Bilan

L'eldorado se trouve souvent juste à côté de chez vous

Des actions ou un placement immobilier avec un rendement global annuel de 10% au cours des cinq dernières années. Voilà des investissements qui font rêver! Et pourtant la réalité était là, sous nos yeux. C'est la performance réalisée par près de la moitié (44%) des actions romandes en Bourse ou traitées sur la plate-forme OTC-X des valeurs non cotées et qui font mieux que Nestlé (9,95%), la blue chip locale par excellence. C'est aussi le résultat d'un logement dans 40% des 131 communes romandes analysées. Incroyable, mais vrai: c'est une véritable fortune qui dormait à portée de main, sous nos fenêtres! Mais reprenons les choses par le début.

LE CHIFFRE 16,5 POUR CENT PAR ANLa moyenne sur cinq ans des dividendes versés par Ascom.

Face à la déconfiture de (presque) tous les marchés, Bilan s'est demandé si investir près de chez soi n'aurait pas été préférable à chercher l'eldorado dans des contrées lointaines ou des produits dérivés partis à vau-l'eau. L'hypothèse était séduisante. Mais elle réclamait une démonstration. A cette fin, on a considéré les résultats d'un investissement sur cinq ans: achat d'un bien immobilier ou d'actions de sociétés à siège romand au tout début 2004, puis revente de ces actifs en janvier 2009. L'opération permet de dégager un gain immobilier ou en capital (ou une perte, surtout en cas d'actions). Dans l'intervalle, pendant cinq ans, l'investisseur encaisse soit des loyers, soit des dividendes ou autres revenus d'actionnaire. L'addition de ce rendement direct et du gain (ou de la perte) à la revente permet de déterminer un rendement global. Celui-ci est annualisé en divisant par cinq (durée de l'investissement). Résultat de cette analyse des actions et de l'immobilier romands: la pierre reste une valeur très sûre (voir l'analyse et la carte en pages 70 et 71). Dans le secteur des actions, le rendement global moyen des 179 titres romands analysés est abasourdissant: 11,2% par an sur un lustre. Les gourous de la finance internationale sont enfoncés. Pourtant, le retour direct (2,6% en moyenne) est lourdement pénalisé par le fait qu'un grand nombre de sociétés, en particulier parmi les non cotées, n'allouent aucun dividende. En revanche, le gain en capital reste costaud, à 8,6%. Malgré la capilotade calamiteuse de certains investissements. Pire exemple: celui de 4M Technologies où, en cinq ans, l'entier ou presque du capital injecté a été détruit.La palme aux Ports Francs et à SwissquoteLes meilleurs résultats absolus laissent pantois: entre 2004 et 2009, les Ports Francs de Genève ont offert un rendement annualisé de 115%. En d'autres termes, l'argent investi a presque sextuplé en cinq ans! Juste derrière, la société du Funiculaire de la Gare à la Ville de Cossonay a alloué un retour de 90% et l'Hôtel Schweizerhof à Berne 80%. Ces trois titres sont des actions non cotées, mais traitées sur la plate-forme d'échange OTC-X (lire l'encadré) gérée par la Banque Cantonale Bernoise (BCBE). «Avec ces valeurs secondaires, il faut toujours rester très attentifs à leur liquidité. Sur les 330 titres que nous traitons sur OTC-X, seule une cinquantaine s'avèrent offrir un flottant suffisant pour pouvoir intéresser des investisseurs institutionnels», précise Raphael Wewita, négociant en valeurs à la BCBE. «En outre, avec les actions non cotées, l'horizon temps doit être apprécié de façon différente: à la Bourse suisse, l'investisseur peut vendre un titre une heure ou un jour après l'avoir acquis. Sur notre plate-forme, le rythme est plutôt de l'ordre de la semaine, du mois, voire de l'année. Il faut donc pouvoir disposer de plus de temps et travailler avant tout sur le moyen ou le long terme (stratégie buy and hold)», ajoute le gestionnaire d'OTC-X. Le titre des Ports Francs de Genève illustre cette liquidité réduite: sur les 7500 actions, seules 1000 sont offertes au public, le solde restant aux mains de l'Etat de Genève. Pour le Funi de Cossonay, c'est l'attrait physique du papier-valeur, un document datant du XIXe siècle, et non le sous-jacent patrimonial, qui appâte des collectionneurs et dope le cours.

