Bilan

L’homme qui valait près de 50 milliards

Fondateur de Zara, Amancio Ortega Gaona est devenu l’homme le plus riche d’Europe en bâtissant un géant du textile. Sa fille Marta, qui a étudié à l’Aiglon College à Villars, prépare la relève.
  • En 2011, en cédant 25% d’Inditex à la bourse, l’Espagnol a encaissé 3,7 milliards en une seule journée. Crédits: Frederic Nebinger/Abaca/Dukas, Sergio Perez/Reuters
  • Crédits: Frederic Nebinger/Abaca/Dukas, Sergio Perez/Reuters

 Le 23  mai 2001, Amancio Ortega Gaona est devenu l’homme le plus riche d’Espagne. En cédant 25% du capital d’Inditex (la holding regroupant Zara et ses marques sœurs) à la Bourse de Madrid, le Galicien a encaissé 3,7 milliards de francs en une journée. Douze ans plus tard, alors que le cours du titre a quasiment décuplé, il possède encore 59,29% d’Inditex. Autant dire que le self-made-man a été propulsé «plus riche Européen» avec une fortune évaluée à près de 50 milliards de francs.

En effet, outre la majorité du capital de son groupe de confection, il détient 5% de la chaîne NH Hoteles, 5% du Banco Pastor et un important parc immobilier composé d’une dizaine d’édifices emblématiques, principalement à Barcelone et Madrid: la Torre Picasso à Madrid (acquise pour 400 millions d’euros en 2011) ou encore l’ancien siège de Santander à Barcelone (acheté en 2007 pour 500 millions d’euros). Dans son pays, on parle de lui comme du Steve Jobs espagnol. Rappelons qu’Inditex, c’est un chiffre d’affaires de près de 20 milliards de francs en 2012 réalisé grâce à plus de 120 000 collaborateurs et plus de 6000 magasins répartis dans 90 pays. 

Le père d’Amancio Ortega Gaona était un employé des chemins de fer. Travaillant dur pour un maigre salaire, il nourrit sa famille avec difficulté. A La Corogne, où la famille réside depuis 1944, les commerçants doivent souvent lui faire crédit. Jusqu’au jour où l’un d’eux refuse. Très discret sur sa vie et sa famille, le fondateur de Zara a néanmoins cité cet événement comme l’élément déclencheur de son parcours. A partir de ce jour-là, il quitte l’école. Agé d’à peine 13  ans, il trouve un job comme «garçon à tout faire» chez Gala, une boutique de confection de chemises à La Corogne.

Très curieux, l’adolescent observe comment se confectionnent et se vendent les vêtements. Devenu majeur, il est engagé comme vendeur à la Maja, une chaîne de magasins de confection où travaillent déjà son frère Antonio et sa sœur Josefa. C’est là qu’il se constitue un véritable carnet d’adresses auprès des fournisseurs de tissus. Il y rencontre sa première femme, Rosalia Mera, avec qui il se mariera en 1966.

Second déclic: il constate qu’une robe de chambre rose fait l’envie de toutes les femmes de la ville, mais qu’elles ne peuvent se l’offrir dans cette région rurale où l’on ne gaspille pas ses pesetas en fanfreluches.

Pourquoi ne pas copier ce modèle et casser les prix? L’astucieux vendeur transforme le salon familial en atelier. Son frère, sa sœur et sa fiancée sont mis à contribution en dehors des heures de travail. Croulant sous les commandes, il finit par créer Confecciones Goa en 1963 et quitte son employeur.

De Zorba à Zara

A 27  ans, il démarre sa carrière d’entrepreneur avec 5000  pesetas en poche. Outre des robes de chambre capitonnées, sa petite entreprise se développe avec la confection de lingerie, de pyjamas ou encore avec la création d’un modèle de pull Shetland.

Ne voulant plus livrer des distributeurs, il parvient douze ans plus tard, en 1975, à ouvrir sa première boutique dans la rue Juan Florez à La Corogne, une artère très commerçante. Il veut la baptiser Zorba, en souvenir du film Zorba le Grec, en hommage à Anthony Quinn qu’il admire. Impossible. Le nom est déjà déposé. Il opte pour Zara.

Cette ouverture est un aboutissement pour celui qui était déjà convaincu «qu’il fallait maîtriser le client et en même temps être à ses côtés, ce que je pouvais seulement faire en lui vendant directement». Les débuts sont prudents, même si son affaire marche fort. Il faudra attendre 1988 pour qu’il exporte son concept à l’étranger, en l’occurrence au Portugal.

Dès le départ, Amancio Ortega choisit toujours avec un grand soin les emplacements de ses magasins et, s’il le peut, il achète même les murs. Puis il enchaîne les conquêtes: Etats-Unis en 1989, France en 1990, etc. Sa recette semble simple: l’intégration verticale. Il couvre toutes les phases du processus: design, fabrication, logistique et distribution. Il s’appuie sur de nombreux ateliers, situés en Galicie principalement.

Cela lui offre une très grande flexibilité dans la production. Alors que des marques rivales comme H&M ou Gap sont obligées de démarrer leur fabrication trois à cinq mois avant la date de livraison aux magasins, la maison mère de Zara n’a besoin que de trois semaines! Tous les modèles sont retirés de la vente au bout d’un mois, quel que soit le succès remporté.

Cette conquête de la planète entière absorbe beaucoup de cash, d’où l’absolue nécessité d’entrer en bourse. Une décision douloureuse pour cet homme dont le visage est resté totalement inconnu jusqu’en septembre 1999. Inditex publie alors son premier rapport annuel, avec à la clé un petit portrait d’Amancio Ortega. D’ailleurs, à ce jour, le milliardaire espagnol n’a pas accordé une seule interview.

L’IPO, intervenue le 23 mai 2001, remporte un vif succès, malgré le recours à des ateliers de sous-traitance. Les milliards encaissés alors ne bouleversent pas son style de vie. L’homme reste d’une simplicité déconcertante, toujours habillé de la même façon. Ses seuls caprices: un yacht baptisé du nom du village natal de sa mère et un manoir du XVIe siècle où sa troisième fille, Marta, s’est mariée. Son aînée se consacre à une fondation caritative et le cadet est déficient mental. Son ex-femme, Rosalia Mera, possède toujours près de 5% d’Inditex, ce qui la place parmi les 100 plus riches d’Europe avec une fortune estimée à 5,8 milliards de francs.

Championne junior en équitation

Préparée à prendre la relève, Marta a étudié à l’Aiglon College à Villars, comme l’a appris Bilan, avant de suivre les cours d’une Business School de Londres. En 2007, âgée d’à peine 20  ans, elle débute anonymement comme simple vendeuse chez Bershka, la marque dédiée aux adolescentes.

C’est d’ailleurs elle qui aurait eu l’idée de cette enseigne plus jeune et décontractée, alors qu’elle n’avait que 14  ans. Elle part ensuite à Barcelone, puis à Shanghai, avant de passer par presque tous les services. Elle a été nommée par son père vice-présidente de Partler et Gartler, les deux entités qui gèrent la fortune familiale.

Championne junior d’Espagne en équitation, elle s’est offert notamment deux cracks suisses: Madame Pompadour M de Fabio Crotta et Cerano von Hof – CH. Son père lui a fait construire un hippodrome dans la vaste propriété familiale, au Pazo de Anceis. En attendant qu’elle soit prête à reprendre la direction opérationnelle, c’est Pablo Isla Alvarez de Tejera qui assure depuis 2011 ce rôle. 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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