Bilan

«La baisse des prix va être importante»

Entreprises fragilisées, investisseurs attentistes, banques prudentes, la crise actuelle rebat complètement les cartes du marché des fusions et acquisitions. L’analyse d’un expert.

  • «Le nombre de transactions chutera davantage que lors de la crise du franc fort en 2015» Jean-François Lagassé

    Crédits: Dr
  • «Le nombre de transactions chutera davantage que lors de la crise du franc fort en 2015»Jean-François Lagassé

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La crise du coronavirus a imprimé un violent coup de frein aux opérations de rachats d’entreprises. Acheteurs, vendeurs, fonds d’investissement et banques sont devenus extrêmement prudents. Et cela risque de durer longtemps. L’analyse d’un praticien aguerri, Jean-François Lagassé, associé responsable de Deloitte Suisse.

Quels changements la crise du coronavirus a-t-elle apportés au marché des fusions et acquisitions?

Ce marché devrait connaître une réduction importante du nombre de transactions en 2020. Les acquéreurs d’entreprises veulent une prévisibilité des chiffres des entreprises qu’ils visent. Or, une telle prévisibilité n’est pas possible actuellement. Par conséquent, les prix offerts sont en baisse. Beaucoup de vendeurs ne veulent pas brader leurs entreprises. De plus, des négociations de vente ont été interrompues à la suite du déclenchement de la crise. Néanmoins, des transactions initiées avant suivent leur cours. De plus, on voit apparaître des entreprises se délestant de filiales non stratégiques à prix réduit.

Quelle est l’importance de la baisse des transactions?

La baisse des prix va être importante. Le prix moyen d’une transaction avoisinait 9 fois l’Ebitda (bénéfice avant intérêt, impôts et amortissements) en 2019. On peut craindre un plongeon significatif. Le niveau moyen en 2008 se situait à 5,2 fois l’Ebitda. Le nombre de trans-actions chutera aussi davantage que lors de la crise du franc fort en 2015.

Qui est favorisé dans cette configuration?

Les sociétés fortement liquides et relativement peu endettées. A l’inverse, les sociétés fortement endettées ou qui disposent de fonds de roulement insuffisants devront soit se restructurer, soit accepter de fusionner avec un concurrent pour sauver leur substance et les emplois.

Quels secteurs sont les plus favorisés?

Les technologies numériques, y compris les commerces en ligne, sont clairement gagnantes. En revanche, le commerce de détail traditionnel est perdant s’il n’a pas développé de plateforme de vente en ligne. Même constat en ce qui concerne le secteur du luxe et le tourisme. Les banques ont enregistré un bon premier trimestre grâce à l’envol des revenus du trading pendant le krach de février-mars et aux apports nets de nouveaux fonds. Mais elles vont redescendre sur terre à cause, entre autres, de la persistance de taux d’intérêt négatifs, ainsi que l’explosion à venir des défauts de crédits. Certaines d’entre elles ont déjà signalé aux fonds de capital-investissement qu’elles allaient diminuer leurs prêts destinés à financer les transactions (leverage buy-out).

Le rôle des fonds d’investissement va-t-il diminuer?

Les banques vont probablement ramener leurs avances de 6 à 3-4 fois l’Ebitda sur une transaction équivalant à 9-10 fois l’Ebitda d’une entreprise, comme elles l’avaient fait en 2008. Les fonds devront consacrer davantage de fonds propres au financement des transactions, ce qui réduira leur rentabilité. Pour compenser, ils vont tenter de réduire les prix d’achat, accentuant la baisse. On peut s’attendre à une diminution des transactions réalisées par ceux-ci à court terme.

Quand entrevoyez-vous une reprise?

Elle interviendra dès que l’économie retrouvera un rythme de croisière. Si c’est le scénario en U qui s’impose (reprise lente, ndlr), cette stabilité pourrait se manifester dès le second semestre 2021, si tout va bien.

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