Pour le Schweizerhof de Berne, qui vient de recevoir les dernières autorisations pour sa transformation complète, il ne reste que quelques titres en circulation. Certains se les arrachent en raison d'un retour en nature. «En effet, ce sont les «Fressaktien », des «actions bouffes», qui sont appréciées pour le repas qui suit l'assemblée générale. Evidemment, la partie gastronomique qui conclut la réunion des actionnaires du Schweizerhof ne se tient pas dans un fast-food», explique un actionnaire de longue date. Mais, malgré ces cautèles, force est tout de même de reconnaître que ces performances restent tonitruantes. Mieux: ces réticences ne s'appliquent pas à un titre comme Swissquote, coté à la Bourse suisse. Sur les cinq ans de référence, il affiche un rendement global annualisé de 72%! En d'autres termes, celui qui a fait confiance au leader suisse de la banque en ligne a multiplié son capital par 3,6. Le résultat est d'autant plus époustouflant que le trader vaudois a, lui aussi, subi de plein fouet la crise financière: début 2009, lors de la revente, le titre était coté à 43 francs, loin des sommets de 80 francs atteints en novembre 2007 ou même des 54 francs affichés ces derniers jours.Pour toutes ces sociétés, l'essentiel du résultat tient au gain sur cours. C'est dans ce registre qu'apparaît crûment la problématique du bon choix de l'investissement. Car, même si beaucoup de titres romands ont cartonné, certains ont bu la tasse. Trois actions sur dix bouclent en effet dans le rouge. Qui peut être très vif pour des valeurs comme 4M Technologies (98% de perte!). Plus de la moitié du capital investi a été mangé dans des sociétés comme les chemins de fer du Gurten ou du MOB, dans les remontées mécaniques de Belalp (VS) ou dans la Société de navigation du lac de Bienne.

