Bilan

L'ouragan financier annoncela nationalisation des banques

La finance mondiale retient son souffle. L'intronisation de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis n'a pas offert de répit aux banques empêtrées dans la crise financière. De Barclays Bank à Bank of America, les établissements sont frappés de plein fouet par la récession mondiale. Les gigantesques pertes réalisées au dernier trimestre les font trébucher. Citigroupet Deutsche Bank ont perdu respectivement 9 et 7 milliards de francs. Les actions bancaires plongent de plus de 50% depuis le début du mois. En mauvaise posture La crise de crédit prend une nouvelle dimension. L'ouragan est passé de force 4 à 5. Les prêts que les banques ont consentis à l'international et aux particuliers, notamment au travers des cartes de crédit, nécessitent de substantiels amortissements. Le professeur Nouriel Roubini, de l'Université de New York, l'un des experts qui avait prévu le marasme actuel, n'est pas rassurant. Il estime que le total des actifs toxiques qui gangrènent le système financier américain, et qui concerne pour moitié des banques, atteint 4000 milliards. Seuls 1200 milliards ont été passés par pertes et profits depuis l'effondrement du marché hypothécaire américain à risques de l'été 2007. «Comme les fonds propres des banques se montent à 1400 milliards aux Etats-Unis, le système bancaire se retrouve en position d'insolvabilité», prévient-il. Les suisses s'en sortent Comment les grandes banques suisses vont-elles passer l'écueil' «Credit Suisse a encore un peu de nettoyage à faire sur ses dérivés de crédit et sur son exposition au private equity (ndlr: financement de sociétés non cotées)», juge Jérôme Schupp, responsable de la recherche de la Banque Syz. Mais il se veut rassurant. UBS et Credit Suisse seraient mieux parées que leurs homologues étrangères pour traverser la tempête actuelle. «Les banques helvétiques sont peu actives dans le domaine des crédits internationaux, particulièrement à risques actuellement». Elles auraient appris de la crise russe et des krachs survenus dans les pays émergents durant la deuxième partie des années 1990, dont elles ont beaucoup souffert. Ce n'est pas le cas des établissements britanniques, français, allemands, hollandais ou américains, aujourd'hui tous durement touchés. Le poids de la gestion de fortune stabilise également les deux édifices. «Au dernier trimestre, les pertes dans la banque d'affaires devraient être partiellement compensées par les activités de banque privée.» Autre point positif, la reprise par la Confédération de 65 milliards d'actifs toxiques de UBS. Pour finir, la situation économique serait meilleure ici que chez nos voisins. «Les entreprises se trouvent dans une meilleure forme et le marché immobilier est plus sain qu'en Espagne ou en Gran- de-Bretagne», détaille-t-il. Les banques n'auraient pas resserré drastiquement le robinet du crédit comme c'est le cas à l'étranger. «Il n'y a pas de credit crunch en Suisse, les établissements commerciaux continuent à prêter aux entreprises et aux particuliers.»Il n'empêche, l'exercice 2008 s'est révélé périlleux. Les pertes de UBS et Credit Suisse vont avoisiner respectivement 20 et 6 milliards. «Des réductions supplémentaires des effectifs de l'ordre de 7% sont probables, prévoit Jérôme Schupp. Elles toucheront aussi la gestion privée en Suisse, et pas uniquement les banques d'affaires aux Etats-Unis.» En vérité, les deux établissements se trouveraient à la croisée des chemins, car «une part substantielle des amortissements rendus nécessaires par la crise a déjà été comptabilisée en 2008», affirme un expert-comptable, soucieux d'anonymat. Lueur d'espoir, donc. Vague de soutien Ce relatif optimisme ne dit rien sur la situation internationale qui reste préoccupante. «Un grand nombre de banques va être nationalisés dans le monde», estime un banquier genevois. Débutée à l'automne, la ronde des interventions étatiques s'amplifie avec la récession qui fait craindre de nouvelles dépréciations massives des portefeuilles de crédit. La semaine dernière, le Gouvernement britannique est devenu le principal actionnaire du géant Royal Bank of Scotland, menacé de faillite après avoir réalisé des pertes de 45 milliards en 2008. HSBCa, elle, décliné l'aide proposée par le gouvernement Brown. «Il est impératif de stabiliser le système bancaire, car c'est le pourvoyeur de crédit indispensable au redémarrage de l'économie», explique Jérôme Schupp. L'Irlande vient de nationaliser Anglo Irish Bank, le troisième établissement du pays, en faillite. En France, le gouvernement Sarkozy vient d'allouer une tranche de 16 milliards, la seconde en quelques mois, pour renforcer le capital des principales banques hexagonales. Au Benelux, Fortis, Dexia ou encore ING profitent déjà d'aides gouvernementales. La vague de soutien se renforce avec la dégradation rapide de l'économie. Aux Etats-Unis, Citigroup possède une garantie étatique de 330 milliards sur ses dettes. Elle est de 130 milliards pour Bank of America. Des injections massives d'argent frais ont été réalisées pour renforcer le capital des banques. Ces montants font partie du plan TARP de renflouement bancaire, devisé à 800 milliards, voté à l'automne par le Congrès américain. «Mais les mesures prises ne semblent pas suffisantes, explique l'analyste d'une grande banque. Avec Barack Obama, on semble se diriger vers une reprise de l'ensemble des actifs toxiques des banques américaines par une structure publique, comme dans le cas de UBS.» Une nationalisation pure et simple des établissements en difficulté n'est plus exclue.Les interventions gouvernementales peinent à atteindre leurs objectifs. Les montants injectés n'arrivent pas à filtrer jusqu'aux acteurs économiques. Aux Etats-Unis, ces milliards ne sont pas réapparus sous forme de prêts aux entreprises ou aux particuliers.Des particuliers, qui soit dit en passant, ont plutôt tendance à épargner qu'à dépenser en période de crise. Un mauvais point pour la croissance. LE CHIFFRE 4000 milliards C?est le total en francs des actifs toxiques qui gangrènent le système financier américain. Photo: UBS / © Keystone

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