Bilan

L'étrange niche fiscale qui a habillé ABBA de paillettes

La fiscalité réserve parfois de drôles de surprises: les costumes à paillettes portés par le groupe de pop suédois ABBA auraient été choisis pour que les membres puissent bénéficier d'une niche fiscale toujours en vigueur en 2014.
  • Les tenues de scène d'ABBA sont restées dans la légende.

    Crédits: Image: AFP
  • Couleurs vives, paillettes, froufrous: le groupe suédois était réputé pour ses costumes.

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  • Ces tenues ont tellement marqué leurs fans que les spectacles inspirés par les chansons du groupe mettent l'accent sur les costumes.

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  • Plus de trente ans après la dissolution du groupe et 40 ans après leur victoire au concours Eurovision de la chanson, il s'écoule toujours entre deux et trois millions d'albums du groupe chaque année.

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  • Les tenues excentriques ont même trouvé leur place sur les poupées inspirées des membres du groupe.

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  • C'est à l'occasion de la sortie d'un livre commémorant les 40 ans de la victoire au concours Eurovision de la chanson que Björn Ulvaeus a expliqué le rôle de la fiscalité dans le choix des costumes.

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Les codes des impôts sont pleins de surprises. Souvent, l'histoire retient les impôts insolites comme la taxe créée par le tsar Pierre le Grand sur la pilosité pour obliger la noblesse russe à raser les barbes trop slaves et pas assez occidentales. Ou encore l'impôt né en Belgique en 1909 quand le très riche homme politique d'opposition Auguste Beernaert fut lauréat du Prix Nobel: la récompense associée au prix devenait imposable... à moins de reverser l'intégralité de la récompense à l'Etat.

En Suède, c'est une niche fiscale qui surgit depuis quelques heures: celle sur les tenues professionnelles. En soi, cet abattement n'a rien d'exceptionnel (de nombreux pays occidentaux appliquent un système similaire). Mais il serait à l'origine d'un pan de la culture pop occidentale des années 1970 et 1980: les costumes colorés et à paillettes du quatuor suédois ABBA!

Des tenues professionnelles exonérées

C'est le guitariste et chanteur du groupe, Björn Ulvaeus, qui vient de révéler ce détail insolite à l'occasion de la sortie de The Abba Photo Book, livre célébrant le quarantième anniversaire de la victoire du groupe à l'Eurovision avec le tube Waterloo. Les quatre musiciens avaient noté que les tenues de scène pouvaient être déduites de leurs impôts. Mais cette disposition n'était applicable que si les vêtements étaient clairement identifiables comme des accessoires professionnels. A l'instar du bleu d'un plombier ou de l'uniforme d'un livreur, il fallait donc rassurer le fisc sur l'impossibilité de porter ces effets vestimentaires dans la vie quotidienne.

 

Pour blinder cet avantage fiscal, Agnetha Fältskog, Anni-Frid (ou Frida) Lyngstad, Benny Anderson et Björn Ulvaeus n'y ont pas été de main morte: en dehors de quelques stars excentriques du show-business comme Liberace ou Elvis sur la fin de sa vie, rares ont été les stars à oser tant d'extravagance, de couleurs, de paillettes et de froufrous. «Personne ne peut avoir été aussi mal habillé sur scène que nous. Honnêtement, nous avions l'air cinglés ces années-là», reconnaît Björn Ulvaeus aujourd'hui en expliquant la raison de ces accoutrements excentriques.

Plus de trente ans après la dissolution du groupe, la disposition fiscale demeure valable dans le code des impôts suédois. Mais les services fiscaux du royaume sont toujours aussi tatillons. La romancière Camilla Läckberg, auteur de la série «Erica Falck et Patrik Hedström», a  récemment voulu en profiter en déduisant 10'000 francs de vêtements de ses impôts. Sans succès. Les habits, pour certains achetés chez Zara, ne se distinguaient pas vraiment des tenues qu'elle pouvait porter au quotidien, comme le signale le site suédois The Local News. Pour l'anecdote, la romancière avait aussi tenté de déduire de ses impôts les frais engendrés par un voyage familial en Asie du Sud-Est. Là aussi sans succès. La romancière n'est définitivement pas aussi précautionneuse que les membres d'ABBA. Ou elle supporte moins les paillettes...

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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