Bilan

L'entreprise Al-Qaida à la recherche de fonds

A l'époque où Al-Qaida a débuté ses activités, il y a plus de dix ans, elle n'avait pas besoin de recourir à des pratiques criminelles peu compatibles avec les principes coraniques professés par son fondateur Oussama Ben Laden. De riches et généreux donateurs, originaires de pays comme l'Arabie saoudite, ainsi que diverses organisations caritatives islamiques du Moyen-Orient fournissaient tout l'argent nécessaire à la réalisation d'un dessin supérieur: la création d'un califat islamique dans la région.

L'organisation de Ben Laden pouvait alors compter sur Abdul al Hamid al Mujil, surnommé «l'homme aux millions» dans les milieux djihadistes.Ce Saoudien de 60 ans se rendait régulièrement en Afghanistan dans les années 90 et était en bons termes avec Ben Laden et le cheikh Mohamed - cerveau présumé des attentats du 11 septembre - à l'époque où il jouait les porteurs de valises entre les Etats arabes et Al-Qaida. Mais voilà: en août 2006, al Mujil et les branches indonésienne et philippine de l'International Islamic Relief Organisation qu'il présidait ont été ajoutés à la liste des sources de financement terroristes établie par le Trésor américain.

Les entreprises occidentales se sont vu interdire tout commerce avec al Mujil, les pays membres des Nations Unies ont gelé ses avoirs et l'Arabie saoudite a revu à la baisse le montant de ses donations à son organisation caritative. Privés des largesses d'al Mujil, certains groupes comme Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) se sont alors orientés vers la criminalité internationale. Pour Ben Laden, c'est un vrai dilemme.Au début, son fondateur refusait que les membres d'Al-Qaida trempent dans le trafic de drogue. Il a visiblement changé d'avis face à certaines nécessités budgétaires et aurait cédé à l'argument djihadiste selon lequel la drogue affaiblit les «infidèles» en encourageant leurs addictions impures. L'enlèvement de touristes occidentaux dans le Sahara est aussi devenu une activité lucrative pour Al-Qaida au Maghreb islamique.

 

Ses membres se livrent également à divers trafics, allant des cigarettes aux armes en passant par les êtres humains. Tous ont fait leurs armes en Irak, avec les demandes de rançon. L'organisation se livrait à de lucratives opérations d'enlèvement d'étrangers. Le racket, les extorsions et la vente de pétrole au marché noir constituèrent ensuite de nouvelles rentrées d'argent.La traque aux réseaux«Nous sommes confrontés à un sérieux manque de financement en Afghanistan», déclarait, l'année dernière dans une vidéo, Mustafa Abu al Yazid, ancien responsable des finances de l'organisation, à présent chef d'Al-Qaida en Afghanistan. L'organisation a même commencé à mettre à contribution ses propres recrues.«Al-Qaida a été contrainte de revoir en profondeur son modèle de financement, a déclaré Michael Jacobson, haut responsable de la lutte contre le financement du terrorisme au sein du Trésor américain sous l'administration Bush. Ce revers de fortune qui a contraint Al-Qaida à chercher de nouvelles sources de financement est une preuve de l'efficacité de la coopération internationale. L'organisation terroriste «se trouve dans la situation financière la plus critique de ces dernières années et son influence s'en voit diminuée», déclarait, en octobre dernier, David Cohen, sous-secrétaire au Trésor chargé des questions du financement du terrorisme et de la criminalité financière. Ce dernier a toutefois noté qu'il était encore trop tôt pour «crier victoire». La lutte internationale contre le financement des activités terroristes est un élément central, bien que peu connu, des stratégies antiterroristes et a placé les responsables du Trésor américain en première ligne dans les questions de sécurité nationale.La traque des réseaux de financement des terroristes ne limite pas seulement leur capacité de nuire, elle fournit également des renseignements cruciaux sur leurs opérations, leur personnel et leurs bases. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont mené l'initiative contre les sources de financement du terrorisme en gelant des avoirs, en luttant contre le blanchiment d'argent et en traquant tous les transferts de fonds et autres opérations financières. Washington et Londres ont toutefois fait part de leur irritation et de leur incompréhension face à la récente décision du Parlement européen d'annuler un accord entre les Etats-Unis et le Conseil européen qui aurait permis aux autorités américaines d'avoir accès aux données financières du réseau Swift pour les transferts internationaux.Les Nations Unies ont également joué un rôle crucial avec l'adoption de la résolution 1267 demandant à tous les pays membres de geler les avoirs de certains individus et organismes nommés. Des centaines de membres d'Al-Qaida, de combattants talibans et d'organisations affiliées figurent sur cette liste des Nations Unies.Al-Qaida continue toutefois d'obtenir des fonds auprès de particuliers et d'entreprises caritatives du golfe Persique. La nébuleuse terroriste fait désormais preuve d'imagination, utilisant notamment de complexes mécanismes de transactions en ligne ou multipliant les coups de téléphone à Ayman al-Zawahiri, homme dévoué à Ben Laden.- Telegraph

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