Bilan

L’industrie des family offices revient aux fondamentaux

Il y a des déclarations qui restent dans les mémoires tant elles surprennent dans la bouche de leur auteur. En septembre dernier, lors d’une réunion à Zurich, Gérard Aquilina, vice-président de Barclays Plc’s Wealth Management, exprimait sans détour la difficulté qu’il y a parfois à travailler avec les propriétaires de grande fortune (au-delà de 100 millions de francs). Et d’avertir ses collègues devant les exigences parfois impossibles de ces personnes, ainsi que sur leur propension à vouloir investir dans l’immobilier, ce qui ne génère aucun revenu ou presque pour la banque. Une façon de dire que les pressions sur les marges sont fortes et les coûts souvent très importants, surtout pour les fortunes transnationales qui exigent de connaître les spécificités notamment fiscales de chaque juridiction.

Pour autant, Gérard Aquilina ne taillait pas un costume au métier des family offices. Il s’inspirait plutôt des évolutions des derniers mois dans ce secteur particulier de la gestion d’actifs pour mettre en garde contre les erreurs à ne pas commettre. Dans les méandres tortueux de la crise économique et financière, nombre de fortunes familiales ont vu leurs avoirs fondre comme neige au soleil. Soit parce que leur fortune était mal structurée, soit que les risques avaient été mal évalués, voire mal expliqués. Pierre-Alain Wavre, responsable du Pictet Investment Office et ancien responsable du family office pour la Banque Pictet, confirme cet état de fait. «La crise a eu comme effet de sanctionner les structures qui n’avaient pas suivi certaines règles importantes du métier.»Une orientation sur le long terme

Pour ce spécialiste, la gestion des family offices doit se distinguer de la gestion de fortune classique par une orientation sur le long terme. «Il s’agit généralement de permettre à une fortune de résister aux assauts du temps et au passage des générations. Cet objectif de long terme, s’il est bien posé et servi par des choix cohérents, doit permettre de passer les crises sans trop de problèmes. Et c’est pour cela que l’on a constaté que plusieurs family offices, depuis la crise, réduisaient leur participation dans les hedge funds.»

Pourtant, le risque fait partie de l’exercice. Et du fait du positionnement vers le long terme, les family offices sont généralement plus tolérants au risque. Pour autant bien sûr que les clients ne cèdent pas au chant de chaque sirène, qu’elle soit porteuse de bonne ou de mauvaise nouvelle. «C’est pour cela qu’il faut de préférence s’adresser à une structure globale capable de garder une vue d’ensemble sur la fortune et ses allocations et éviter l’incompatibilité entre divers conseils. On a déjà vu des personnes perdre de vue la logique à long terme pour profiter d’opportunités à court terme et parfois perdre beaucoup.»

Si le seuil généralement convenu pour songer à recourir aux services d’un family office est de 100 millions de francs, sa version single family office est rarement conseillée en deçà de 500 millions. Pour les autres, les multi family offices sont la meilleure solution pour disposer de toutes les compétences et de compresser les coûts, souvent élevés. Et rien n’indique que ces derniers vont aller en diminuant. Les exigences croissantes sur le plan de la conformité fiscale, par exemple, pèsent sur les coûts. «C’est d’autant plus vrai, continue Pierre-Alain Wavre, que les grandes fortunes sont généralement distribuées sur plusieurs juridictions qu’il faut parfaitement maîtriser. De ce fait, le travail d’optimisation fiscale prend une partie toujours plus importante dans la gestion des family offices.»

Pierre-Yves Frei

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."