la clef sous la porte grâce à des arrangements juridiques, mais en lui faisant concurrence... C'est un homme d'affaires, il l'a bien pris», a déclaré Justin Portal Welby dans un entretien paru mercredi sur le site du magazine Total Politics.

Service de crédit pour employés et membres du clergé

Du côté de Wonga, la réaction ne s'est pas fait attendre: «Nous apprécions toujours les nouvelles initiatives qui permettent aux gens de bénéficier d'une offre plus large pour résoudre leurs défis financiers», s'est réjoui Errol Damelin, patron de l'organisme de crédit en ligne.

Ce n'est pas la première incursion de l'Eglise anglicane dans l'univers de la finance. Début juillet, elle avait déjà mis sur pied la «Clergy Mutual Credit Union», un service de crédits réservé à ses employés et aux membres du clergé.

A l'avenir, l'Eglise anglicane souhaite créer une coopérative d'organismes de crédits ouverte à l'ensemble des citoyens britanniques. Pas directement gérée par l'Eglise, cette dernière pourrait mettre ses locaux à disposition ou offrir les expertises professionnelles de certains ecclésiastiques qualifiés. Avant de s'engager dans les ordres, Justin Portal Welby a lui-même longtemps travaillé pour l'industrie pétrolière.

La réflexion sur l'avenir du système bancaire

Aujourd'hui membre de la commission parlementaire sur le système bancaire, il s'intéresse de près aux questions économiques, souhaitant un système plus proche du terrain: «Au moins une partie du système devrait être local. Il faudrait recapitaliser au moins une grande banque et la diviser en plusieurs banques régionales».

Ces derniers mois, il a multiplié les prises de position publiques contre les abus de la finance. En avril, il avait estimé que les banques devaient enfin «rendre service à la société» en se basant davantage sur «les réalités de la vie quotidienne» et en arrêtant de vivre dans «un nirvana fantastique».

Les revenus de l'Eglise d'Angleterre se sont élevés en 2011 à 900 millions de livres (1,285 milliard de francs), tandis que les frais de fonctionnement sont évalués à 1 milliard de livres (1,428 milliard de francs). Des chiffres à mettre en rapport avec les 38 millions de livres (54 millions de francs) débloqués par le gouvernement de David Cameron pour développer le secteur des organismes de crédits et leur permettre de diversifier leurs offres afin d'éviter aux Britanniques de requérir aux services des payday lenders.
Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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