Bilan

L'image de la place financière suisse résiste

Qu'est-ce qui faire courir les banques étrangères en Suisse? Une question d'importance, car les temps sont difficiles pour l'industrie bancaire. Les marchés financiers peinent à se redresser suite à l'explosion de la bulle hypothécaire aux Etats-Unis. Le géant UBSest malmené, pris en tenaille entre la crise américaine du crédit et Washington qui demande l'entraide judiciaire à Berne au sujet de clients américains. L'image de la Suisse pourrait s'en trouver écornée. Le point avec deux patrons de la Banque Lloyds. «La crise peut avoir un impact à court terme sur la réputation de la place financière suisse, estimeJakob Pfaudler,directeur général de Lloyds TSB. C'est avant tout l'exposition aux subprime américains qui peut poser problème, moins les soucis rencontrés dans la banque privée.» Mais la situation n'est pas dramatique. Les obstacles devraient être vite surmontés tant les points forts de la Suisse paraissent nombreux. «Les compétences du personnel, les produits financiers offerts, la stabilité géopolitique et la capacité du pays à apporter des réponses appropriées en termes de taxes pour attirer des capitaux en font un acteur incontournable de la gestion de fortune», affirme Piero Grandi,directeur de Lloyds International Private Banking, qui gère 30 milliards de francs depuis Genève. «Je suis bullish sur la Suisse», ajoute Jakob Pfaudler. En revanche, les places financières de seconde zone pourraient y laisser des plumes. «Je ne parierais pas sur les acteurs plus faibles et moins transparents», indique Jakob Pfaudler. Dans les faits, la Suisse semble bien armée pour résister à la fronde de Berlin et des Etats-Unis. Elle coopère déjà au plan pénal en levant le secret bancaire, et des accords sur la fiscalité de la clientèle ont été signés avec Bruxelles. De son côté, Lloyds est immunisée contre le risque de procès aux Etats-Unis. Comme beaucoup d'acteurs, elle s'est retirée de la gestion pour les clients américains voilà deux ans. Les exigences accrues que Washington a fait peser sur les banques l'ont persuadée de ne plus recueillir l'épargne américaine. «Ce marché n'a jamais représenté pour nous un axe de développement stratégique, précise Piero Grandi. Nous privilégions l'Europe, le Moyen-Orient, l'Amérique latine et la Grande-Bretagne.» Voilà pour le passé. Au cours des derniers mois, de nouveaux clients sont venus sonner à la porte. Peut-être parce que Lloyds n'a pas été touchée par la débâcle des crédits hypothécaires à risques aux Etats-Unis. «Nous voyons un flux en provenance de banques dont les noms sont régulièrement cités dans la presse, souligne Jakob Pfaudler. La qualité de notre notation AAA s'avère déterminante.» Des gestionnaires de banques présentes en Suisse seraient aussi tentés de rejoindre l'établissement. «Des discussions sont en cours.» Ce développement va dans le sens de la stratégie du groupe. «Nous souhaitons nous développer sur nos marchés stratégiques en dehors de la Grande-Bretagne», confie Piero Grandi. Un élément important pour la suite, car le ralentissement économique et l'inflation outre-Manche inquiètent les investisseurs. Bref, la croissance passera par l'international.

Photo: Jakob Pfaudler et Piero Grandi / © D.R.

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