Mais aussi dans des entreprises renommées telles que Kudelski, Mikron, PubliGroupe, Airesis (qui commercialise le Coq sportif) ou Edipresse (qui édite Bilan). Plus réjouissant: sur la période 2004-2009, des titres se sont distingués par une rémunération régulière et substantielle de l'actionnaire. Parangon en la matière, LEM Holding à Genève qui a accordé 21,6% l'an. Mieux encore que le géant cigarettier Philip Morris, devenu Altria Holding (21,2%), dont on connaît l'importance sur Neuchâtel. Parmi les entreprises qui choient également leurs propriétaires avec un rendement direct supérieur à 10%, on trouve encore Ascom à Berne (16,5%) et Typon à Berthoud (14,7%), mais aussi... la Banque Cantonale Vaudoise (BCV) (10,1%). Juste en dessous de la barre, les Ports Francs de Genève où le dividende moyen atteint tout de même 9,6%. Pour que l'information soit complète, on doit aussi préciser qu'un tiers des actions analysées n'ont pas alloué le moindre revenu à leurs propriétaires au cours du dernier lustre.Banques: étonnantes BCJ et BCVDans les actions, l'analyse par branche ne manque pas d'intérêt. Surtout si, pour l'intérêt de la comparaison, on y inclut les valeurs vedettes du SMI. Dans les bancaires et financières, Swissquote caracole en tête (72% de rendement global). La petite Caisse d'Epargne de Siviriez (FR) surprend (53%), mais presque moins que les Banques Cantonales du Jura (43%) et Vaudoise (41%) où l'on n'attendait pas forcément un résultat aussi brillant. Idem pour la Banque Rothschild qui «profite d'un effet de taille, d'une faible volatilité et d'une liquidité basse due à une action à 30 000 francs qui limite la spéculation», note Hervé Prettre, responsable de la Recherche thématique chez Credit Suisse. En revanche, les grands groupes ont été plombés par la crise. Credit Suisse, Swiss Re, UBS ou Swiss Life affichent tous un rendement annuel négatif, entre -3 et -8%.Ascom bien branché Ascom, l'ancien spécialiste de la téléphonie, étonne par sa performance remarquble (21%), qui est surtout due à la générosité de ses dividendes alors que le résultat de Temenos (11%) se base exclusivement sur le gain en capital. Swisscom est tout juste dans le noir alors que les entreprises liées aux médias subissent très sévèrement un changement autant conjoncturel que structurel. Illustration du phénomène: en un lustre, la perte annuelle subie par l'investisseur oscille entre 12 et 14% pour Edipresse, PubliGroupe et Kudelski.Novartis déçoit Etonnamment, ce sont en priorité les biens consommables qui triomphent, à plus de 25% l'an, avec les Minoteries, les Moulins de Romont (FR) ou encore les sources minérales d'Adelboden. Seigneur de la catégorie: Syngenta, à 36% de rendement annuel. «La société bénéficie de l'explosion de l'agribusiness et des besoins des marchés émergents où elle réalise plus de la moitié de ses ventes», commente Hervé Prettre. A l'inverse, c'est une autre chimique, Clariant, qui présente la moins bonne performance. «Elle est principalement active sur des marchés matures et, jusqu'à une période récente, sur des activités à faible marge, comme les colorants», ajoute l'analyste du Credit Suisse. Au passage, il vaut tout de même la peine de remarquer qu'une blue chip telle que Novartis reste dans le médiocre, avec à peine 1% de rendement annuel... Pour mémoire, cet autre poids lours du SMI qu'est Nestlé est pavenu, sur la même période, à frôler la barre des 10%.Perles industriellesLe secondaire cache quelques perles magnifiques. A part LEM déjà cité, ABB, Montena (FR) ou Leclanché cartonnent. Surtout au plan de la plus-value boursière. Ces sociétés ont ainsi permis en cinq ans de doubler le capital investi! A l'autre extrême, Adecco boit encore plus la tasse que les Porcelaines de Langenthal. Dans les groupes connus , Bobst n'emballe pas (-0,8%), pénalisé par sa chute de cours. Entre 1,2 et 1,5%, Swatch ne tourne pas trop rond.50% l'an pour la goule Les titres liés à la distribution électrique font tous des étincelles. Romande Energie et les FMB offrent des retours annuels à plus de 25%. Les Forces électriques de la Goule - détenues très largement par les FMB - explosent carrément en doublant cette performance. Si Holcim présente un somme toute honnête 5%, les Forces motrices de l'Avançon sont les seules à subir un court-circuit (-5%) imputable à une perte en capital et lié à la faible liquidité du titre.Remontées mécaniquesLes financiers qui condamnaient les remon-tées mécaniques ont raté un potentiel magnifique. Le quinté de tête a permis à l'investisseur de doubler son capital en cinq ans. Voire plus. La présence dans ce groupe de Téléverbier, qui est cotée au 2e marché de Paris, permet de lever les réticences liées au fait que les autres titres ne sont pas en Bourse. «Et le secteur possède encore une marge substantielle d'amélioration par l'industrialisation de ses processus», analyse François Seppey, chef du Service cantonal valaisan de l'économie et du tourisme. Certes, quelques remontées haut-valaisannes pataugent. Mais il faut par exemple prendre avec des pincettes la descente de Bellwald basée sur une perte de cours, mais induite par un volume quasi nul de transactions.Rendement Immobilier: jusqu'à plus de 20%!Dans l'immobilier, le rendement global moyen sur les 131 communes prises en compte s'inscrit à pile 9,50%. Un retour sur investissement à la hauteur du rêve américain promis par Bernard Madoff! Tout baigne pour l'investisseur à Port-Valais qui bénéficie à plein de l'effet Marina. Avec un retour annuel cumulé de 21,5%, la commune de l'extrême Bas-Valais vogue en tête et souffle la première place aux banlieues des côtes huppées du lac Léman (Cologny, Vandoeuvres ou Coppet). Dans toutes ces localités, l'investisseur a doublé sa mise en cinq ans.Dans plus de 50 municipalités, un placement dans la pierre a permis d'augmenter de moitié son capital en cinq ans. Un bonheur équitablement réparti: tous les cantons romands comptent au moins une collectivité parmi ces localités où le retour dépasse les 10% annuels. Seule exception: le Jura historique. Tant dans le nouveau canton que dans la partie francophone bernoise, le meilleur rendement culmine à 7,5% dans la capitale Delémont.«A ce propos, on peut signaler les conclusions d'une étude toute récente du CIFI: c'est dans le Jura et le Jura bernois que le rapport entre le revenu imposable et le niveau des prix immobiliers est le plus élevé de Suisse. En d'autres termes, dans cette région, l'accès à la propriété est plus aisé que partout ailleurs en Suisse. Seuls les Valaisans arrivent à rivaliser avec les Jurassiens», fait remarquer au passage Christelle Bérard Bourban, responsable romande du Centre d'information et de formation immobilières (CIFI).Les délices des grottes de VallorbeHors remontées, la branche touristique vaut aussi mieux que sa réputation. Seule la Cité des Bains et Sonotel Ouchy peinent à tenir le cap et ont les pieds dans l'eau. En revanche, la moitié des titres font mieux que 10% annuels. Parmi les heureuses surprises, outre le Schweizerhof, la Clinique Linde à Bienne, la nominative à 100 francs du Casino de Montreux ou... les Grottes de Vallorbe (VD).

