Bilan

L'ex-président d'UBS ne dispose d'aucune immunité

Peter Kurer a été l'ancien président et juriste en chef chez UBS. Il ne bénéficie d'aucune immunité de la part des États-Unis mais n'hésite pas à voyager pour autant. Au risque de se faire arrêter comme Raoul Weil.
  • Peter Kurer succède à Marcel Ospel comme président d'UBS en avril 2008. Il a surtout œuvré comme juriste en chef entre 2001 et 2008, poste sensible en raison des problèmes aux Etats-Unis. Il reste en fonction jusqu'en avril 2009. Crédits: Keystone
  • Raoul Weil. Entre 2002 et 2007, il supervise le département étranger d'UBS avant de prendre les rênes de la gestion de fortune jusqu'en avril 2009. C'est à cette époque que la banque se sépare de lui, car il vient d'être reconnu comme fugitif par un tribunal de Floride après avoir été inculpé. Il a été arrêté dimanche 20 octobre 2013 à Bologne en Italie. Crédits: Keystone
  • Marcel Ospel, l'ancien homme fort d'UBS qui fut directeur général jusqu'en 2001 avant de devenir le président du conseil d'administration. Il a quitté son poste en avril 2008 après l'annonce de fortes pertes. Il était également fragilisé par de nombreuses polémiques sur ses rémunérations. Crédits: Keystone
  • Luqman Arnold succède à Marcel Ospel au poste de directeur général (CEO) mais il en partira en 2003 sur fond de conflit avec le nouveau président. Crédits: Keystone
  • Peter Wuffli entre alors en scène. Il dirige la banque jusqu'en juillet 2007, date de son départ. Sous pression après des premières pertes dans le secteur immobilier américain et l'échec du hedge fond Dillon Read Capital Management, il annonce sa démission. Ces échecs lui auraient coûté la présidence du conseil d'administration car Marcel Ospel voulaient lui passer la main. Certains des principaux actionnaires s'y seraient opposés et auraient convaincu Marcel Ospel de rempiler. Crédits: Keystone
  • Marcel Rohner est nommé directeur général, il le restera jusqu'à la fin février 2009. Entre 2002 et 2007, il dirige les activités de gestion de fortune et de business banking chez UBS. Il a été le supérieur de Raoul Weil à la gestion de fortune. Crédits: Keystone
  • Martin Liechti lors de son audition au sénat en juillet 2008. L'ancien responsable de la gestion de fortunes aux Etats-Unis, arrêté en mai 2008 à Miami, a dû passer plusieurs mois avec un bracelet électronique à la cheville. Ses informations permettront d'inculper son chef, Raoul Weil. Selon le Tages Anzeiger, il a reçu l'assurance écrite des autorités américaines qu'il ne serait plus poursuivi. Crédits: Keystone
La question s'est répandue comme une traînée de poudre dans la Paradeplatz zurichoise: qui parmi les anciens responsables d'UBS pourrait être inquiété après l'arrestation de Raoul Weil à Bologne?

Quant à rester en Suisse et renoncer aux voyages, les principaux intéressés n'y songent même pas. Marcel Ospel ne s'en prive pas, ainsi que son successeur Peter Kurer. Ce dernier a pourtant tout pour intéresser les Américains car avant de devenir président du conseil d'administration, il fut juriste en chef de la banque pendant de nombreuses années.

Les directeurs voyageaient

A l'heure actuelle, Peter Kurer ne fait l'objet d'aucune poursuite mais l'arrestation de Raoul Weil ouvre une période d'incertitudes, surtout si l'ancien responsable de la gestion de fortune se décide à collaborer. C'est ainsi que la justice américaine a pu le faire tomber, après avoir arrêté en 2008 son subordonné Martin Liechti, qui était responsable de la gestion de fortune aux Etats-Unis.

Jusqu'à l'arrestation de Weil, la rumeur voulait que les anciens directeurs d'UBS ne quittaient jamais la Suisse en raison d'une possible arrestation. Un avocat zurichois n'exclut pas la possibilité d'un accord secret avec la justice américaine. «Vous nous livrez vos clients et en contre-partie, vous n'êtes pas inquiétés», spécule le juriste qui demande à rester anonyme.

Pas d'accord avec Washington

Peter Kurer, qui travaille comme conseiller et voyage donc beaucoup, dément toute sorte d'accord d'absence de poursuite («Non Prosecution Agreement») avec Washington. «On ne m'a pas accordé aucune immunité. Et je ne l'ai pas demandée», a-t-il indiqué au Tages Anzeiger. L'ancien juriste sait qu'un tel accord a un prix élevé qui aurait été incompatible avec sa fonction de président.

En outre, les autorités américaines connaissent déjà en profondeur les activités extraterritoriales (offshore) de la banque avec l'accord passé en 2010. Accord qui protège la banque de nouvelles poursuites, mais pas ses collaborateurs.

Comme le souligne toutefois la Neue Zürcher Zeitung, aucune poursuite n'a depuis été engagée contre des collaborateurs pour des faits antérieurs à l'accord. Mais l'arrestation de Raoul Weil permet également à Washington de rappeler aux banquiers suisses qu'elle ne baisse pas la garde.

Raoul Weil, un «gros poisson»

De l'avis d'avocats américains qui représentent les intérêts de leurs clients en Suisse, les autorités américaines ne s'intéressent pas vraiment aux anciens dirigeants de la banque. Le dossier UBS a été résolu, lorsque l'établissement a été condamné à verser une amende de 780 millions de dollars.

Ce que veulent les services américains, ce sont les noms de leurs concitoyens qui persistent à dissimuler leurs fonds dans des comptes en Suisse et qui ne se sont pas encore dénoncés. «Ceux-ci peuvent s'inquiéter», résume un des avocats.

Ces derniers ne comprennent d'ailleurs pas pourquoi Raoul Weil a pris le risque de voyager en Italie. Ils soulignent que l'ex-dirigeant d'UBS, qui a été présenté mardi 22 octobre à un juge à Bologne, représente pour les autorités américaine un «gros poisson», que personne ne s'attendait à voir arrêté un jour.

Les avocats américains pensent que Raoul Weil sera extradé, l'Italie ayant déjà l'habitude de telles procédures avec les Etats-Unis. Ils n'excluent toutefois pas que Rome cherche à obtenir de l'ex-numéro trois de la banque des informations sur leurs propres fraudeurs fiscaux.

Ce que les banquiers suisses ont coûté au fisc américain

1/7 Raoul Weil, 20 milliards de dollars évadés?
Raoul Weil, ancien numéro 3 d'UBS dont il était le directeur général de la gestion de fortune, est aujourd'hui dans la tourmente. Il est arrêté en octobre 2013 dans un hôtel de luxe en Italie par un mandat d'arrêt américain. Il est soupçonné d'avoir organisé l'évasion fiscale de 20'000 clients américains, pour une somme de quelque 20 milliards de dollars.
Image: AFP

   

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