Bilan

L’or baisse, c’est l’occasion d’acheter

Le prix de l’once a subi son plus important mouvement de recul depuis trente ans. C’est le moment d’investir dans ce métal précieux, affirment des analystes. Comment s’y prendre?
C'est le moment d'investir dans l'or. Crédits: Keystone

La nouvelle lune du 10  avril a été mauvaise pour l’or: le vendredi 12 au soir, l’once avait déjà perdu 70 dollars, et surtout le support des 1500  dollars était cassé, ce qui donnait le signal d’une vague de ventes. Celle-ci reprenait le lundi suivant, avec une perte de près de 100  dollars à l’ouverture. Le recul du prix de l’once atteignait 16% depuis le plus haut de février, mais c’est surtout la brutalité du retournement qui frappait les esprits: le pire mouvement de baisse depuis trente ans. Sur la seule semaine du 9 au 16 avril, l’once d’or en dollars perdait 13,8%.

La surprise était d’autant plus forte que, par trois fois, le support des 1520  dollars avait précédemment tenu. La question se pose maintenant de savoir si ce krach remet en cause le trend haussier qui remonte à 1999: depuis lors, les cours de l’once en dollars ont quintuplé, sextuplé même si l’on se réfère à un plus haut de 1900 dollars, alors qu’ils faisaient plus que tripler sur le lingot en francs suisses.

L’élément déclencheur de cette baisse a été une recommandation de vente de Goldman Sachs publiée mercredi 10 avril. Le vendredi, la publication de statistiques décevantes sur l’économie américaine mettait en doute le scénario inflationniste sur lequel est basée de façon plus ou moins explicite la hausse de l’or. L’argument est connu: avec sa politique d’assouplissement monétaire, le quantitative easing (QE), la Réserve fédérale américaine va inévitablement susciter une vague d’inflation.

Sauf que l’économie est en fait maintenue sous perfusion par le QE et que le choc inflationniste susceptible d’être causé par la hausse des matières premières est démenti par l’évolution de ce marché. «Si l’on s’en tient à l’analyse fondamentale, il est difficile d’analyser la baisse enregistrée sur l’or», relève Karim Cherif, à la recherche matières premières du CS.

Certains observateurs, notamment le financier Peter Schiff aux Etats-Unis, estiment que le repli actuel est l’occasion de revenir sur l’or, d’autant que l’inflation n’est que partie remise. Par contre, un scénario déflationniste est à peine pensable, mais il doit pourtant être articulé: la baisse brutale de l’or serait le signe avant-coureur d’une rechute de l’économie mondiale. Mais même dans cette hypothèse osée, l’or devrait «profiter» dans un second temps du climat de déstabilisation qui accompagne les crises graves.

Pour ceux qui misent toujours sur l’or, il reste à savoir de quelle manière. L’achat d’un lingot d’or au guichet de la banque est toujours possible mais déconseillé, comme l’explique Christophe Bonjour au CS à Lausanne, qui fait allusion au problème de la revente d’un actif assimilé à du cash. Loi sur le blanchiment d’argent (LBA) oblige, il y aura de pénibles explications à donner sur la provenance de l’or, même si celui-ci a été conservé dans un coffre de la banque. 

Il y a certes le compte de métaux précieux, pratique parce que l’or est détenu sous forme comptable. Mais il inquiète les investisseurs craintifs: en cas de faillite de la banque, la récupération n’est pas garantie.

Victime de son succès

Autre solution, le dépôt de métaux précieux offre le lien indissociable avec l’or physique conservé dans le coffre de la banque, mais au nom du client, ce qui évite à la fois l’inconvénient du lingot et celui du compte métal. L’or est maintenu dans le système et il reste acquis au client qui peut en demander la livraison physique. Il paraît que cela s’est fait aux pires moments de la crise de 2008.

Victime de la LBA, le lingot est aussi rendu moins maniable par son succès: en francs suisses, il a tout de même triplé de prix depuis 2001. Cela contribue au succès des ETF qui ont démocratisé le marché de l’or. En effet, le prix d’un ETF peut correspondre au cours de l’once en dollars. La principale objection est que tous les ETF ne seraient pas investis à 100% en or. Il convient donc de vérifier si le véhicule de placement est intégralement «backé» par de l’or.

Dans certains cas, le client est en droit d’exiger la livraison de l’or dont il détient la contrepartie sous forme de papier, à condition d’avoir investi un montant conséquent. Tout cela reste théorique, mais aussi très rassurant, ce qui est précisément ce que recherche l’investisseur avide d’or. 

 

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