Question de méthode: comment sont calculés les rendementsTous les investissements sont traités pour une mise de fonds identique (un million de francs).L’IMMOBILIER Pour l’appartement, la valeur d’achat est ramenée à un million de francs. Le facteur ainsi déterminé (2 pour un bien valant 500 000 francs en janvier 2004) qui va être appliqué aussi bien sur la plus-value réalisée au début 2009 ainsi que sur les loyers nets (sans les charges). Pour ces derniers, on part de l’hypothèse que le logement a été occupé de façon constante, à un tarif qui a évolué conformément à l’indice des loyers établi par l’Office fédéral de la statistique. Le revenu en francs cumule les loyers encaissés au cours des cinq années. Le pourcentage indique le rendement global annualisé sur la période considérée.LES ACTIONS On détermine combien de titres ont pu être acquis avec un million de francs à la première cotation de 2004. Le nombre ainsi trouvé est multiplié par la différence entre le cours du début 2009 et celui d’il y a cinq ans. Il multiplie aussi les différentes formes de rendements qu’a enregistrés le titre: avant tout les dividendes annuels, mais aussi – par exemple – des remboursements de capital. La Recherche du Credit Suisse a sorti les données de toutes les sociétés à siège social romand cotées à la Bourse suisse. Le même travail a été effectué par la BCBE pour les actions romandes non cotées traitées sur sa plate-forme de commerce électronique OTC-X.

DÉCRYPTAGEOTC-X en brefUne plate-forme d’échange pour les titres non cotés.COMME UNE BOURSE D’apparence extérieure, la plate-forme OTC-X ressemble très fortement à ce qu’offre la Bourse suisse (SIX). On y trouve les cours et les chiffres d’affaires réalisés pour les 330 titres traités. Chacune des actions admises dispose d’une page dédiée présentant aussi ses chiffres clés, les personnes de contact ou les études publiées sur la société.VOLUMES A mi-avril 2009, OTC-X cumulait une capitalisation de 17,3 milliards de francs. En 2008, le volume des quelque 6000 transactions passées a atteint 129 millions de francs pour 2,5 millions de titres échangés. Même affectée par la crise, la plate-forme a ainsi réalisé son 2e résultat après les records de 2007: presque 8000 transactions (soit 16 millions d’actions) et un chiffre d’affaires de 219 millions de francs. Fonctionnant comme une Bourse, mais sans les exigences formelles d’une cotation, OTC-X peut parfois être pénalisée par les faibles volumes d’échange des titres traités. Autre écueil possible: les flottants sont souvent relativement faibles.COMPARAISON Pour permettre néanmoins des comparaisons, la BCBE a établi, depuis juin 2008, un indice baptisé Liquidity, basé sur les 59 titres les plus liquides de sa plate-forme. «Une mise en parallèle de cet indice avec le SPI montre que les valeurs secondaires affichent une volatilité basse et une faible corrélation avec les actions cotées. Au cours des neuf derniers mois, notre indice a perdu jusqu’à 20% et se situait à –12% au 20 mai passé. Dans le même temps, le SPI a plongé à -43% pour remonter à la même date à -27%», explique Raphael Wewita de la BCBE.OTC-X traite 330 valeurs secondaires pour un volume d’affaires qui a culminé en 2007 à 219 millions. LE POTENTIEL DES ACTIONS SUISSES DANS L’ŒIL DES ANALYSTESLes conseils de Juliette Lim Fat, spécialiste du Credit Suisse, sur les titres helvétiques.LA DÉFINITION «Pour l’heure, nous maintenons notre appréciation neutre sur les actions globales. Nous croyons en effet que, dans le proche avenir, les marchés vont rester difficiles. Dans un environnement qui demeure volatil, nous recommandons de privilégier des titres de sociétés offrant des dividendes élevés grâce à de forts cash-flows, une position dominante sur les marchés et un bilan solide.»LA PERFORMANCE «Notre stratégie consistant à investir dans un panier d’actions à dividendes conséquents a pratiquement toujours fait mieux que les indices de référence du marché (SPI TR Index ou DJ CH Select Dividend Index). Certes, notre panier avait néanmoins enregistré jusqu’en mars une perte de près de 30%. Cependant, notre nouveau panier, lancé le 1er mars dernier, avait déjà enregistré, au 25 mai passé, une performance de 17%.» LES OPPORTUNITÉS «A l’achat, nous conseillons une série de titres à dividende élevé tels que Zurich Financial Services, Swisscom, Nestlé, Galenica, Syngenta, Tecan ou Geberit.»

 

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