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L’invité John Tendon: Caisses de pension, ne jetez pas l’alternatif!

Les investissements dans les matières premières, par exemple, offrent de bonnes perspectives de rendement

Les caisses de pension ont toujours plus de difficultés à atteindre leurs objectifs de rendement avec des actions et obligations. D’où l’intérêt des investissements alternatifs, qui peuvent aider à diversifier les risques et à optimiser les rendements. Les caisses de pension suisses investissent majoritairement en actions et obligations. Ce comportement s’explique d’une part par les exigences réglementaires mais aussi par le manque de connaissance des gestionnaires envers d’autres catégories de placements. Pourtant, la concentration des investissements en actions et en obligations désavantage les caisses et aussi leurs assurés. Ces dix dernières années, elles ont eu des difficultés à dégager les rendements nécessaires avec ces titres. Sans compter que des analyses du risque ont mis en évidence que, dans un portefeuille comportant des obligations et 25% d’actions, ces dernières génèrent 80% des risques.

Matières premières, titres risques, infrastructures?

(photo à.g John Tendon) Les gestionnaires peuvent utiliser des placements alternatifs pour résoudre ces problèmes. Bien que le législateur restreigne le recours à cette catégorie d’investissement, les possibilités autorisées sont loin d’être pleinement utilisées. Prenons l’exemple des matières premières. Les investissements dans ces dernières réduisent la dépendance aux actions, assurent une certaine protection contre l’inflation, offrent de bonnes perspectives de rendement, sont liquides et peu corrélés au marché des actions. Cette dernière remarque s’applique également pour les titres risques (ILS ou insurance linked securities) pour lesquels les investisseurs font figure de réassureurs. Les risques d’assurance, par exemple les risques météorologiques, ne présentent aucune corrélation avec les marchés financiers. Bien que les ILS aient des caractères similaires à ceux d’une obligation, leur cours de marché évolue à peine en cas de hausse des taux d’intérêt. C’est là un argument supplémentaire susceptible de convaincre les investisseurs institutionnels.

Les investissements dans les infrastructures, qu’elles soient liées à l’énergie renouvelable, aux transports ou aux établissements de santé publique, garantissent une certaine indépendance face aux cycles économiques, offrent des flux de trésorerie relativement stables et assurent une protection contre l’inflation. Toutefois, les caisses de pension s’exposent à de nouveaux risques – réglementaires, politiques, de contrepartie –, lesquels doivent être considérés de près.

Hedge funds, private equity?

Les hedge funds aussi peuvent apporter une solution. Leur réputation a été égratignée ces dernières années, car bon nombre d’entre eux n’ont pas pu tenir leurs promesses, à savoir dégager des rendements stables même en temps de crise. Mais il ne faut pas oublier que cette catégorie de placement est loin d’être homogène. Elle regroupe des stratégies au profil risque/rendement très différent. Les investisseurs doivent donc réfléchir sérieusement au rôle qu’ils souhaitent attribuer aux hedge funds dans leur allocation. Ils doivent soit opter pour les stratégies capables d’apporter une valeur ajoutée à leur portefeuille global, soit sélectionner un hedge fund qui a déjà prouvé qu’il pouvait générer de la performance tout en garantissant une certaine protection du capital. Le private equity permet quant à lui aux investisseurs institutionnels d’étendre leur univers de placement et d’accroître leurs rendements. Les grandes disparités dans la qualité des titres, leur manque de liquidité et la complexité des procédures de placement sont autant d’obstacles aux engagements dans cette catégorie. De plus, la pratique des «fees on commitment» peut décourager car les frais sont exigibles avant même l’investissement de la somme convenue. Les investisseurs devraient donc veiller à sélectionner des gérants expérimentés qui sauront diversifier les engagements tout en limitant les coûts.

Les caisses de pension auraient intérêt à inclure les investissements alternatifs dans leur stratégie de placement. Ils peuvent apporter le complément de revenu nécessaire, surtout en période de faible taux d’intérêt, tout en réduisant la dépendance aux risques propres aux actions. A condition néanmoins que les gestionnaires analysent chaque placement alternatif dans un contexte global et contrôlent régulièrement si les stratégies choisies sont en accord avec les objectifs de rendement à long terme et le profil de risque individuel de la caisse.

Crédit photo: dr, K.J. Historical/Corbis

Sylvie Bernaudon

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