Bilan

L’invité Philip J. Jennings: secrétaire général d'UNI Global Union

Wal-Mart en safari

Un nouveau cap a été franchi en juin, en matière de mondialisation, lorsque les autorités sud-africaines ont donné le feu vert au rachat par Wal-Mart de 51% des actions de Massmart, le détaillant sud-africain numéro  3. Le géant de Bentonville en Arkansas est maintenant le premier employeur mondial du secteur privé avec ses 2,1  millions d’employés. Ses ventes ayant fléchi aux Etats-Unis, Wal-Mart s’est mondialisée, et a accru sa présence dans les Amériques, en Asie, et pour la première fois en Afrique. Wal-Mart a annoncé récemment la création d’une nouvelle équipe à Londres pour évaluer de nouvelles possibilités de rachat. C’est une chose courante dans le commerce de détail. La concentration croissante sur les marchés nationaux l’a contrainte à se tourner vers de nouvelles sources de revenus ailleurs.

Au Royaume-Uni, par exemple, Tesco détient 30% de parts de marché, et la croissance des entreprises est plus marquée sur les marchés mondiaux. L’incursion de Wal-Mart en Afrique n’est pas anodine. Son entrée en Afrique du Sud signifie une présence immédiate sur plusieurs autres marchés africains. Sur ce continent, la croissance économique a résisté à la tendance mondiale, avec une croissance du PIB de 5,2% qui devrait se maintenir à ce niveau en 2012 et rester supérieure à la croissance mondiale. Avec une population d’un milliard d’habitants, il occupe les couches inférieures de l’indicateur du développement humain. Le rachat de Wal-Mart marque une nouvelle étape dans l’investissement dans le secteur des services en Afrique. L’Afrique subsaharienne ne possède qu’une part de 1,5% des échanges mondiaux. Elle détient la plus petite part des exportations mondiales de toutes les régions, puisqu’elle n’exporte que pour 200 milliards de dollars de biens sur les marchés internationaux, soit 100 dollars par habitant.

L’Afrique est très dépendante des échanges dans le secteur minier, où elle détient 3,8% du commerce mondial. Les exportations de combustibles constituaient les trois quarts de toutes les exportations minières du continent en 2008. La Chine est maintenant la première source d’IED en Afrique, quadruplant les investissements entre 2005 et 2009 pour atteindre 9,3  milliards de dollars. La Chine est à l’origine de plus de 10% de l’ensemble des échanges avec l’Afrique. Les Etats-Unis ont pour objectif de tirer un tiers de ses approvisionnements en pétrole d’Afrique de l’Ouest d’ici à 2015. Le lien de Wal-Mart avec la Chine n’est pas anodin non plus, car c’est la principale source de biens destinés à l’exportation.

Par conséquent, l’investissement de Wal-Mart marque une rupture avec le modèle unique d’exportations mondiales de minerais et minéraux. Ailleurs, France Télécom a décidé de cibler l’Afrique pour une croissance à deux chiffres, à mesure que progresse la révolution du mobile. Cette promesse de nouvel investissement signifiera-t-elle une nouvelle promesse économique pour l’Afrique?

C’est là où l’approche de Wal-Mart doit être nouvelle et différente. Pourtant, la première expérience laisse planer de nombreux doutes. Le gouvernement sud-africain et une coalition de syndicats contestaient le rachat de Massmart par Wal-Mart. Cela ne s’est pas fait sur un coup de tête. Aux Etats-Unis, son pays d’origine, Wal-Mart est farouchement antisyndicale et a fait l’objet du plus grand procès en recours collectif de l’histoire de la justice américaine. Le Tribunal de la concurrence, dans son jugement du 2  juin, bien que donnant le feu vert au rachat, a été obligé d’ajouter des conditions concernant les emplois, la négociation collective et le recours aux fournisseurs locaux. La Commission de la concurrence, qui avait au départ donné son feu vert, a également changé d’avis.

Wal-Mart doit créer un fonds de 100  millions de rands pour travailler avec des partenaires locaux afin d’assurer une base locale de fournisseurs. Cela représente environ 0,003% des recettes de Wal-Mart. Pour que la performance économique de l’Afrique s’améliore, elle doit diversifier sa base économique. Aujourd’hui, l’Afrique a une part de marché de 0,9% de l’industrie légère mondiale. L’approvisionnement de Wal-Mart en Chine peut occuper les ports mais ne fait rien pour diversifier ses activités. Wal-Mart est connue pour pressurer sa base de fournisseurs – quelle chance ont donc les fournisseurs locaux?

La devise de Wal-Mart, qui consiste à faire épargner de l’argent aux consommateurs afin d’améliorer leur vie, est-elle réalisable en Afrique? Pas si Wal-Mart continue à faire comme elle a toujours fait. Les réalités sociales sont désastreuses, la plupart des gens se morfondent dans une extrême pauvreté et survivent avec quelques cents par jour. La majorité d’entre eux subsiste grâce à un emploi informel. Quand Wal-Mart arrive en ville, les PME et les emplois informels mordent la poussière. Nous verrons si Wal-Mart peut changer pour le bien de l’Afrique.

 

Illustration: Chris Angrisani/corbis

Philip J.

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